L'Education Nationale

L'Education Nationale

Tout le monde s'accorde à le dire : l’école de la République est en panne. Si l’on en croit les résultats de la dernière évaluation PISA, l’étude statistique triennale menée par l’OCDE dans ses 72 états membres, la France stagne. Les résultats des élèves demeurent dans la moyenne, mais c’est surtout la forte disparité selon le milieu social qui consterne. La France est donc capable de créer une élite sur-performante, mais le but de l’école n’est-il pas qu’elle profite à tout le monde ? Les programmes éducatifs comportent donc un enjeu de taille, puisqu’il s’agit d’adapter le modèle français à un monde qui change.

A quoi ça sert (concrètement) l’éducation ?

Personne ne peut nier que l’éducation est absolument fondamentale pour le bon fonctionnement d’une société. Mais au-delà de l’évidence, il est peut-être bon de rappeler pourquoi la politique éducative occupe une place aussi centrale dans les programmes :

• A un moment où le chômage stagne autour des 10% - et où celui des jeunes atteint les 25% - la formation professionnelle et l’acquisition des compétences est plus que jamais une priorité pour réorienter les actifs vers des secteurs d’avenir et leur permettre d’obtenir un travail qui corresponde à leurs intérêts. Reste qu’il faut trouver la bonne formule...

• L’éducation, c’est ce qui permet de réaliser le volet « égalité » de notre trinité nationale, en permettant (théoriquement) à chacun de partir sur les mêmes bases et donc d’avoir les mêmes opportunités. Or aujourd’hui la France se trouve parmi les pays les plus inégaux en matière d’éducation dans les classements de l’OCDE. La fonction intégratrice de l’école est donc au cœur de la campagne présidentielle.

• Eduquer des enfants c’est aussi former les futurs citoyens de la France. L’école présente donc un grand enjeu pour la démocratie, puisqu’elle doit informer les jeunes sur leur rôle à jouer dans les institutions. Elle est également un outil de définition identitaire, car elle véhicule une certaine idée de la France à travers ses programmes d’histoire et de littérature française qui font souvent débat. Déterminer les programmes scolaires c’est donc définir la façon dont des millions de Français à venir vont comprendre leur pays.

Les thématiques clés :

L’éducation prioritaire : C’est une politique qui a été mise en œuvre depuis les années 80 et qui consiste à cibler des « zones » prioritaires définies par un niveau socioéconomique particulièrement défavorisé afin d’y consacrer plus de moyens. Comme l’indiquent de nombreuses études, la capacité du système des Zones d’Education Prioritaires (ZEPs) à combler les différences de niveau s’est néanmoins révélée décevante. Le gouvernement de François Hollande a cherché à rénover le système actuel en mettant en place des Réseaux d’Education Prioritaire (REP et REP+) qui ne soient plus définis par leur zone géographique. La refondation incluait également un dispositif « plus de maîtres que de classes » afin d’alléger la tâche des enseignants.

Le nombre d’enseignants : c’est un marqueur classique du clivage gauche-droite. La droite de l’échiquier politique est typiquement en faveur d’une baisse des effectifs là où la gauche en préconise une hausse. La question est de savoir ce qui est plus efficace : augmenter le nombre d’enseignants, ou plutôt tabler sur une augmentation de leurs salaires ?  

Les programmes scolaires : enseignement interdisciplinaire ou lire-écrire-compter ? C’est le débat qui aujourd’hui divise une droite qui considère que l’accent devrait être mis sur les fondamentaux, comme le Français, l’histoire de France et le calcul, et une gauche qui propose d’adapter l’enseignement aux nouvelles donnes du 21ème siècle.

 La réforme du collège elle aussi un grand marqueur des divisions gauche-droite, cette réforme mise en œuvre sous le quinquennat de François Hollande vise à encourager une pratique plus transversale à l’école à travers notamment la création d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). Elle permet également l’apprentissage d’une deuxième langue dès la 5ème.

• La petite enfance : alors que l’accent a surtout été mis sur le collège, beaucoup d’études ont tendance à souligner l’importance de la petite enfance dans la formation des structures cognitives qui permettent ensuite la réussite à l’école. Nous devons voir comment les candidats envisagent de répondre à cela.

L’apprentissage : c’est une formation professionnelle qui se fait en alternance avec une expérience chez un employeur. Ce dispositif, censé encourager la formation chez les moins diplômés, s’est surtout développé dans l’enseignement supérieur donc chez les étudiants déjà en possession d’un diplôme. Il s’agit donc de trouver un moyen de revaloriser l’apprentissage comme une voie d’excellence pour ceux qui en ont le plus besoin tout en maintenant un socle de connaissances aussi large que possible afin de garantir l’égalité des chances.

Le collège unique : crée en 1975 par la loi Haby, il vise à créer un socle commun pour tous les jeunes Français en leur offrant une éducation standardisée, peu importe le niveau scolaire. Il s’inscrivait en opposition à des modèles de répartition, comme on en trouve en Allemagne ou en Suisse, où les élèves intègrent des parcours plus ou moins « technologiques » selon leur niveau. Ses détracteurs partent souvent du constat que le collège n’a en réalité pas réglé le problème des écarts de niveau et lui reprochent d’avoir entrainé au cours des années un nivellement par le bas. 

 La formation : dans un monde qui bouge, changer d’emploi plusieurs fois au cours d’une vie n’est plus une anomalie. Garantir un accès à la formation pour les chômeurs et les salariés est donc un axe fondamental pour relancer l’économie.  

Les chiffres :

- Evaluation PISA 2016 – la France se maintient dans la moyenne, avec une petite avance en compréhension écrite, mais La France reste l’un des pays où la différence de résultats selon le milieu social des élèves est la plus marquée : 40% des élèves issus de milieux défavorisés sont en difficulté contre 34% en moyenne dans l’OCDE et seuls 2% des élèves de milieux défavorisés se classent parmi les plus performants.

- Les élèves issus de l’immigration obtiennent en moyenne 50 points de moins que les élèves non-immigrés.

- Dépenses de la France en produit intérieur brut : 6,1% du PIB en 2011.

- 43% des 25-34 ans en France sont diplômés de l’enseignement tertiaire, ce qui est au-dessus de la moyenne OCDE.

- Selon l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme, 2 500 000 personnes sont atteintes d’illettrisme, dont 50% ont plus de 45 ans et dont 71% d’entre eux parlaient uniquement le Français à l’âge de 5 ans (ce qui signifie que la grande majorité d’illettrés ne sont pas issus de l’immigration).

- 36% des adultes entre 25 et 64 ans participent chaque année à des activités de formation contre 50% pour la moyenne OCDE.

- Le salaire moyen des enseignants du premier et deuxième degré est inférieur à la moyenne de l’OCDE.

- Les dépenses par élève du secondaire sont 20% plus élevés en France qu’en moyenne mais 15% de moins que la moyenne pour le premier degré.

A gauche :

Benoît Hamon

Il se place plus ou moins dans la continuité du quinquennat Hollande, dont il a été d’ailleurs ministre de l’Education nationale. Il propose notamment :

- D’augmenter le nombre d’enseignants de 40,000 en garantissant le droit à l’innovation pédagogique.

- D’établir un maximum de 25 élèves par classe en CP/CE1/CE2 et de 20 dans les écoles d’éducation prioritaire, dans les territoires ruraux et en outre-mer.

- Créer un service public de la petite enfance avec 250 000 nouvelles places d’accueil.

- De donner, en matière de formation, à chaque actif le droit à un an de congé-formation pour acquérir un diplôme ou une qualification.

• Jean-Luc Mélenchon

Son programme ressemble sur de nombreux points à celui de Benoît Hamon, mais sur d’autres il marque clairement sa volonté de revenir sur les fondamentaux. Il promet par exemple :

- De recruter au moins 60 000 enseignants supplémentaires sur le quinquennat.

- D’abroger la réforme des collèges et la réforme des rythmes scolaires.

- De mettre en place un plan de lutte contre les inégalités à traversun droit à la scolarisation dès l’âge de 2 ans et une baisse du nombre d’élèves par classe en primaire.

- De créer un service public de la petite enfance avec 500 000 nouvelles places.

- D’inclure l’organisation de la formation professionnelle des adultes et de la formation continue dans le service public de l’enseignement professionnel, ce qui permettrait de donner la priorité aux travailleurs pas ou peu formés.

- De mettre en place un service citoyen obligatoire de neuf mois rémunéré au SMIC qui permettrait également de faire le bilan des compétences de base.

Au centre :

• Emmanuel Macron

Fidèle à sa logique trans-partisane, le candidat d’En Marche ! inclut des éléments programmatiques de la gauche et de la droite. Il propose :

- D’augmenter de 12 000 le nombre d’enseignants dans l’éducation prioritaire et de diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes de CP et de CE1.

- De rétablir les parcours bilangues, les parcours européens et un enseignement du Grec et du Latin au collège.

- De réserver 15 milliards du plan d’investissement à des dispositifs de remise à niveau comme des stages de rattrapage au primaire.

- D’encourager l’autonomie administrative des établissements scolaires.

- De convertir les contributions des entreprises pour la formation en droits individuels pour les actifs qui pourront donc s’adresser directement aux prestataires de formation.

- D’instaurer un service national de courte durée (1 mois environ).

 

A droite :

• François Fillon

Sans surprises, le programme de Fillon reflète le positionnement classique de la droite française en matière d’éducation avec un mélange d’autonomie et de conservatisme au niveau des programmes. Il veut notamment :

- Abroger la réforme du collège et revoir les curricula en approfondissant les fondamentaux.

- Instaurer la scolarité obligatoire à 5 ans afin d’amorcer plus tôt l’apprentissage de la lecture et concentrer l’enseignement élémentaire sur le socle de connaissances (y compris sur les « grandes dates et grands personnages de l’histoire de la Nation »).

- Autoriser la création de classes bilangues et sections européennes, et rétablir l’enseignements du Latin et du Grec.

- Laisser les familles libres de choisir le mode d’accueil de leurs enfants.

- Pour l’apprentissage :  développer les dispositifs de pré-apprentissage (comme les écoles de la deuxième chance), généraliser progressivement l’apprentissage dans l’enseignement professionnel et confier la gestion des centres d’apprentissage aux régions. 

• Marine Le Pen

La candidate du Front National a sans doute le programme le plus radical, proposant de revenir sur de nombreux aspects fondamentaux du système actuel. Son projet propose par exemple :

- De mettre fin au collège unique en autorisant l’apprentissage à partir de 14 ans, en valorisant le travail manuel par l’établissement de « filières professionnelles d’excellence ».

- D’assurer l’apprentissage des fondamentaux (le Français, l’histoire, le calcul), en réservant notamment la moitié du temps d’enseignement au primaire au Français.

- De lancer un audit complet sur les structures d’accueil pour « mettre un terme aux dérives constatées au sein de certaines d’entre elles ».

- De développer l’alternance dans l’artisanat et dans les secteurs publics et privés.

- De rétablir progressivement le service militaire obligatoire de 3 mois.

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