Vers un Frexit ?

Vers un Frexit ?

Le 23 juin dernier, les Britanniques votaient à 51,9% la sortie de l’Union Européenne pour le Royaume Uni. Le Brexit devient alors le symbole concret de la montée d’un certain euroscepticisme à travers le Vieux Continent, et la France n’y échappe évidemment pas. Quelles seraient les enjeux et les conséquences d’un potentiel « Frexit » ?  Commençons par un petit état des lieux de cette institution.

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La création d’une structure rassemblant les pays européens part d’une volonté de pacification à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Par la suite, l’Union Européenne se forme et se construit progressivement pour arriver à l’organisation politique telle qu’on la connait aujourd’hui, avec ses 28 (bientôt 27) membres. Elle est composée de différentes grandes institutions, qui peuvent avoir un rôle exécutif ou législatif.

 

  • Exécutif : Commission et Conseil Européen

  • Législatif : Commission, Conseil et Parlement

  • Judiciaire : Cour de justice de l’UE

 

 

 

 

 

Mais que signifie aujourd’hui pour la France être membre de l’UE ?

L’Union a certaines compétences politiques, qui peuvent être :

  •   Exclusives : l’Union est la seule habilitée à légiférer sur ces sujets-là, les Etats membres pouvant le faire eux même exceptionnellement si autorisés. Cela concerne l’union économique et monétaire, ou encore la conclusion de certains accords internationaux.
  •   Partagées : les Etats membres comme l’Union peuvent légiférer sur ces points, avec tout de fois une priorité de l’Union. Cela concerne par exemple les politiques énergétiques ou encore la politique agricole.
  • De Coordination : l’Union peut coordonner l’action des états membres, qui légifèrent d’eux même. Ceci est valable pour les politiques touristiques ou encore les politiques d’éducation.

Quelques exemples de mesures partagées par les pays membres :

  • Espace Schengen : espace de libre circulation des personnes et des biens, composé de 26 pays d’Europe, dont 22 Etat membres et 4 hors Union.
  • Principe de Primauté : le fait que le droit européen prime sur le droit national d’un pays membre.
  •  PAC : politique agricole mise en place à l’échelle de l’UE, fondée sur un contrôle des prix et l’attribution de subventions.

Cependant l’Union Européenne traverse depuis quelques années des temps difficiles. Son organisation, compliquée et parfois obscure, gagnerait à être revue. La crise des migrants a montré leslimites et les difficultés qu’ont les pays membres pour coordonner de manière efficace un si grand espace géopolitique. Ces problèmes, associés à l’impression d’une perte de souveraineté,  ont abouti à l’installation d’une certaine défiance envers l’UE dans l’opinion publique. Du point de vue français, ce sentiment est parfois appuyé par une impression de perte de poids au sein de l’organisation à la suite de ses élargissements successifs, mais aussi face à l’Allemagne. La gestion de la crise de la Grèce a en effet imposé cette idée d’une France « numéro deux » derrière le gouvernement d’Angela Merkel. Ces raisons peuvent expliquer la nette progression des partis eurosceptiques ces dernières années. Ceux-ci ont donc leurs candidats à la présidentielle de 2017, dont certains ont déjà validé leurs 500 parrainages.

Quels sont-ils et quelles sont leurs propositions ?

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière.

Fustige une récupération démagogique de la notion de souveraineté par des partis comme le Front National. Pour eux, le problème de l’UE s’inscrit dans la lignée de la fracture entre une « bourgeoisie européenne » et « les travailleurs », plus qu’une question de souveraineté.

François Asselineau, Union Populaire Républicaine

Sortie immédiate de l’Union Européenne et de la zone euro, considérée comme « une dictature ». 

Nicolas Dupond-Aignan, Debout La France.

  • De l’UE à une Communauté des Etats Européens, laissant plus de liberté exécutive aux Etats membres.
  • Passer d’une monnaie unique à une monnaie commune.
  • Restauration de l’indépendance de la BDF par rapport à la BCE.

Marine Le Pen, Front National.

  • Référendum sur l’appartenance à l’UE
  • Veulent obtenir des exceptions pour la France similaires à celles qu’avait la Grande Bretagne : monnaie, frontières, système bancaire, budget.
  • Sortie de l’Espace Schengen
  • Distanciation de la PAC pour les conditions et le montant des subventions du secteur agricole

 

 

Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise

« L’UE, on la change ou on la quitte ».

  • Mouvement pour une souveraineté économique, opposé à la logique libérale et capitaliste suivie selon eux par l’UE aujourd’hui, qui impose une « oligarchie anti-démocratique ».
  • Participe au 4eme sommet « Plan B » pour l’Europe ayant eu lieu le 11 et 12 mars 2017.
  • Leur programme vis-à-vis de l’UE se divise en un « plan A », consistant à une demande de renégociations des traités européens, notamment une rupture du lien entre la Banque de France et la BCE, suivi si échec d’un « Plan B », c'est-à-dire la sortie de l’euro.
  • Vis-à-vis de l’euro, plan derétablissement d’une monnaie nationale pour tous les pays volontaires. L’euro serait conservé comme « monnaie pivot » dans les transactions internationales.

Tous ses candidats ont donc inscrit dans leur programme une sortie de l’Union Européenne, ainsi qu’un retour à une monnaie nationale, gage de souveraineté. Si pour eux, un « Frexit » serait bénéfique, voire indispensable à un redressement du pays, il n’en va pas de même pour tout le monde. Une étude publiée par l’institut Montaigne, organisme se présentant comme un think tank indépendant, affirme qu’une sortie de la zone euro occasionnerait une forte dépréciation de la monnaie française, entrainant une baisse du pouvoir d’achat doublée d’une perte de compétitivité des entreprises. Leur modèle indique une baisse du PIB de 4% à 13% sur le long terme, selon les scénarios. Cette sortie brutale entrainerait en outre une fuite des investisseurs hors du marché français. La sortie de l’euro serait donc une fausse solution, qui ne viendrait pas au bout des problématiques majeures de notre temps, comme par exemple la concurrence des pays émergents ou encore l’impact sur l’économie du vieillissement de la population.

Leur étude, que se focalise sur l’impact d’un retour vers une monnaie national, ne répond cependant pas totalement aux doutes que provoquent l’UE. Notamment ceux sur son fonctionnement, souvent jugé opaque même par ses partisans. Si les bénéfices d’un Frexit restent à débattre, la montée des critiques envers l’Union Européenne doit être prise au sérieux. Celle-ci gagnerait certainement à une remise en question de son organisation, afin de regagner le cœur de ses citoyens.

par Clémence Chatue

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