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Loi anti-fake news, réforme de l'audiovisuel public... Ce qu'Emmanuel Macron réserve aux médias en 2018

Loi anti-fake news, réforme de l'audiovisuel public... Ce qu'Emmanuel Macron réserve aux médias en 2018

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a adressé les traditionnels vœux du président de la République à la presse, devant des milliers de journalistes français et étrangers massés autour de lui dans la salle des fêtes de l'Elysée. Le président en a profité pour faire le point sur les sujets qui ont touché l'actualité ces derniers mois, mais également sur ses rapports personnels avec les médias, ainsi que les projets qu'il nourrit à leur égard pour l'année 2018. Voici les points primordiaux à retenir de son discours.

Un constat alarmant sur une liberté de la presse malmenée

Emmanuel Macron a entamé ce discours de vœux par un constat des plus navrants : au cours de l'année 2017, 65 journalistes ont trouvé la mort dans l'exercice de leurs fonctions, et 326 autres sont actuellement emprisonnés. Un chiffre qui, s'il est alarmant, est fort heureusement en baisse par rapport aux années précédentes. Le président a, pour sa part, rappelé son attachement pour la liberté de la presse, "la plus haute liberté" et l'apanage des "démocraties libérales". Il veut instaurer un dialogue avec les régimes qui bafouent cette liberté afin d'obtenir la libération de ces journalistes comme ce fut le cas de la Turquie, qui avait capturé au cours de l'année deux journalistes, Mathias Depardon et Loup Bureau pour des actes de "terrorisme", suite à la publication de photos de milices kurdes. Emmanuel Macron accuse directement la Turquie : en effet, malgré le fait que cette dernière ait signée la convention européenne des droits de l'Homme, la liberté d'expression garantie par l'article 10 y est constamment bafouée.

Un projet européen de protection

 "La liberté de la presse n'est plus seulement attaquée par les dictatures notoires, elle est aussi malmenée dans des pays qui font partie des plus grandes démocraties du monde. Elle est malmenée jusqu'en Europe". Le Président évoque, à demi-mots le cas de la Hongrie, dont la presse régionale est aux mains des proches de Viktor Orban, ou encore celui de Malte, où une bloggeuse anti-corruption a récemment été assassinée.

Une fois de plus, le Président de la République préconise une action européenne, voire internationale, commune pour protéger la liberté de la presse et ses corollaires, les libertés d'expression et de conscience.  Plus précisément, il explique avoir plaidé en faveur de la création d'un poste de secrétaire général à la protection des journalistes auprès des Nations Unies, qui devrait voir le jour d'ici quelques mois. Un moyen de pallier à la tentation, grandissante en Europe, des "démocraties illibérales", qui bafouent tout un socle de libertés construites au 18ème, "par les revendications nationalistes, ou les menaces extérieures". Le Président Macron va même jusqu'à évoquer une "propagande" au sein de ces démocraties, véhiculée sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision. Il fait ici référence aux chaînes de télévision russes Russia Today et Sputnik, accusées d'ingérence dans les campagnes présidentielles française et américaine.

Une mise au point sur les rapports entre le Président de la République et les médias

Dés le début de son discours, Emmanuel Macron a tenu à exprimer sa joie de prononcer ses vœux devant les journalistes. "Je suis très heureux, quoiqu'en disent certains, d'être présent aujourd'hui", a-t-il commencé, voulant mettre un terme aux rumeurs qui affirmaient que le nouveau président méprisait les journalistes.

À cette occasion, le président de la République a rappelé la limite qui doit exister entre hommes et femmes de pouvoir et les médias. Or, il est vrai que cette distance de rigueur tend à se brouiller dès lors que naît une complicité entre les deux. Emmanuel Macron justifie son attitude, jugée méprisante envers les journalistes, comme une marque du respect et de l'exigence, qui doivent être réciproques entre un pouvoir et un contrepouvoir. 

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron lui-même avait fait l'objet de vives critiques pour ses liens amicaux avec la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte.

Autre problématique abordée par le Président qui touche de nombreux médias, pour ne pas dire tous : les conflits d'intérêts qui existent entre  certaines sociétés médiatiques et leurs actionnaires. En effet, nombre d'entre eux sont financés par des groupes de luxe – LVMH – ou des milliardaires comme Bolloré ou Patrick Drahi. Ils perdent donc peu à peu leur indépendance pour ne devenir que les porte-paroles de leurs "bienfaiteurs", sous menace de se voir couper les vivres. Afin d'endiguer ce phénomène, Emmanuel Macron envisage dans un futur proche la création d'instituts spécialisés pour contrôler l'actionnariat au sein des sociétés médiatiques.

Un projet de loi contre les Fake News

Dans son discours, Emmanuel Macron a déploré le dévoiement de la profession de journaliste. Il vise par-là les "fake news", ou les fausses informations qui circulent.

En effet, aujourd'hui, quiconque peut s'improviser journaliste, grâce à Internet et aux réseaux sociaux : la profusion et la rapidité de l'information semblent primer sur la qualité de cette dernière. Dans le cadre de cette loi, qui devrait voir le jour dans le courant de l'année, il est notamment question d'instaurer des obligations de transparences aux plateformes internet, en période pré-électorale ou électoral, sous peine de sanctions, comme la fermeture d'un compte utilisateur ou le déréférencement d'un site ne respectant pas ces obligations. En somme, il est question de mieux encadrer internet, un domaine qui échappe quelque peu  à la coupe du CSA car difficile à contrôler. Les moyens d'actions de ce dernier devraient d'ailleurs, dans ce but, être renforcés. En effet, la plupart des fausses informations ciblées proviennent de pages Facebook douteuses (comme le révèle Le Monde dans un article de décembre 2017). L'intérêt d'un tel projet de loi, pour le Président, est donc de rétablir la distinction entre un véritable journaliste, qui mène un travail sérieux d'investigation, et les simples "diffuseurs" d'information.

Des critiques se font déjà entendre : une telle loi ne met-elle pas en péril la liberté d'information ? Ne risque-t-on pas un jugement arbitraire dans la qualification de "fake news" ?

Le terme "fake news" employé par Emmanuel Macron désigne une contre-vérité. Depuis qu'ils ont été employés pour la première fois il y a quelques mois par Donald Trump, ces deux mots semblent être sur toutes les bouches : le Gouvernement est-il le seul à détenir la vérité ? On craint l'instauration d'une vérité "officielle" que nul ne pourrait remettre en question sous peine de sanction. Qui plus est, Emmanuel Macron a critiqué dans son discours l’obsession des médias de vouloir comprendre le contexte" et de retranscrire des propos tenus "en off", ce qui a pu être interprété comme un reproche fait aux journalistes de ne pas se contenter des discours officiels servis par le Gouvernement.

En Allemagne, un dispositif de ce genre a déjà été mis en place depuis le 1er janvier pour lutter contre les fake news : il fait déjà polémique. Ce dispositif oblige entre autres les plateformes en ligne (Google, Youtube, Facebook, ...) à rendre un rapport trimestriel sur les contenus signalés comme illégaux.

Actuellement, la loi de 1881 sur la liberté de la presse condamne déjà "la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers" à une amende de 45 000 euros. Mais cette loi ne prend pas en compte l'évolution actuelle des médias, c'est pourquoi l'exécutif estime qu'elle doit être revue.

Une réforme de l'audiovisuel public

"L'audiovisuel public est au service de la cohésion nationale, il est un miroir tendu à la Nation et il doit être pensé pour tous les publics, pour toutes les pratiques et viser l'excellence pour tous. C'est cela sa mission d'intérêt général et sa raison d'être", a indiqué Emmanuel Macron pour introduire son projet de réforme de l'audiovisuel public, qui devrait intervenir avant la fin de 2018.

Ainsi, les présidents des grands groupes de médias – Delphine Ernotte (France Télévision), Marie Christine Saragosse (France Médias Monde), ou encore Yves Bogot (TV5 Monde) - seront très prochainement amenés à plancher sur différentes thématiques devant être réformées, comme la conquête d'un public jeune et la coopération internationale et européenne, selon les souhaits du président Macron.

Ce remaniement pourra s'avérer lourd de conséquences : à l'heure actuelle l'audiovisuel public constitue le plus gros budget du Ministère de la Culture. Un budget trop élevé, pour un résultat décevant, déplore Emmanuel Macron. Le but, d'ici 2020, est donc d'abaisser ce montant colossal. La suppression de plusieurs chaînes de service public, comme France 4 ou France Ô qui réalisent très peu d'audience, pourrait également être envisagée.

L'annonce d'une réforme de l'audiovisuel public semble être devenue une tradition de mandat depuis quelques années. La dernière en date remonte à la loi de novembre 2013, sous la présidence de François Hollande. Elle avait mis fin à la nomination des présidents de sociétés de l'audiovisuel public par le Président, la confiant désormais au CSA. Cette loi avait ainsi pour but de garantir une plus grande indépendance du service public de l'audiovisuel. Aujourd'hui, avec la réforme prévue en 2018, le souci semble plus être celui de l'économie et de la simplification plutôt que celui de l'indépendance.

Par Julie Rampal-Guiducci

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