L’ultime passe d’armes

L’ultime passe d’armes

Nous voici dans la dernière ligne droite après des mois de bataille, de rebondissements, de débats souvent houleux. Cet entre-deux-tours est à l’image de l’ensemble de la campagne, âpre, violent, surréaliste à de nombreuses reprises. L’enjeu de ce second tour, c’est le rassemblement d’une France divisée en cinq, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les abstentionnistes. Avec les deux partis historiques gaulliste et socialiste éliminés, nous assistons à un bouleversement majeur dans le paysage politique. Moins d’un tiers des 80% de français ayant voté au premier tour se déclarent satisfaits de l’offre électorale, confirmant la grande frustration de ces citoyens se sentant mal représentés. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de voir le « ni-ni » séduire un électorat amer. Pour les partisans de François Fillon, de Jean Luc Mélenchon, et tous les indécis, le choix Macron ne s’impose pas.


Marine Le Pen a réalisé un bon début de campagne à l’issue du premier tour. Sur le terrain dès le lendemain auprès des ouvriers, puis des pêcheurs, elle s’est adressée aux exclus de la mondialisation, se présentant comme la candidate du peuple face au banquier Macron, peu soucieux de la France d’en bas. Le ralliement à Nicolas DupontAignan, s’il ne constitue pas un véritable coup politique, a marqué un pas de plus vers la normalisation du Front National et l’opportunité d’élargir un peu plus son électorat. La stratégie de dédiabolisation et la rupture avec le père ont porté leurs fruits, le parti est devenu acceptable sur la scène politique, en témoigne l’absence de front républicain contrairement à 2002. Cette bonne dynamique laissait supposer un score élevé au second tour, potentiellement au-delà de la barre symbolique des 40%, désormais plus incertain après le naufrage de mercredi soir.

Le débat de l’entre-deux-tours fut d'une intensité et d'une violence sans précédent. Mais la vraie surprise est venue de la position de Marine Le Pen, véhémente, constamment dans l’offensive, cherchant désespérément à déstabiliser son rival, en vain. Ses intox à la Donald Trump dégainées tous azimuts et les nombreuses attaques personnelles ne visaient qu’à masquer un programme pauvre, reposant majoritairement sur une sortie de l’euro dont les experts s’accordent à dire qu’elle serait désastreuse pour le pays. La candidate est allée à l’opposé de la stratégie menée depuis des mois, retrouvant les vieux réflexes du Front National, loin de l’image adoucie qu’elle s’efforçait de donner jusqu’à maintenant. Une contre-performance de nature à faire fuir aussi bien les Fillonistes que les insoumis.

Emmanuel Macron est parvenu à donner une image présidentiable, alors que son opposante semblait totalement inapte à la fonction suprême. Concis et efficace notamment sur les questions économiques, il est parvenu aisément à démonter l’argumentaire bancal de sa rivale sur l’euro, pilier central de son projet. On découvre un homme calme et tenace, maîtrisant parfaitement les aspects techniques de ses dossiers. En maintenant une ligne assurément libérale, il tente de parler à la droite et aux électeurs de François Fillon, après avoir fait bloc sur son projet de reforme de la loi travail lorsque Jean-Luc Mélenchon l’a incité à y renoncer. Le candidat d’En Marche! a également attaqué son adversaire sur le lourd héritage de la dynastie et celui du parti, l’intolérance, le sectarisme et la haine qu’elle porte, s’adressant ainsi aux électeurs de gauche.

Ce débat aura donc laissé des traces, la médiocre prestation d’une Marine Le Pen avide de confrontation au détriment des sujets de fond a déçu, même au sein de son propre camp. Une partie des indécis pourrait choisir de glisser un bulletin Macron dans l’urne, sans conviction, pour barrer la route à la candidate d'extrême droite, décrédibilisée. D’autres se laisseront sans doute tenter par l’abstention, écœurés jusqu’au derniers jours par cette campagne lamentable. En déplacement vendredi dans la Somme, Marine Le Pen semble d’ailleurs déjà se présenter comme future opposante au gouvernement, et son équipe de campagne se projette déjà aux législatives, nouveau défi du Front National qui à défaut d’entrer à l'Elysée, tentera de remporter un maximum de circonscription, briguant la place de principal parti d’opposition.

Emmanuel Macron s'il est élu, devra d’emblée faire face à de lourds enjeux, à commencer par la profonde fracture de la société française et la difficulté de rassembler deux France aux antipodes. Une partie de son électorat du second tour l’aura choisi par défaut, vote utile plus que d’adhésion. Son élection s’accompagnerait d’un grand flou autour des Ministres qui auront la charge de porter son projet, et de la marge de manœuvre qu’il aura à l’Assemblée. Si le nouveau Président bénéficie historiquement d’une majorité parlementaire, celle-ci n’est en rien une obligation constitutionnelle et dans le contexte hors norme de cette année électorale, on ne peut exclure l’éventualité d’un gouvernement de coalition, voir d’une majorité absolue de la droite si le groupe LR/ UDI remportait 64 sièges supplémentaires. Avec des reformes structurelles lourdes comme celle du droit du travail par ordonnance dès le début du quinquennat, le leader d’En Marche! sera sans doute confronté à une forte contestation de la part des syndicats et de Jean-Luc Mélenchon dont on imagine par ailleurs les ambitions aux législatives, galvanisé par ses 19%.

Les prochaines semaines seront chargées, tant pour le Président élu qui ne bénéficiera d’aucun État de grâce, que pour les partis d’opposition, tous confrontés au défi de la recomposition politique.

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