Ce que révèle l’entourage des candidats

Ce que révèle l’entourage des candidats

« Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ». Si, en cette période de doute permanent, vous n’arrivez toujours pas à vous décider pour qui voter en fondant votre choix sur les différents candidats individuellement, peut-être qu’un petit éclaircicement sur leur entourage pourrait vous donner un coup de main. Pour vous rendre compte de l’importance de l’équipe de campagne d’un candidat, il suffit de regarder qui entourait François Hollande en 2012 : Valls chargé de communication, Moscovici en directeur de campagne ou encore, en charge du projet présidentiel, Michel Sapin – tous trois catapultés aux plus hautes fonctions de l’état.

• La Hamon-sphère

En janvier, Benoît Hamon remportait la primaire de la gauche en promettant la rupture avec le quinquennat Hollande. Comment cette redéfinition des lignes se traduit-elle dans son organigramme de campagne ? Qui sont les visages de cette nouvelle gauche dont se revendique le candidat et qui pourraient intégrer un futur gouvernement socialiste ?

Un think tank de la « nouvelle gauche »

La première chose qui saute aux yeux en voyant cette équipe est la part importante d’universitaires et d’intellectuels. C’est en effet un véritable think tank que Hamon a constitué autour de lui, avec des grands noms comme Thomas Piketty, Sandra Laugier ou Dominique Méda, ce qui explique le grand nombre d’idées avant-gardistes telles que le revenu universel, le 49.3 citoyen ou la taxation sur les robots. Il ne vous aura pas non plus échappé qu’il s’agit, pour beaucoup d’entre eux, d’intellectuels positionnés fortement à gauche, incarnant ainsi le virage idéologique du PS. La proximité des idées défendues par le candidat avec celles de certains courants de gauche tels que Le Collectif Roosevelt montre qu’il a bien l’intention de faire pénétrer un agenda alternatif et résolument anti-libéral dans le monde politique.

Une campagne de frondeurs

L’équipe de Hamon mène avant tout une campagne en rupture avec l’ère Hollande, rassemblant les figures tutélaires de la gauche du Parti Socialiste, comme Marie-Noëlle Lienemann. Le poids qu’occupe Arnaud Montebourg et son réseau de soutiens témoigne de cette volonté de rassembler autour du pôle « frondeur ». En outre, on constate – par rapport à la campagne PS 2012 – très peu de compromis avec les autres ailes du PS, puisqu’il n’y a aucun vrai représentant du « hollandisme » ou « vallsisme » dans l’équipe. A croire qu’ils n’appartiennent plus au même parti… 

Des nouveaux visages

Très peu de visages familiers dans cet organigramme de campagne. Sans doute parce qu’elle est à l’image de cette élection qui dégomme une personnalité après l’autre. Ainsi, l’âge moyenne de l’équipe demeure assez bas et nous remarquons l’arrivée de certains visages du monde privé tels que Nicolas Hazard, jeune virtuose de l’entreprenariat français. Nous sommes donc face à un socialisme décomplexé qui se veut écologique, entrepreneurial et qui s’inscrit clairement en rupture avec la génération Jospin.

• La Fillon-sphère

A nouveau, la primaire de droite l’a dit très clairement : les vieilles têtes vont rouler. François Fillon doit donc relever le défi d’incarner un renouveau malgré sa longuissime carrière en politique et la tâche de porter les couleurs d’un UMP relooké. Il a néanmoins l’avantage d’être un des seuls candidats à pouvoir créer une majorité parlementaire, ce qui veut dire que les visages que vous verrez ci-dessous seront très probablement les membres du premier gouvernement Fillon.

Une campagne résolument LR

Si le PS a tenté de faire peau neuve pour ces élections, on ne peut pas vraiment en dire autant de la campagne de François Fillon. En effet, les poids lourds du parti ne manquent pas – il suffit de voir que Raffarin, premier ministre sous Jacques Chirac, est encore de la partie. Contrairement à Hamon, Fillon a fait le choix du compromis d’appareil, ce qui explique sans doute le caractère pléthorique de son organigramme de campagne. C’est en effet le seul candidat qui a pu rassembler à peu près toute sa formation politique derrière lui, malgré l’enchaînement de scandales que sa campagne a subis. Des nouveaux visages ? Il y en a tout de même quelques uns, comme Vincent Chriqui ou Pierre Danon, ex-président de Numéricable, qui a joué jusqu’à présent un rôle très actif dans la campagne.

Entre Sarkozystes et Fillonistes

Suite à l’éclatement de l’affaire du Penelopegate, les juppéistes, tels que Benoist Apparu, ont été les premiers à quitter le navire. Par conséquent, cela a provoqué une montée en puissance des Sarkozystes comme François Baroin, Eric Ciotti et Luc Châtel qui travaillent à présent aux côtés des fillonistes avec Retailleau en chef-de-file. Bien que la fracture soit beaucoup moins dramatique que du côté du PS, on voit tout de même poindre les difficultés de maintenir l’unité du parti.

Libéral et conservateur

S’il reste des doutes sur ce qu’est le fillonisme, cette équipe a de quoi les dissiper. La présence très commentée de grands patrons d’entreprise tels que l’ex PDG d’AXA, Henri de Castries ou Pierre Danon souligne le caractère ouvertement libéral du programme, qui vise avant tout à « décoincer » l’activité économique du pays par l’offre. Le volet social du programme est, pour sa part, conservateur, ce que confirme la présence de deux membres de Sens Commun, mouvement politique issu de La Manif pour tous et rattaché à Les Républicains.

La Macron-sphère

Depuis le lancement d’En Marche, Emmanuel Macron nous promet un « renouveau » du personnel politique. S’il y a donc une équipe qu’il faut regarder à la loupe, c’est bien celle de de Macron. Inconnu du grand public jusqu’en 2014, l’énigmatique Macron peut sembler moins obscur à la lumière de ceux qui l’entourent. 

 

Entre service public et société civile

Très peu d’élus dans le cercle rapproché du candidat d’En Marche !, à l’image, d’ailleurs, du candidat lui-même. C’est en effet ce qu’il nous avait promis : du sang neuf. Néanmoins, les membres de cette équipe, qui semble éclectique au premier abord, partagent pour la plupart un parcours très similaire, oscillant entre service public et société civile. On note au passage que grand nombre d’entre eux, bien qu’ils n’aient jamais été élus, ont exercé des positions d’influence à Bercy ou auprès d’autres ministres du cabinet Hollande. Beaucoup, comme Ismaël Emélien et Benjamin Griveaux, ont aussi fait un aller-retour dans des boîtes privées, souvent dans le domaine de la communication.

Un « pragmatisme de gauche »

Pour ceux qui peinent à saisir la teneur du programme de Macron, voir qui le conseille peut clarifier bien des choses. Tournons notre regard vers Jean Pisani-Ferry qui pèse beaucoup dans l’élaboration du programme du candidat. Cet ancien conseiller de DSK, spécialiste des affaires économiques incarne véritablement une forme de technocratie de gauche, qui cherche à préserver des idéaux de justice tout en libérant et modernisant la société. Pas assez clair ? Figure d’influence dans la politique économique du gouvernement, celui-ci dirige depuis 2005 le think tank Bruegel, qui, comme Macron, se qualifie de « progressiste ». Plutôt qu’un parti, il s’agit de thématiques-clés, comme l’Europe, la démocratie, la politique économique fondée sur des « faits ». De même, la Fondation Jean Jaurès qui relie certains membres de l’équipe se revendique de cet élan « modernisateur » et « progressiste ». 

La « hollandie » en force

« Ni de droite, ni de gauche ». C’est le slogan fondateur du mouvement d’En Marche ! qui cherche à transcender les clivages traditionnels de la politique française. Cela n’empêche pas toutefois qu’un grand nombre de proches du candidat soient issus de la galaxie hollandiste. Ainsi trouve-t-on Julien Denormandie, ancien conseiller auprès de Pierre Moscovici, premier ministre de l’économie du quinquennat, ou encore Benjamin Griveaux et Cédric O., qui travaillaient tous deux auprès de Marisol Touraine, ministre de la santé. Le clan Le Drian, l’actuel ministre de la Défense qui a récemment annoncé son soutien à Emmanuel Macron, est également en force dans cette équipe, notamment à travers la présence de Richard Ferrand en tant que secrétaire général d’En Marche !.  

Il y a comme un parfum de DSK…

L’ombre de l’ancien ministre de l’Economie et patron du FMI plane au-dessus de cette formation spontanée. En effet, une bonne demi-douzaine de marcheurs, dont Ismaël Emélien et Benjamin Griveaux, ont été jadis dans l’entourage de Dominique Strauss-Kahn. Plus qu’une coïncidence, c’est un signe qui confirme que la campagne de Macron s’inscrit dans une tendance idéologique d’une gauche « third way », qui se veut pragmatique, et dont DSK était jadis l’incarnation la plus parfaite. Si vous êtes de ceux qui auraient voulu du DSK sans DSK, alors vous avez peut-être frappé à la bonne porte.

• La Marino-sphère

« Je ne veux pas changer le TGV. Je veux juste changer de conducteur ». C’est l’image que Marine Le Pen a choisi pour décrire ses intentions, soulignant avant tout sa volonté de dégager le personnel politique actuel. Il est donc essentiel de voir à quels visages nous devrions nous accoutumer dans l’éventualité d’une victoire FN.

Une équipe équilibriste

Le maître-mot, c’est le rassemblement. Marine Le Pen doit pouvoir balayer large au sein de la droite de la droite si elle veut s’assurer d’une victoire. C’est pourquoi l’on trouve de tout. En effet, on remarque la présence de Bruno Gollnisch dans le comité stratégique – ancien du parti et grand ami de Le Pen-père –, un message sans doute adressé à la vieille garde du Front pour leur montrer que Marine n’oublie pas d’où elle vient. De l’autre côté, on voit des nouvelles recrues comme Sébastien Chenu, ancien de l’UMP qui a fondé l’association de défense des droits LGBT au sein du parti, et qui a rejoint le Front National à travers le Rassemblement Bleu Marine.

Flou idéologique

Cela entraîne évidemment le problème des divergences idéologiques, que cet organigramme met bien en valeur. L’entourage de la candidate, à travers notamment la figure de Florian Philippot, vient confirmer le visage « souverainiste » et « social » que le FN tente d’afficher. Un ancien soutien de Jean-Pierre Chevènement – héraut de gauche de la souveraineté nationale – il a rejoint le parti en plein processus de « dédiabolisation », qu’il a lui-même contribué à accélérer. Or, il est difficile de croire que les membres plus anciens du parti tels que Gollnisch, Briois ou Aliot et les soutiens de Marion Maréchal-Le Pen aient complètement oublié les revendications identitaires d’antan et Mme Le Pen sera contrainte en cas d’élection de satisfaire ces deux tendances qui divisent sa formation. 

Aux antipodes de Macron

C’est en voyant les équipes que les différences fondamentales se cristallisent le plus. Alors que le candidat d’En Marche ! fait de son inexpérience en politique sa marque de fabrique, on note que la galaxie Le Pen est constituée en grande partie de militants qui souvent n’ont pas quitté l’action politique depuis l’adolescence. David Rachline, enfant prodige du FN a commencé à militer dès l’âge de 15 ans, Steve Briois est adhérent depuis l’âge de 16, et Nicolas Bay depuis qu’il a 15 ans également. Autrement dit, Marine Le Pen a récompensé ceux que la formation de son père a nourri en son sein depuis des années. Très peu d’expérience dans le privé, souvent passés par une formation en droit (parfois sacrifiée pour la cause politique comme dans le cas de Marion Maréchal Le-Pen), une vision institutionnelle et plus « traditionnelle » de la république et de l’Etat qui contraste fortement avec l’état d’esprit « manageriel » de l’équipe Macron – voici certains des traits qui distinguent son équipe.

Où sont passé les femmes ?

Chose surprenante : sur 35 membres de l’équipe, il n’y a que 4 femmes. Deux d’entre elles font partie du clan Le Pen… de quoi jeter un peu d’ombre sur les revendications féministes de la candidate. 

• La Mélencho-sphère

Suivant la mode de cette élection, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi décidé de se placer en-dehors des murs partisans. En lançant un mouvement centré uniquement autour de sa candidature, il s’est entouré de personnalités qui ne font pas forcément office de poids lourds et qui méritent un peu plus d’attention.

Une équipe resserrée et libre

Contrairement à 2012 lorsque Mélenchon s’était présenté à travers le Front de Gauche, cette équipe reflète le caractère iconoclaste du candidat de la France Insoumise. Dans une démarche comparable à celle d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a assemblé autour de lui une petite équipe de surdoués, avec Antoine Léaument en geek-en-chef responsable de sa communication numérique. C’est en effet lui qui se trouve derrière cette transformation remarquable du tribun ringard en Youtuber branché. 

Forte présence du parti de Gauche

Malgré l’indépendance affichée de tout parti politique, ceux qui constitueraient un éventuel cabinet Mélenchon seraient très probablement issus pour la plupart de la formation de gauche radicale. Ainsi, il faudrait s’attendre à un rôle conséquent pour les leaders actuels du PG, Eric Coquerel et Danielle Simonet. Notons également que les deux coordinateurs principaux de la campagne, Manuel Bompard et Alexis Corbière, en sont également issus.

Le projet au cœur du processus

A nouveau, l’équipe trahit la volonté de rénover le champ des idées avec une forte présence de têtes pensantes de gauche tels que Jacques Généreux, maître de conférence en économie à sciences Po, et Charlotte Girard, spécialiste en affaires constitutionnelles. Ils sont au cœur de la création de l’épais programme du candidat, L’Avenir en Commun, qui a publié toute une série de livrets proposant une refonte totale de la société française. Comme celle de Hamon, la campagne de Mélenchon veut se présenter en machine à idées nouvelles et radicales, à la différence que ce dernier s’y est pris bien plus tôt et a su insérer une dimension de pédagogie qui fait défaut au candidat du PS. 

par Julian Blum

 

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