Dans les coulisses d’un meeting : rencontre avec les Insoumis 

Dans les coulisses d’un meeting : rencontre avec les Insoumis 

La salle se remplit, les militants déjà présents scandent les slogans de la France Insoumise : « Résistance ! Dégagez les ! ». JLM entre enfin sur scène, et le show commence. 
Le Carnet Politique a pu s’infiltrer dans les coulisses du meeting de Jean-Luc Mélenchon au Havre, le 29 mars 2017. Retour sur la préparation d’un tel spectacle et rencontre avec les militants. 

8h30 : 

L’ensemble des bénévoles se rassemblent et débriefent sur le meeting. Chacun a déjà son groupe et a connaissance de sa mission. 
La décoration de la salle prendra la matinée. Les sièges sont à installer ainsi que les banderoles et les affiches. 
L’équipe technique commence les réglages des sons et des lumières. 
 

Les goodies « France Insoumise » et des ouvrages sont installés pour prévoir la vente dès l’entrée du public ce soir. 

12h : 

Nouveauté de l’équipe de la France Insoumise : une caravane fait le tour de la ville pour aller à la rencontre des citoyens. C’est l’occasion de poser des questions sur le programme de Mélenchon et de débattre brièvement. 

14h : 

De nouveau, l’équipe de bénévole installe des affiches partout dans Le Havre. L’objectif est de faire venir un maximum d’intéressés. 
Les barrières faites pour encadrer la file d’attente sont disposées par le service d’ordre et de sécurité. 
L’équipe technique met en place l’écran géant dehors. 

17h30 : 

La foule commence à arriver. Les bénévoles débâchent le reste des sièges et commencent à placer le public. 
La régie se prépare : le son et les lumières sont au point. 

18h00 : 

Conférence de presse. Une salle remplie de tables, les journalistes de différentes chaînes s’installent, se saluent, règlent leur matériel. L’attente est longue, les journalistes espèrent que le directeur de campagne s’exprimera sur le retournement de situation qu’a opéré Manuel Valls dans la journée en soutenant Emmanuel Macron plutôt que Benoît Hamon. Après quelques minutes d’attente, Manuel Bompard, le directeur de campagne de JLM arrive et l’ensemble des journalistes se pressent, micros et caméras à la main. 
Il  annonce d’emblée qu’il ne répondra pas aux questions relatives à M. Valls : « JLM compte répondre ce soir ». Il assure « La cadence va s’accélérer. Mais on garde le cap » avant de repartir rapidement en coulisses. 

18h30 :

Le carnet politique est installé côté presse, là où les journalistes préparent leur papier qu’ils publieront dès la fin du meeting. Les live-tweets sont également de la partie. 

20h : 

Le candidat à la présidentielle entre enfin. Ce soir c’est une salle remplie de 5 000 spectateurs qu’il doit convaincre. Il doit également faire face à une scène carrée : exercice délicat mais « cela permet une plus grande proximité avec le public » explique un militant. 

 

21h45 : 

C’est sous une ovation que JLM sort de scène. Les militants scandent « Résistance ! ». Les indécis ayant assisté au meeting s’interrogent. Certains sont conquis, d’autres non. Certains votent à droite mais voulaient voir JLM en personne. Un rôle « de bête » comme il le dit, qu’il assume sans pour autant donner son ressenti. 
 

Le carnet politique a ensuite pu interviewer un volontaire lors du meeting qui nous parle de son rôle de « citoyen militant ». S'ensuit un entretien avec Côme, chargé des groupes d’appuis dans toute la France, qui nous parle de la politique de JLM. 

Morgan, 19 ans, volontaire lors du meeting de JLM au Havre

Que représente pour vous l’engagement politique auprès d’un candidat ? 

C’est important puisqu’on revient à notre place de citoyen initiale dans notre démocratie. Jean-Luc Mélenchon est surtout porté par ses bénévoles. 

Une mobilisation requiert beaucoup de temps, comment vous organisez-vous ? 

Personnellement, dès que j’ai du temps libre je suis sur les réseaux sociaux pour relayer les info des médias moins classiques qui relayent idées Mélenchon, je regarde sa chaine YT, j’ai tracté pour le meeting. 
On arrive à voir des gens qui n’ont pas le temps d’aller le voir, on instaure un débat dans la rue et les gens posent des questions puisqu’on les interpelle. Ça permet de faire avancer l’engagement politique au sein de la société. 

Quels sont les moyens que vous utilisez pour toucher les électeurs ? 

On utilise les techniques traditionnelles : beaucoup d’affichage, de distribution de tracts etc. Mais les Jeunes Insoumis utilisent énormément les réseaux sociaux. Ils sont très actifs pour JLM. Les rediffusions en direct de ses meetings aussi sur BFMTV. Ça passe avant tout par des moyens moins classiques, c’est le point d’appui de JLM. 

A l’heure où les citoyens se reconnaissent peu à travers les candidats, comment as-tu retrouvé tes valeurs dans le programme de Jean-Luc Mélenchon ? 

La politique a toujours été très intéressante pour moi car ça nous impacte directement. C’est important de s’investir. J’ai mis du temps car j’ai lu les différents programmes mais je me retrouve dans celui de JLM. Il est humaniste et désintéressé du pouvoir. Il faut bannir de notre vocabulaire le mot « politique » puisque nous sommes tous des politiques. 

Quelle est l’importance d’un meeting pour un candidat ? 

La campagne s’accélère et il l’a commencé il y a plus d’un an contrairement à d’autres candidats, notamment Hamon et Macron. Les meetings sont des piqûres de rappel, c’est un engouement au sein d’une ville qui permet de dévoiler pleinement le programme d’un candidat. Mais aussi d’éclaircir certains points. Ça attire plus de monde de voir le candidat en personne exprimer son point de vue. 

Adhérez-vous à toutes les idées de votre candidat ? 

Majoritairement, mais on ne peut pas être d’accord sur tout. Mais je trouve une cohérence dans son programme. Son programme a été élaboré par une participation citoyenne, c’est important. 

Existe-t-il d’autres moyens de s’engager ? 

Je ne suis pas militant. Je suis avant tout citoyen qui s’investit dans un candidat. Je suis attaché à la culture politique et c’est le rôle d’un citoyen. 


Côme, étudiant à SciencesPo, gestion d’une équipe chargée groupe d’appui, supervise organisation meeting


Pouvez-vous décrire le projet de JLM en 3 mots : 

3 mots ça va être compliqué ! La VIe République, souveraineté populaire et l’avenir en commun. 
On a un projet fort et inédit. 

Quelle place donne-t-il aux jeunes dans son programme ? 

Il y a énormément de jeunes grâce à notre communication innovante sur les réseaux sociaux et YT. Les jeunes s’identifient dans notre message. Il est perçu comme le candidat qui sait ce que les Français veulent. Dans le projet il y a de la place laissée aux étudiants de l'enseignement professionnel, il connaît ce milieu. Il y a une place laissée aux jeunes avec l'allocation universelle pour qu’un étudiant n'ait pas à travailler en même temps que ses études, car c’est un scandale qu’un jeune sur deux doivent travailler pour payer ses études.


Quelle politique sur le plan international ? 

Il défend l’indépendance de la France et son non-alignement pour défendre paix dans le monde. C’est un projet central car la France est historiquement une puissance non-alignée. Il veut rompre avec l’alignement pratiquée avec les USA. La place de la France doit être à sa hauteur, c’est à dire promouvoir l’indépendance des peuples. 

L’U.E, fardeau ou cadeau pour la France ? 

L’UE est un projet libéral qui défend les intérêts des puissants. La commission européenne n’a pas de légitimité démocratique et impose des politiques scandaleuses qui vont à l’encontre de l’intérêt des peuples. 
Alors que des candidats comme E. Macron reprennent exactement les propositions de la commission européenne : une instance libérale technocratique, tout ce qu’il y a de plus anti démocratique, avec les Insoumis on pense qu’il faut rompre avec les traités actuels. On ne peut pas défendre les intérêts du peuple avec ces traités. L’UE actuelle est un fardeau. Il est nécessaire de la dépasser pour créer quelque chose de nouveau. 
Nous avons une double stratégie : plan A et plan B. Plan A : négocier un nouveau traité et  si ces négociations échouent, on passe au plan B en sortant de l’UE et on peut alors faire autre chose, de la coopération bilatérale, d’autres formes d’union par exemple. 
La France se doit d’avoir une politique industrielle, sociale et économique ambitieuse que l’Europe nous empêche aujourd’hui d’avoir. 


A quoi est due cette forte mobilisation derrière la France Insoumise pour les élections 2017 (Rappel : 15 % intention de vote le 29 mars 2017) ? 

Il y a une véritable dynamique qui fait qu’on sort de l’électorat traditionnel de la gauche. Il est dans un stratégie de fédérer le peuple. Il veut dégager cette classe politique. 
15 % d'intention de vote mais surtout 50 % gens ne savent pas pour qui voter. 
Les sondages peuvent ne pas être fiables mais ils montrent que le PS est une organisation dépassée. Notre programme est clair et fixe depuis longtemps, on est dans une phase ascendante. Tout est possible. Jean-Luc Mélenchon peut bien entendu accéder au 2 ème tour et il peut même gagner. 


Quel candidat préfèrez-vous affronter au 2ème tour de cette élection ? 

Le but n’est pas d’avoir des combines, on fait campagne avec la force du peuple qui pourra faire gagner Jean-Luc Mélenchon face à n’importe quel candidat. 


Par Elsa Baudry 

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