Politique: entre fake news et désinformation

Politique: entre fake news et désinformation

« On a annoncé le suicide de ma femme » a déclaré François Fillon en direct au journal de 20h. Une déclaration qui a choqué plus d’un téléspectateur. Une certaine gravité s’est dégagée hors du téléviseur et nous avons directement senti que cette histoire allait beaucoup trop loin. La réaction médiatique n’a pas tardé, il s’est avéré qu’aucun média officiel n’avait annoncé cela. Alors pourquoi cette affirmation ? Nous restons de nouveau sans voix, Fillon deviendrait-il un adepte des infos alternatives ?

Ce n’est pas nouveau de déformer la réalité pour arriver à ses fins en politique mais le fait d’en inventer une nouvelle semble être la nouvelle tendance dangereuse dans le milieu politique. 
Depuis déjà quelques années, internet est devenue la terre promise du militantisme. Chaque article d'actualité comporte en effet son lot de débats interminables entre internautes.  Pour beaucoup, les réseaux sociaux sont une véritable chance d’accéder à l'information, et donc un outil indispensable à notre démocratie.
Mais attention, internet peut se muer en véritable fabrique de la désinformation, une fabrique entretenue à grands coups de posts sponsorisés.

Ce phénomène dangereux qu'est la désinformation a contribué indéniablement à la victoire de Donald Trump aux Etats Unis. Une affirmation qui fait froid dans le dos lorsque l'on sait que certains se sont enrichis grâce aux "fake news" ou que des puissances étrangères étaient à l'origine de celles-ci. Une activité bien loin de l’humoristique Gorafi qui explique clairement faire de la fausse information dans un but satirique. 

Pourquoi les fake news nous envahissent-elles ?

Une première ébauche de réponse se trouve évidemment dans la méfiance de l'opinion public à l'égard des médias traditionnels accusés, parfois à raison, de modifier la réalité voir de l'occulter.
Certaines informations sont passées complètement inaperçues alors qu'elles revêtaient une importance particulière. On peine par exemple à se souvenir du temps d'antenne consacré au malheureux Adama Traoré.  Des exemples comme celui-ci alimente en partie ces accusations de partialité.
Une partie des individus préfère alors se tourner vers des sources moins « officielles » qui à la manière des sites complotistes prétendent détenir une vérité si alarmante qu'aucun autre média n'ose la dire.
On trouve souvent des posts qui racontent un fait divers sanglant, révoltant, effrayant qui va immédiatement interpeller l'utilisateur du réseaux social, qui voyant que plusieurs de ses amis l'ont aussi visionné, n’hésite pas à croire sans crainte la véracité de cette information. Dénoncer la naïveté des internautes ne résout rien et occulte le véritable enjeu des fake news : surfer sur la passivité des lecteurs face à l'afflux d'informations qu'ils reçoivent en continu.

Comme le résume bien Adrian Chen, un journaliste américain qui a fait une étude sur l'importance des fake news, l'objectif des diffuseurs « est moins de laver le cerveau des lecteurs que d'inonder les réseaux sociaux avec des fausses informations, instiguant le doute la paranoïa et détruisant la possibilité d'utiliser internet comme un espace démocratique ».  C'est en quelque sorte la démarche adoptée par certains hommes politiques pour donner des exemples confortant leurs opinions, à la manière du Président américain affirmant la survenue d'un attentat en Suède qui n'a en réalité jamais eu lieu.  En France, le phénomène ne touche pas [encore] les instances dirigeantes, mais elle est devenue une solution pratique pour appuyer ses dires.

Lorsque Florian Phillipot, vice-président du Front National, [dont on peut attendre un certain sérieux, en tant que potentiel futur occupant de Matignon] tweete que l'Etat s'apprête à donner 77 000 HLM a des migrants en priorité, on serait tenté de croire en la véracité de l'information.  Or cette  information s'avère être tronquée. Néanmoins elle a été partagée des centaines voire des milliers de fois, et est peut-être apparue sur vos fil d'actualités.

Ce phénomène n'est pas cantonné aux élus frontistes mais est largement répandu.

Alors qui dit vrai, qui dit faux ?  L'internaute n'est pas vraiment armé pour répondre à cette question. C'est pourquoi Facebook et plusieurs autres médias tel que le Monde s'associent pour combattre ces fake news. En effet d'après une enquête du Washington Post, ces dernières auraient été vues plus de 230 millions de fois durant la campagne présidentielle aux Etats Unis. Un chiffre alarmant pour la France en pleine campagne présidentielle, et qui pourrait donner des idées à certaines personnes en quête de revenus.

En effet, la fake news n'est pas toujours issue des milieux militants, mais parfois d'un simple utilisateur.  Un blog au titre racoleur, envahi de publicité peut rapporter gros: si on estime que certains articles erronés ont été vus plus d'un million de fois, voire encore plus lorsqu'ils sont repris par les hommes politiques ou certains médias en quête de buzz, on imagine facilement le joli pactole que cela peut rapporter.
Les créateurs du site américain LibertyWritersNews ont expliqué au Washington Post n'être que des commerçants ayant « un produit à vendre » : l'information serait donc un produit qui s'échange peut importe sa validité tant que sur le marché l'offre rencontre une demande.  

La demande d'information est croissante, et les procédés pour attirer les lecteurs sont simples et rudement efficace:  un titre accrocheur,  quelques lignes, parfois accompagné par une vidéo. 
Cette facilité déconcertante à pouvoir manipuler l'information, et la rendre audible est une arme avec laquelle les hommes politiques essaient de jouer, même si l'impact des réseaux sociaux dans la campagne de 2012 n'avait pas été si important que prévu. Cependant en 2017 l'impact risque d'être nettement plus fort. Il en va donc de notre vigilance, afin de trier le vrai du faux, et il en va de la responsabilité des candidats de ne pas jouer aussi dangereusement avec la vérité. La cohésion sociale risque d'être mise à mal avec la prolifération de mensonges devenus vérités car adoubés par le buzz.

par Clara Michielini

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