Democras : le réseau social de démocratie participative

Democras : le réseau social de démocratie participative

       Alors que les nouvelles technologies sont de plus en plus présentes dans notre société, Clément Moutet et Pierre-Armand Pommier se demande pourquoi cela n’est pas utilisé pour améliorer la démocratie directe… En effet, le web permet de faciliter les débats, notamment entre de parfaits inconnus. C’est d’ailleurs ce potentiel qu’ils ont voulu exploité en lançant en 2014 une plateforme web dans le but de redonner la parole aux citoyens : Democras. Nous sommes donc allés questionnés l’un des co-fondateurs pour comprendre le fonctionnement du site. 

Clément Moutet, tu es le cofondateur de Democras, un réseau de démocratie participative en ligne, créé en 2014. Quelles ont été tes motivations pour créer ce réseau ?                                  

Cela part d'une observation que l'on s'est faite avec Pierre-Armand, l'autre cofondateur :'il est devenu extrêmement difficile de s'engager dans la vie publique. Nous pensons que la plupart des partis sont complètement bloqués et ne cherchent des gens que pour distribuer des tracts, et beaucoup d'engagements et de conférences alternatives ne débouchent que sur des déclarations de bonnes intentions qui ne changent pas grand-chose.

Ce problème n'est pas spécifique à la vie publique. Dans tous les autres domaines, des problèmes d'accessibilité ont existé, pour diverses raisons. Mais, le numérique a justement brisé ces barrières à l'entrée. Les agences de location contrôlant un réseau de petits propriétaires se sont, et continuent de se faire remplacer par des plateformes comme Airbnb, l'enseignement des plus grands spécialistes est devenu massivement accessible avec l’apparition de plates-formes de cours en ligne comme Coursera, les réseaux professionnels, même si toujours existants, ont énormément gagné en transparence avec l'émergence de Linkedin. Les exemples sont nombreux et tous les citer est impossible.

Néanmoins, force est de constater que cela n'a pas été fait pour la vie publique. Il existe bien des groupes politiques sur Facebook ou Twitter, mais on voit bien qu'ils atteignent leurs limites. En effet, ces outils n'ont pas été créés pour la vie publique, c'est un usage détourné qui en est fait. C'est la raison pour laquelle les échanges d'idées qui s'y réalisent, par commentaires interposés, se transforment si souvent en insultes et qu'ils sont devenus avec le temps presque exclusivement un espace de propagation d'idées utilisé par les structures existantes plutôt qu'un espace de création.

C'est pour répondre à ces problèmes que nous avons décidé de créer un réseau social de démocratie participative, destiné à utiliser les nouvelles technologies pour permettre aux citoyens de débattre, se regrouper, et se mobiliser directement entre eux.

Un débat citoyens sur l'euthanasie

Un débat citoyens sur l'euthanasie

Concrètement, quel est l’objectif du site, et quels services offrez-vous à vos utilisateurs ?

Le site est un réseau social, il permet donc à chaque utilisateur de disposer des outils classiques offerts par ces plates formes - un fil d’actualité, une page membre, des notifications, la possibilité de réagir sur un peu tout, ou encore des messages privés - mais pour débattre, se mobiliser, et agir.

Notre plate-forme permet donc :

  • De créer des débats, et aux utilisateurs de donner leur opinion dans un format spécialement prévu pour cela. Il existe des débats “oui ou non”, ou l’utilisateur devra prendre position et dire s’il est d’accord ou pas avec la proposition avant d’écrire son avis, et des débats “opinion”, dans lequel l’utilisateur est invité à partager sa position d’une manière plus ouverte.
  • D’organiser des actions concrètes sur le terrain, et de pouvoir visualiser toutes celles à proximité de chez vous sur la plage de temps que vous aurez définie sur une Google Maps.
  • De créer des pages spécialement faites pour les mouvements politiques, dans lesquelles les communautés pourront interagir, lancer des débats et organiser des actions au nom du groupe.
Carte des actions civiques actuelles à Paris en

Carte des actions civiques actuelles à Paris en

Des outils et algorithmes ont été développés afin que tous ces éléments entrent en interaction, afin d’avoir une plate-forme réunissant et rationalisant tous les aspects de la vie et mobilisation publique, et pour que les trolls ou autres propagandistes soient naturellement mis à l’écart par la communauté, sans intervention centralisée d’un administrateur.

Ton site, et plus globalement la Civic Tech, sont en train de révolutionner la vie de ceux qui veulent s’investir en tant que citoyen. Ces Initiatives Citoyennes, peuvent-elles, à ton avis, aboutir à un nouveau modèle de démocratie, voire à une nouvelle constitution où les citoyens pourront avoir plus d’influence sur les décisions grâce aux outils numériques ?

La vie publique sera de toute façon modifiée par la technologie, c’est une certitude. La question est comment, il y a plusieurs futurs possibles. On peut imaginer une espèce de 1984, ou les Civic Tech seraient uniquement faites pour des preneurs de décision qui s’en serviraient pour mieux contrôler la population via des analyses poussées de données recueillies via des caméras dans la rue, smartphones, opérateurs, activité internet, etc… Elles peuvent aussi s’éparpiller, être réduites à une multitude de petites initiatives constamment écrasées par les plates-formes à vocation plus économique. Enfin, on peut aussi penser, comme, vous le suggérez, qu’elles permettront aux citoyens de se connecter, de communiquer, et donc à la multitude d’avoir plus d’influence que par le passé. C’est bien-entendu nous aussi notre idéal, et on agit pour qu’il se réalise.

Mais la réalité est que l’évolution technologique n’est pas une évolution linéaire qui évoluerait à travers le temps dans une lignée nécessaire et absolue d’innovations. Même si, bien sûr, la nature de chaque innovation technique va l’empêcher de prendre telle ou telle direction, l’environnement social, économique et humain dans lequel elle s’inscrit qui va définir son usage. On a par exemple aujourd’hui un Internet décentralisé et relativement libre, que l’on voit comme naturel, mais on aurait très bien pu avoir plusieurs mini-réseaux internets ne communiquant pas entre eux contrôlés par des grands ensembles, comme ce qu’on peut voir par exemple avec le monde des applications smartphones, avec chacun des systèmes d’exploitation Android, iOS ou Windows Phone disposant de sa propre bibliothèque d’applications. L’encyclopédie utilisée par la majorité, et donc la plus alimentée en article par des experts est passée d’une encyclopédie privée et payante (Microsoft Encarta) à une encyclopédie gratuite (Wikipedia), alors que les contenus audiovisuels ne sont pas tous passés de chaînes de télévision privés vers des outils comme Youtube, Dailymotion ou Vimeo, qui sont d’ailleurs eux aussi différents de Wikipedia car presque tous contrôlés par des entreprises privées à but lucratif.

Les technologies du futur seront définies par les choix faits aujourd’hui, et il est très important d’être bien conscient des conséquences de chacun des outils.

Pour finir, quels sont les prochains objectifs de Democras pour cette année d’élection présidentielle ?

On a pas mal de chantiers en cours. Déjà, continuer de rationaliser la vie publique sur internet en continuant de débattre sur le fond, de permettre aux citoyens de s’auto-organiser sans avoir à passer par des structures déjà existantes, de faciliter et de recenser les actions dans la vie réelle.

Du côté technique, on aimerait doter notre site de hashtags, afin de pouvoir mieux classifier les diverses informations. On aimerait aussi essayer d’assurer une meilleure intégration entre Democras et les autres réseaux sociaux.

Pour ce qui est de la présidentielle, on a du mal comme une opportunité à prendre, mais comme on est centré sur le citoyen et non sur l’élu et qu’on a donc pas prévu de s’associer avec tel ou tel parti ou mouvement politique. Pour être tout à fait transparents, c’est plutôt dans l’autre sens que cela se passe, l’élection présidentielle influence les contributions de notre portail, avec l’apparition de mouvements comme “La France insoumise”, l’UPR...

Slogan de campagne #1 : "Faire battre le cœur de la France" de Benoît Hamon

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Les jeunes en campagne : Thibault et les Républicains

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