Politiciens et journalistes : pourquoi tant de haine?

Politiciens et journalistes : pourquoi tant de haine?

    Une semaine seulement après la St Valentin, la rupture semble bien entamée entre politiques et journalistes. Petite rétrospective sur la relation amour-haine que nos dirigeants entretiennent avec le « quatrième pouvoir ».

Désinformer pour mieux régner

La vidéo de Donald Trump ordonnant à un journaliste de se taire en pleine conférence de presse a provoqué un tollé et des réactions indignées sur la toile et dans le monde entier. Il faut dire que le symbole est fort : le pouvoir politique cherchant à museler la liberté d'expression. Ce n'est pas la première fois que le nouveau président des États-Unis s'en prend aux médias : il attise une haine nourrie envers ceux qui, tout au long de sa campagne, ont fait éclater divers scandales au grand jour.  C'est décidé, Trump part en guerre contre les journalistes, et remet en cause la véracité de leurs propos en invoquant les fameux « faits alternatifs ». Le début d'une ère orwellienne dans laquelle le pouvoir politique cherche à contrôler l'information ? 

Mais Trump n'est pas le premier homme politique à s'emporter contre les médias : dès lors que la transparence a disparu de la sphère politique et que nos politiciens ont commencé à flirter avec l'argent et la magouille, les médias, un peu trop fouineurs, sont apparus comme de « détestables punaises », dévoilant ce qu'on aurait bien voulu garder secret. Le scandale du Watergate, l'affaire Monica Lewinsky, ou plus récemment le Pénélopegate, sont la preuve de cette faculté qu'ont les médias de faire tomber un homme politique en quelques mots, et c'est peut-être pourquoi ils effraient. 

Politiques et médias, entre complicité et coups bas

La politique et les médias ont connu leur lune de miel. On se souvient encore de l'amour que portait De Gaulle à la télévision, son moyen de prédilection préféré pour s'adresser au peuple français, ou encore de l'importance de la radio dans la Résistance, ainsi que pendant les premières années du mandat du Général. 
En jouant le rôle de médiateur entre les citoyens et les politiques, les médias sont un formidable outil de communication.
Mais on observe depuis quelques années déjà une inquiétante perte d'indépendance des journalistes vis-à-vis des politiques. Il y a donc un risque que les journalistes se muent en simples porte-paroles politiques, et manquent à leur devoir de neutralité. Il n'est pas rare d'ailleurs que des journalistes opère un revirement professionnel pour soutenir un homme ou une femme politique, comme ce fut le cas du journaliste politique Renaud Czarnes, qui rejoint en 2012 le cabinet du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault.
On le voit, la politique ne peut se dissocier des médias, même si elle se méfie d'eux, car c'est le seul moyen de reléguer un message aux citoyens, pour que ceux-ci soient au courant de l'action de leurs dirigeants. C'est pourquoi certains tentent de les séduire, et on ne peut manquer de faire allusion au jeu de séduction que certains politiciens n'hésitent pas à entreprendre face à des femmes journalistes. 
Il n'y a pas que les politiques qui pointent du doigt les journalistes : au fil des années, la profession a acquis une réputation de charlatan, et on accuse parfois injustement les médias de manipuler l'opinion en véhiculant des idées fausses, ou inexactes.
Après avoir encensé pendant des semaines le Canard Enchaîné pour avoir éveillé les soupçons sur un nouvel abus de pouvoir d'un des candidats à la présidentielle, voilà que l'opinion retourne encore sa veste et accuse maintenant les journalistes d'avoir mal fait leur travail en négligeant certaines règles juridiques. On oublie parfois que le travail du journaliste n'est pas d'être un professionnel de tout, mai simplement de communiquer un information, et on oublie également le rôle qu'à joué le Canard Enchaîné dans des affaires telles que l'affaire Papon.


Une guerre qui met en péril la démocratie

Le principe de la séparation des pouvoirs implique que chacun des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire reste dans son domaine de prédilection et n'empiète pas sur l'autre : l'avènement d'un quatrième pouvoir, qui justement se mêle de tout, viendrait-il semer la pagaille dans cette situation d 'équilibre ?

Le non-respect que peut parfois inspirer notre classe politique peut conduire à des dérives, et certains médias n'hésitent pas à tourner en ridicule les bévues de ses représentants. Ainsi, un tiers des français interrogés trouvent que l'émission « Quotidien » discrédite trop les politiques. Mais même sans citer ces émissions, qui au fond ne sont qu’humoristiques, on peut dénoncer la politique de comptoir qui se tient sur Internet, nettement plus néfaste. Aujourd'hui, n'importe qui peut s'improviser journaliste, grâce aux des réseaux sociaux . Dés lors que quiconque est capable de diffuser des informations sans les vérifier et donner son avis dessus, on peut comprendre la crainte des politiques. La circulation de vidéos ou autres photos montages mettent en effet en péril leur crédibilité et sont même dangereux vis-à-vis d'une population peu avertie. Avec le développement d'un nouveau phénomène, la peopolitique, on a de plus en plus tendance à juger un homme ou une femme politique non pas sur ses actions publiques, mais sur sa vie intime, comme ce fut le cas pour la liaison de François Hollande avec l'actrice Julie Gayet. Que vient faire la vie privée du président dans la politique ? Cette technique de certains médias qui n'hésitent pas à décrédibiliser pour vendre met en danger non seulement l'autorité du chef de l'Etat vis-à-vis des citoyens, mais aussi la légitimité des médias eux-mêmes, qui diffusent du contenu sans grand intérêt et peu sérieux. Or, notre système démocratique ne peut fonctionner si le peuple conteste sans arrêt la légitimité de ses représentants, élus au suffrage universel.

Ainsi se déroule sous nos yeux un dangereux jeu de pouvoirs, au détriment de l'opinion publique qui, malmenée par des propos contradictoires, ne sait plus où donner de la tête. Où est passée l'analyse politique objective et indépendante ? Les médias sont certes indispensables à la transparence de la vie publique. Mais on oublie parfois que les journaux ont des intérêts financiers, et peuvent modifier l'information en fonction de leurs intérêts et sélectionner les sujets qui vont être les plus « vendeurs », au détriment d'autres. La fonction de médiation des médias est délaissée au profit de la médiatisation. L'usage excessif de titres racoleurs en une  peuvent induire en erreur le lecteur non avisé qui, souvent, se contentera de regarder le titre et non pas le contenu de l'article pour se forger une opinion. On dénonce également le filtrage du discours politique par certains médias, ainsi que sa mise en scène, qui brouille les véritables messages en observant par exemple des choix de citations, alors que le but est au contraire d'expliquer ce message. C'est pourquoi beaucoup de politiciens court-circuite les médias avec d'autres moyens de communication, comme Twitter ou plus récemment Youtube! Mais dés lors, on n'a plus la fonction explicative et  critique que fournissent les journalistes.

Les torts semblent partagés : d'une part, les politiciens, qui parfois abusent de leur pouvoir, ne peuvent reprocher aux journalistes de faire leur travail d'investigation et de renseigner la population. Par conséquent, lorsque certains outrepassent leur pouvoir, ils ne peuvent exiger que ces abus de pouvoir soient tus.  Mais d'autre part, les journalistes ne doivent pas mettre de côté leur déontologie, que ce soit parce qu'ils sont corrompus par des politiques, ou dans le but de faire passer le message qui les intéressent. Au fond, ne sommes-nous pas déjà depuis longtemps dans une forme de contrôle de l'information digne d'Orwell ? Quel dommage que deux domaines censés être au service de la démocratie et de la vérité puisent ainsi être corrompus par le pouvoir et l'argent !

par Julie Guiducci

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