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L’élection d’Emmanuel Macron a-t-elle anéanti l’opposition politique en France ?

L’élection d’Emmanuel Macron a-t-elle anéanti l’opposition politique en France ?

Souvent présenté comme le leader, de la seule véritable opposition politique, au président de la République, Jean-Luc Mélenchon confiait à France Info, le 28 octobre dernier, s’inquiéter de l’état actuel de l’opposition en France. Le député des Bouches-du-Rhône se disait préoccupé par la facilité déconcertante avec laquelle Emmanuel Macron arrive à imposer ses réformes. Le leader de la France Insoumise a-t-il de vraies raisons de s’inquiéter ? Tour d’horizon de l’état des différentes forces d’opposition politiques en France.

Une composition de l’Assemblée Nationale qui fait débat

Les dimanches 11 et 18 juin 2017, les électeurs français décidaient de renouveler une confiance accordée à Emmanuel Macron, un mois plus tôt, et permettaient au parti du président de la République d’obtenir une écrasante majorité au Palais Bourbon. Sur les 577 fauteuils à pourvoir lors du scrutin, 314 sont désormais occupés par des députés étiquetés La République En Marche. Cette majorité est encore plus large si on considère les 47 députés MODEM rattachés à la majorité présidentielle. En résumé, une véritable mainmise macronienne sur l’Assemblée Nationale, et une déroute historique pour l’opposition.

Cette représentation très réduite de l’opposition dans l’hémicycle a été abondamment commentée, et notamment l’été dernier, au moment de la désignation des postes clés de l’Assemblée, les postes de questeurs (responsables de la gestion administrative et financière de l’Assemblée Nationale) par exemple. Ils sont au nombre de trois au Palais Bourbon : deux élus parmi la majorité, le troisième parmi l’opposition. Gros sujet de controverse, le questeur issu de l’opposition, n’est autre que Thierry Solère, député du groupe des Constructifs, un "Macron-compatible" qui a donc pu être élu grâce à des voix de députés LREM. Ceci a donc bien évidemment ulcéré une grande partie de l’opposition, Éric Ciotti député LR, évoquait un « scandale démocratique » et un « hold-up institutionnel », le président du groupe LR à l’Assemblée, Christian Jacob s’indignait quant à lui contre « des droits de l'opposition jamais autant piétinés ».

Comment s’organise l’opposition à l’Assemblée Nationale ?

Intéressons-nous maintenant aux principales forces politiques présentes à l’Assemblée Nationale, et à la façon dont elles s’opposent au gouvernement.

La France Insoumise

Les députés de la France Insoumise ont fait une entrée remarquée à l’Assemblée, adeptes de coups médiatiques, les insoumis s’étaient notamment distingués dès leur prise de fonction en refusant de se plier aux codes vestimentaires du Palais Bourbon, ou encore par l’intermédiaire de leur leader Jean-Luc Mélenchon qui avait déballé, au mois de juillet, en pleine Assemblée, un panier de courses pour montrer ce que l’on peut s’acheter avec cinq euros, et ainsi protester contre la baisse des APL. Ces frasques médiatiques constitueraient-elles une stratégie politique visant à camoufler une action inefficace dans l’hémicycle ? Pas vraiment.

Si l’on se réfère aux observatoires de l’activité parlementaire, les députés insoumis sont ceux qui présentent la moyenne de présence la plus élevée, mais aussi le groupe qui a déposé le plus d’amendement juste après celui des Républicains. Toutefois, en considérant la taille de leur groupe, (ils sont presque dix fois moins nombreux que les Républicains) on peut estimer que les députés insoumis apparaissent comme les plus efficaces.

Les coups médiatiques dont ils sont auteurs, peuvent être considérés comme une réelle volonté de se faire remarquer pour disposer d’une visibilité accrue. Un groupe présent en petit nombre à l’Assemblée qui cherche donc à attirer l’attention sur son travail, et son rôle d’opposant.

Le Parti Socialiste

Le parti s’est difficilement remis de sa débâcle à la présidentielle et de celle qui a suivi lors des législatives : des rangs décimés, un ex-candidat à la présidentielle (Benoît Hamon), non réélu. Ce dernier tente par ailleurs d’exister dans un espace entre la France Insoumise et ce qui reste de l’aile gauche du PS.

Un manque d’organisation criant est à noter pour ce qui était alors, jusqu’aux dernières élections législatives, la première force politique à l’Assemblée Nationale, mais beaucoup de départs ont fait chavirer le navire socialiste. Ajoutons à cela, la débâcle des principaux barons du parti en juin dernier, et d’autres grandes figures du socialisme, qui avaient décidé de ne pas se représenter, pour s’adonner à des tâches politiques plus discrètes. Le parti a donc une réelle difficulté à peser dans l’hémicycle et dans les débats publics. Il souffre encore du rapprochement avec le quinquennat précédent.

Une crédibilité également écornée pour un parti qui se veut d’opposition, mais dont une partie des membres a rejoint l’équipe d’Emmanuel Macron, avant l’élection présidentielle ou s’est présentée aux législatives sous la bannière La République En Marche. Le PS pâtit alors d’un rapprochement idéologique avec la formation politique de l’actuel président de la République, et tente tant bien que mal de s’en détacher.

Les Républicains

Quoi qu’en disent Marine Le Pen, ou Jean-Luc Mélenchon, la première force d’opposition politique en France, c’est bien eux ! Avec 100 élus, Les Républicains sont bien numériquement les plus gros opposants, à Emmanuel Macron, au Palais Bourbon. Toutefois, une grande division entre les dits "constructifs", ces "Macron-compatibles", et les conservateurs, attachés au maintien d’une ligne politique marquée plus à droite, a entravé l’action du parti. Paralysés par une guerre interne, contre leurs frondeurs, les Républicains ont dû se séparer de certains membres aux positions ambigües. C’est par exemple le cas des députés Thierry Solère et Franck Riester, qui ont affiché leur soutien à l’action du gouvernement ou encore du ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin qui a rejoint le gouvernement.


Une légère scission idéologique du parti a donc eu lieu avec la création à l’Assemblée du groupe des Constructifs. Ce groupe contient actuellement 34 membres, dont 10 issus des rangs des Républicains. Un flottement idéologique est bel et bien décelable au sein du parti, couplé à une hésitation sur la ligne commune à adopter. Cela n’empêche tout de même pas Les Républicains de livrer une importante opposition au gouvernement. Ils totalisent le plus grand nombre d’amendements déposés à l’Assemblée jusque-là.


Le Front National

Le FN s’est une nouvelle fois heurté à un plafond de verre. Présent au second tour de la présidentielle, le parti a échoué dans sa quête de faire une entrée massive à l’Assemblée Nationale. Marine Le Pen n’a même pas réussi à constituer un groupe parlementaire, disposer de seulement sept députés étant actuellement insuffisant. Il est toutefois nécessaire d’évoquer ce parti parmi les forces d’oppositions présentes dans l’hémicycle, car il a capté plus de 20 % des voix des électeurs français lors de la dernière élection présidentielle. Il représente donc une frange de la population française non négligeable.

De la même façon que les insoumis, les députés frontistes sont adeptes des coups médiatiques et cherchent constamment à attirer la lumière sur leur présence à l’Assemblée. Mais ont-ils pour autant la même efficacité que les députés de Jean-Luc Mélenchon ?

Ne pas pouvoir disposer d’un groupe parlementaire bloque l’action du parti de Marine Le Pen à l’Assemblée. Par exemple, lors des traditionnelles séances de questions au gouvernement, 15 questions sont posées. Celles-ci sont réparties entre les différents groupes parlementaires et la majorité. Les députés non-affiliés à un groupe parlementaire (les non-inscrits) ont seulement le droit de poser une question toutes les huit semaines. Le FN est donc cantonné à un rôle d’observateur dans l’hémicycle, l’efficacité des députés frontistes est ainsi remise en question.  

Le Sénat fait de la résistance  

Le 24 septembre 2017, se sont tenues les élections sénatoriales. Celles-ci ont fragilisé l’encrage du parti du président de la République au Palais du Luxembourg. Renouvelé tous les trois ans par moitié, le Sénat a donc fait peau neuve en septembre dernier au grand damne des élus LREM. Crédité de 29 sénateurs avant le déroulement des élections, le parti a perdu huit sièges lors du scrutin, et n’en comptabilise plus que 21 sur les 348 que comprend le Sénat. S’il est majoritaire à l’Assemblée, la donne est toute autre dans l’autre chambre du Parlement, là où les Républicains (145 sièges) et les Socialistes (88 sièges) totalisent le plus de sièges.  

 

Nous avons assisté à une révolte de « l’Ancien Monde », comme aiment à l’appeler les élus En Marche. La politique n’a pas été, comme ces derniers le laissent souvent entendre dans les médias, radicalement transfigurée par l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Elle ne consiste pas uniquement à s’en remettre au verdict de la population par le biais du suffrage universel direct. Elle comprend également son lot d’élections au suffrage universel indirect. Les élections sénatoriales en font partie. Les sénateurs sont donc élus au suffrage universel indirect par un collège de 150 000 grands électeurs (conseillers régionaux, départementaux, municipaux…). Lancée en 2016, la formation d’Emmanuel Macron ne dispose pas encore d’un encrage suffisamment important au sein des collectivités territoriales pour espérer un meilleur résultat lors de ces élections.   

 

La défaite d’En Marche, ou du moins son recul au Palais du Luxembourg peut également s’interpréter comme un vote sanction contre Emmanuel Macron, et une hostilité des grands électeurs à la politique qu’il mène depuis le début de son quinquennat. Le torchon brûle effectivement entre l’exécutif et les collectivités territoriales. Ces dernières n’ont par exemple pas supporté la suppression de la taxe d’habitation prévue pour 80 % des ménages d’ici 2020. Les collectivités locales reprochent surtout à l’État, qui effectue progressivement des coupes dans le budget qui leur était jusque-là alloué, un manque de considération.

 

Le Sénat a moins de pouvoir que l’Assemblée Nationale, à qui la primauté peut être accordée lors du vote d’une loi en cas de désaccord entre les deux chambres. Toutefois nous pouvons nous demander s’il ne constituerait pas actuellement, outre les collectivités locales, la seule réelle force d’opposition politique en France, dans la mesure où Emmanuel Macron détient désormais la majorité absolue à l’Assemblée Nationale

Alexis Cécilia-Joseph

 

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