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Quels leviers possibles dans la lutte contre le terrorisme ?

Quels leviers possibles dans la lutte contre le terrorisme ?

Il y a peu, fut célébré un anniversaire funeste, celui du 11 septembre 2001, date à laquelle le monde découvrit ce qui allait devenir l’une des plus importantes préoccupations du XXIe siècle.

Pourtant, lorsque la lutte contre le terrorisme est analysée, il est désespérant de voir que souvent, la réflexion se borne à une analyse répressive mêlant seulement sécurité et immigration et évitant d’aborder la responsabilité de la société française.

Pourtant la guerre contre le terrorisme n’est pas une guerre comme les autres : l’asymétrie et les racines de cette menace doivent en effet être prises en compte afin d’y apporter des solutions efficaces.

La lutte contre le terrorisme par une politique juridique inédite, sécuritaire et préventive

La déchéance de nationalité 

Lorsque des solutions au terrorisme sont recherchées, les plus évidentes pour beaucoup sont de mettre en place des moyens de sanction à l’égard des terroristes et de prévenir la menace.

Mais, quelles sont les sanctions pour les terroristes ?  Certains proposent d’une part, la déchéance de nationalité : il s’agit de retirer la nationalité française à un individu français ayant commis des actes terroristes. Mais cette mesure soulève de nombreuses questions et notamment à propos de la problématique des apatrides, définie par la convention de New-York du 28 septembre 1954, et désignant toute personne dépourvue de nationalité et qui ne bénéficie donc d’aucune protection de la part d’un État.

Par ailleurs, on peut se demander si une personne commettant un acte terroriste sur le territoire français est réellement préoccupée par sa nationalité ?Face à cet enjeu, la diversité des positions marque l’échiquier politique.

L'État d’urgence

Il est nécessaire de prévenir le terrorisme et d’agir en amont. Plusieurs formes de préventions sont d’ailleurs aujourd’hui mises en place.

L’État d’urgence, forme d’exception temporaire de l’État, effective depuis 2015, pose une question presque philosophique : La sécurité doit-elle être la première des libertés même si elle pose une limite à d’autres ? En France, contrairement à d’autres pays, il est vrai que nous avons une liberté qui peut être considérée comme relativement encadrée. C’est le cas par exemple de la liberté d’expression qui, contrairement aux États-Unis, doit s’inscrire dans un cadre réglementaire, l’incitation à la haine est ainsi prohibée. Dans cette logique il peut être accepté qu’on encadre certaines libertés pour notre sécurité. La question essentielle est de savoir où est-ce que cette limite se pose. Vient ensuite la question de l’utilité de l’État d’urgence, là encore les avis divergent.

La détention préventive

Autre sujet d’importance majeure, la question de la détention préventive, voire arbitraire, de personnes soupçonnées de terrorisme. En fonction des sensibilités politiques, certains y voient l’intervention du juge, d’autres non. Une solution acceptable pourrait être une détention préventive, mais avec l’intervention du juge et la nécessité d’un faisceau de preuves ou d’éléments concordants qui ne laisseraient aucune place aux risques de dénonciations parfois erronés ou aux méprises. Cela est déjà le travail du juge des libertés et de la détention.

Pour beaucoup, prévenir le terrorisme c’est contrôler nos frontières. Il est vrai que le nombre de Français revenus de Syrie en liberté sur le territoire national est préoccupant. Une solution pourrait être un contrôle plus accru aux frontières, sans pour autant suivre l’exemple hongrois, et en sauvegardant le symbole de la citoyenneté européenne qu’est l’espace Schengen.

Il est nécessaire de coupler ce contrôle au fichage des individus dans ce que l’on nomme les fichés S. Un manque de moyens persiste cependant dans ce procédé notamment en termes de ressources humaines et matérielles.

Il est clair que ces solutions variantes en fonction du clivage politique ne se suffisent pas à elles-mêmes. D’autres enjeux entrent dans la lutte contre le terrorisme.

Lutter contre le terrorisme par une politique éducative

D’un point de vue personnel, je dirai qu’il s’agit là du domaine le plus important pour faire face à la menace terroriste pour une raison simple, la majorité des auteurs d’actes terroristes en France sont des Français nés en France et qui sont passés par le système de l’Éducation Nationale.

Il est nécessaire de faire un constat honnête. Ces auteurs, qui ont été les enfants de la France, sortent de l’école en nourrissant une haine profonde à l’encontre de leur propre pays.

Pourtant, l’Histoire passionnante de France est belle, des Lumières à de Gaulle en passant par les victoires napoléoniennes ainsi que les Droits de l’Homme et mérite d’être aimée. Il est nécessaire d’apprendre à tous, ces moments de l’Histoire qui font que la France est ce qu’elle est aujourd’hui. Mais ces épisodes ne sont, de manière relative, pas assez vus en cours, contrairement à certaines périodes plus controversées comme la colonisation et la collaboration. Attention, il n’est pas question de faire de l’endoctrinement, il est essentiel d’explorer ces phases plus polémiques afin de se forger un esprit critique. Il est seulement nécessaire de trouver un juste milieu, pour ne pas en dénaturer le sens de l’Histoire.

Ainsi, il apparaît primordial d’apprendre à chacun les valeurs, idéaux et symboles de la République. Le nouveau Ministre de l’Éducation souhaite ainsi que « tous les enfants de France » connaissent La Marseillaise. Il a aussi annoncé la création au sein de l’Éducation Nationale d’une « cellule laïcité » afin d’accompagner le corps enseignant en cas de « dérives » religieuses au sein des établissements.

De manière générale, la connaissance est l’alliée de la lutte contre l’extrémisme religieux. C’est pourquoi l’éducation est la réelle arme contre le terrorisme.

La diplomatie arme internationale contre le terrorisme.

Le terrorisme touche le monde entier. Et contrairement à ce qu’il peut être dit et pensé, il ne touche pas seulement le monde Occidental. L’Afrique et l’Asie sont les premières victimes du terrorisme. Face à l’ampleur mondiale, la diplomatie peut être un moyen de lutter contre le fléau terroriste.

L’idée a émergé au sein des discours politique de permettre à l’OTAN de combattre le terrorisme. Une telle idée de coopération n’est pas erronée en soi, loin de là, mais utiliser l’OTAN signifie que le problème terroriste serait seulement occidental.

Il est donc nécessaire d’avoir une réelle coopération internationale afin d’assurer une paix qui semble de plus en plus éloignée. Cependant, les intérêts géopolitiques et économiques se greffent à cette coopération. L’ONU se doit de prouver qu’elle est bien la garante d’un intérêt général et mondial et non seulement la somme des intérêts étatiques particuliers.

Au niveau de la France, le jeu de la diplomatie se doit d’être éclairci. En effet, il est absolument nécessaire de revoir les liens diplomatiques avec le Qatar, pays désormais isolé par ses voisins, mais aussi l’Arabie Saoudite qui sont soupçonnés de financement du terrorisme de manière plus ou moins directe.

Une grande question diplomatique est aussi au sujet des relations à entretenir avec la Syrie et Bachar el-Assad accusé de « massacrer » son peuple par la communauté internationale. Doit-on, au nom de notre sécurité, fermer les yeux sur la gestion totalitaire de la Syrie par el-Assad dans le but de faire disparaître le terrorisme islamiste ? La question reste encore en suspens.

De nouvelles formes du terrorisme

Suivant l’évolution de la société, le terrorisme par ses formes évolue.

Le XXIe siècle est le siècle du numérique et des nouvelles technologies. À l’heure actuelle, le terrorisme « digital » opère notamment par l’embrigadement via les réseaux sociaux et sites djihadistes, mais aussi par la communication lors des opérations terroristes par exemple avec l’application Télégram. Il ne faut cependant pas oublier que l’évolution technologique peut ouvrir la voie à une réelle menace terroriste. C’est le cas notamment avec le sujet des drones ou des robots tueurs, robots qui peuvent tuer sans l’intervention directe de l’Homme. Dans cette optique, il est possible d’imaginer que comme toute technologie, il y a un risque de piratage. Quels pourraient être les dégâts du piratage d’un robot tueur ? Il s’agit d’un réel enjeu de sécurité technologique pour les années à venir.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a également fait réagir lorsque celui-ci a exposé que la lutte contre le réchauffement climatique peut permettre la lutte contre le terrorisme. Il est vrai qu’il est difficile d’y voir un lien direct entre ces deux préoccupations de notre millénaire. Mais en y réfléchissant, le réchauffement climatique peut alimenter le terrorisme avec la diminution des ressources disponibles (alimentaires, eau…) en cas d’épisodes de sécheresse plus intense...

Nos sociétés ont ainsi toutes les cartes en mains pour mettre en place une stratégie efficace sur plusieurs fronts dans la lutte contre le terrorisme.

 

 

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