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Pourquoi le glyphosate fait débat ?

Pourquoi le glyphosate fait débat ?

Avec 800 000 tonnes vendues l’an dernier, le glyphosate est le premier herbicide employé dans le monde. Son succès commercial repose sur trois piliers : Une grande efficacité pour un coût raisonnable doublé d’une relative facilité d’utilisation. Il est aujourd’hui largement utilisé en France pour le désherbage agricole afin de nettoyer les parcelles de nombreuses adventices avant de semer. Cet herbicide, commercialisé depuis 1974 et dont l’utilisation est approuvée par les agences européennes, devait  voir en octobre sa licence renouvelée pour 10 ans. Pourtant, la semaine dernière, la commission européenne en a décidé autrement.

Le glyphosate est-il cancérogène?

Le débat autour de l’utilisation du glyphosate s’articule d’abord autour d’un enjeu de santé publique. Et les avis divergent au sein de la communauté scientifique sur la dangerosité ou non de l’herbicide. En effet, c’est une étude du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), publiée en mars 2015 qui est à l’origine de la dernière controverse. En effet, cette agence dépendante de l'OMS, avait classé le glyphosate comme « cancérogène probable ». Pourtant, l'agence européenne des produits chimiques et l’autorité européenne de sécurité des aliments ont de leur côté écarté le risque cancérogène du glyphosate tandis qu’une autre étude parue en mai 2016 et réalisée en commun par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)  avait jugé "peu probable" que le glyphosate soit cancérogène "chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation".

Deux conclusions non contradictoires, selon l'OMS, car la première portait sur un risque en cas de forte exposition qui ne concernerait que les agriculteurs. Ces derniers, titulaires d’un certificat obligatoire pour l’utilisation de tels produits (Certyphyto), sont tenus de prendre des précautions spécifiques (gants, blouses, dosage…) pour manipuler l’herbicide.

Le risque  pour le consommateur exposé uniquement par son alimentation serait quant à lui très limité. Mais le champ d'étude reste discuté puisque seul le glyphosate -principe actif de l’herbicide- est évalué et non son association avec les autres adjuvants utilisés pour élaborer l’herbicide final.

Quelle empreinte environnementale ?

Selon l’institut français de l’environnement, en 2006, le glyphosate et ses produits de dégradations sont les premières substances retrouvés dans les eaux de surface du fait de son usage massif notamment pour des usages non agricoles (jardinages, désherbage urbain) aujourd’hui interdits. Néanmoins, le glyphosate présente également un certain nombre d’intérêts agronomiques et environnementaux.

L’utilisation d’un tel herbicide permet une réduction du travail du sol (moins de labours) coûteux en énergies fossiles et perturbant la biodiversité du sol. En effet, le désherbage mécanique (labours, binage, déchaumage…) exige en moyenne 3 ou 4 passages des machines agricoles sur la parcelle avec une consommation de carburant accrue, là où une seule pulvérisation de glyphosate est suffisante. Sur certaines terres argileuses, le labour peut également favoriser le tassement et la détérioration des sols en participant à la formation d’une croute de battance.

Glyphosate = Monsanto ?

A l’origine, le glyphosate était exclusivement produit sous brevet par Monsanto et commercialisé sous la marque Roundup. Mais depuis l’année 2000, la molécule est tombée dans le domaine public et bien que l’ex-firme américaine reste leader sur le marché d'autres sociétés produisent désormais cet herbicide.

Existe-il des alternatives ?

Bien qu’il n’existe actuellement aucune molécule de substitution sur le marché, des alternatives au glyphosate (désherbage mécanique, rotation optimisée…) sont possibles puisque les exploitations en agriculture biologique fonctionnent aujourd’hui sans aucun intrant chimique. Toutefois, leur généralisation à toutes les exploitations est plus délicate. Bien souvent, ces techniques basées sur des leviers naturels sont bien plus complexes et chronophages et leurs résultats  parfois incertains.  Cette prise de risques n’est pas vraiment au goût de bon nombre d’agriculteurs conventionnels qui ont de leur côté investi - et se sont donc endettés -  pour mettre en place un itinéraire cultural satisfaisant qu’ils rechignent aujourd’hui à abandonner. 

Par ailleurs, l’interdiction du glyphosate, en plus d’être un casse-tête pour de nombreux d’agriculteurs, serait synonyme d’une augmentation significative de leurs charges : en effet,  le recours au désherbage mécanique est en moyenne quatre fois plus coûteux que l’épandage chimique. Une interdiction unilatérale française serait ainsi très dommageable pour nos agriculteurs, déjà en difficultés, qui accuseraient sur le champ un déficit de compétitivité vis-à-vis de leurs voisins européens.

Enfin, la cohérence de la politique européenne peut laisser perplexe. En effet, si l'UE se montre aujourd'hui prête à légiférer sur ces questions pour des raisons de santé publique, elle autorise dans le même temps - via les traités de libre-échange- l’importation de denrées alimentaires qui ne seront a priori pas soumises à ces contraintes.

Ainsi, il est primordial que cette question soit traitée dans sa globalité au niveau européen.

Rendez-vous donc le 9 novembre pour le verdict de la commission européenne.

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