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Faut-il déboulonner certaines statues ?

Faut-il déboulonner certaines statues ?

Nécessité pour le vivre ensemble ou tyrannie du politiquement correct ? Retour sur les polémiques autour du déboulonnement des statues.

D’où vient la polémique ?

La polémique qui agita la France en septembre sur la possibilité de déboulonner des statues a commencé aux États-Unis. En Avril, la municipalité de Charlottesville votait le retrait de la statue de Robert E. Lee, un général confédéré qui avait mené l’armée du Sud à se battre pour faire sécession avec le Nord et ainsi conserver le droit à l’esclavage jusqu’en 1865. Le groupe nationaliste « alt-right », s’est alors insurgé contre le déboulonnement de la statue.

Cet évènement réveilla les consciences. Dans la foulée, le maire de New-York, Bill de Blasio a fait enlever une plaque commémorant Philippe Pétain comme héros de Verdun. Donald Trump a, sans grandes surprises, commenté sur Twitter cette polémique. Il s’est dit « triste de voir l’histoire et la culture de notre beau pays se mettre en pièce ». Il a notamment estimé qu’« on ne peut pas changer l’histoire, mais que nous pouvons apprendre d’elle ». Les statues auraient alors une mission éducatrice, rappelant le passé raciste d’une Amérique sécessionniste.

« Il faut décoloniser l’espace, il faut décoloniser les esprits »

En France, c’est l’association CRAN qui a mené le débat sur ce sujet. Dans une tribune publiée le 28 août 2017 dans Libération et intitulée « vos héros sont parfois nos bourreaux », Louis-Georges Tin, président du CRAN, s’est indigné : « Il faut décoloniser l’espace, il faut décoloniser les esprits » a-t-il dit. Quand certains rapportent que ces noms de rues, qui portent les noms de généraux esclavagistes ou autres auteurs de crimes contre l’Humanité, servent à rappeler l’Histoire, il leur répond : « les noms de rue ne servent pas à garder la mémoire des criminels, ils servent en général à garder la mémoire des héros et à les célébrer. C’est pour cela qu’il n’y a pas de rue Pétain en France ». Mme Taubira disait se sentir offensée à chaque fois qu’elle rentrait dans l’Assemblée Nationale. La statue de Colbert, instigateur du Code Noir et fondateur de la compagnie des Indes Occidentales, compagnie de traite, orne en effet l’entrée du palais bourbon. L’association cherche à faire comprendre que ces statues rendent difficile la belle idée du vivre-ensemble.

Mais tout le monde ne s’accorde pas sur ce point-là. 

« On se lance là dans un processus sans fin »

Quand d’autres jugent ces actions nécessaires, d’autres les trouvent dangereuses et trop inspirées du politiquement correct américain.

Alain Finkielkraut, philosophe, s’insurge quand la polémique lui est évoquée : pourquoi déboulonner la statue de Colbert, alors que Saint Louis a brûlé le Talmud, l’un des textes fondateurs de la religion juive en 1442 place de Grève ? Et qu’en est-il de l’antisémitisme de Voltaire ? Et de la célèbre phrase de Jules Ferry qui estimait que les « races supérieures » « ont le devoir de civiliser les races inférieures » ? La liste est longue, et la repentance n’est pas nécessairement l’unique moyen pour favoriser le vivre ensemble. Spinoza déclarait même que « le repentir est une seconde faute ».

Pour le philosophe, les évènements de déboulonnement arrivés aux États-Unis nous condamnent à faire de l’Histoire un procès. Au King’s College de Londres, les bustes des fondateurs blancs ont été retirés parce qu’ils étaient « intimidants pour les minorités ethniques », estime le doyen Patrick Leman. Et Bill de Blasio, le maire de New-York, a même envisagé de retirer une statue de Christophe Colomb parce qu’elle serait offensante pour les amérindiens. Mais l’Histoire qui est écrite, doit-elle être rééditée ?

Où placer le curseur

 Le tout est de placer le curseur et de trouver une juste mesure.

Si l’on juge judicieux le déboulonnement de statues de certains hommes et femmes au destin ambivalent, la réelle question qui doit être posée est : qui déboulonner ? Colbert ou Saint Louis ? Robert E. Lee ou Christophe Colomb ?

Aux États-Unis, la polémique a été d’autant plus violente que, concomitamment aux évènements de Charlottesville, et à la position de Donald Trump par rapport au déboulonnement, l’administration du président a refusé d’imprimer la figure de Harriet Tubman sur les billets de 20 dollars.

En France, Rokhaya Diallo, essayiste soutenant la position du CRAN, fait ainsi la différence entre les réels instigateurs de la traite, comme Colbert, et ceux qui ont tenu des propos racistes.

par Juliette Coillard

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