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Paris 2024 : comment l’Olympisme peut transformer la capitale ?

Paris 2024 : comment l’Olympisme peut transformer la capitale ?

« Je veux dire à l’ensemble des Français, que ces Jeux seront un véritable accélérateur de la transition écologique, de la création d’emplois, et de la solidarité » s’enthousiasmait la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans la foulée de l’attribution à Paris, des Jeux olympiques de 2024. Cette victoire fut perçue de l’hexagone comme un véritable évènement historique : 100 ans après les avoir organisé pour la dernière fois, les Jeux sont enfin de retour dans la capitale. Une véritable satisfaction pour le clan français qui restait sur trois échecs consécutifs (1992, 2008, 2012) dans sa quête de l’obtention des Jeux. La tenue de ces derniers est prise au sérieux par les pouvoirs publics, en témoignent les anneaux olympiques qui trustent le parvis du Trocadéro depuis le 13 septembre, jour où s’est réuni le Comité International Olympique en congrès à Lima, pour désigner unanimement Paris, comme ville hôte des Jeux de 2024.

La flamme olympique embrasera le ciel parisien dans sept ans, et ceci aura indubitablement, une importance non négligeable. Mutations sociales et transformations économiques sont à prévoir dans la cité parisienne qui entend profiter de l’évènement pour faire peau neuve d’ici 2024, et insuffler une nouvelle dynamique à des espaces inégalement développés.

Une campagne active

 La campagne active et efficace menée par le Comité d’organisation Paris 2024 a permis à la ville lumière de remporter un match à distance avec Los Angeles, qui se contentera elle, de l’organisation des Jeux de 2028. Los Angeles avait établi un accord au cours de l’été 2017 avec le CIO, qui lui assurait l’organisation des JO en 2028, laissant ainsi le champ libre à Paris. Initialement engagée dans une lutte avec quatre autres villes, Paris a pu obtenir ses Jeux grâce à de nombreux défections : après le retrait de Hambourg fin 2015, celui de Rome en octobre 2016, c’est enfin Budapest, qui a jeté l’éponge en février 2017. Faute de soutien populaire, ces villes n’ont pas pu aller au bout de l’aventure olympique, contrairement à Paris, dont la candidature a bénéficié d’un important soutien.

Du plus haut sommet de l’État, en passant par des sportifs médaillés mondiaux ou olympiques, ou encore des entreprises privées, la liste des personnes publiques ayant ouvertement affiché leur soutien à la candidature de Paris est conséquente. Le président de la République, François Hollande avait activement participé au lancement de la candidature en 2015 avant que son successeur, Emmanuel Macron, ne reprenne le flambeau juste après son élection. Teddy Riner Tony Estanguet, Marie-José Pérec ou encore Zinédine Zidane du côté des sportifs ont aussi affiché, ostensiblement leur intérêt pour le projet parisien. LVMH, la RATP ou BNP Paribas ont également apporté leur appui à cette candidature. Ces entreprises l’ont soutenue financièrement en espérant en capter les retombées économiques.

Enjeux géopolitiques  

Accueillir les Jeux olympiques est un enjeu géopolitique majeur, mais souvent insoupçonné. Réussir ses Jeux permet d’envoyer des signaux très forts au reste du monde. Le pays hôte apparait comme une nation prospère, capable d’accueillir chez soi, en grandes pompes et sans accrocs, le reste de la planète. Véritable vitrine idéologique, une Olympiade possède plus d’utilité que l’on ne pourrait l’imaginer. Cela, l’Allemagne nazie, la Chine et la Russie l’ont très bien compris et l’ont utilisé à leur compte, mais avec des objectifs différents. Démonstration de force, pour l’Allemagne d’Hitler en 1936 à Munich, qui entend utiliser les Jeux pour faire l’apologie de la race aryenne et de ses athlètes prétendus supérieurs. La Chine en 2008 veut montrer au reste du monde qu’elle est entrée dans une nouvelle dimension et qu’elle est désormais digne de s’assoir à la table des plus grands. Poutine utilise quant à lui en 2014, les Jeux d’hiver de Sotchi pour montrer que la Russie n’est plus, telle qu’elle était présentée avec l’effondrement de l’URSS, une nation économiquement sur le déclin.

La France peut suivre la voix des autres pays hôtes, et espérer tirer son épingle du jeu (olympique). Le pays peut facilement se servir de cet évènement, pour affirmer son rôle sur l’échiquier mondial. Selon un récent rapport publié le 18 juillet 2017, par un groupe d’experts, la France est passée première nation mondiale en termes de Soft Power (c’est-à-dire la capacité de convaincre ou d’influencer le monde par des moyens non coercitifs tels que la culture). L’hexagone a chipé le leadership à l’Amérique trumpienne, qui semble de plus en plus se refermer sur elle-même. La culture française étant ainsi de plus en plus plébiscitée dans le monde, les Jeux olympiques seront un excellent vecteur de promotion de notre culture, hors de nos frontières.   

Quelles transformations économiques ?

 Plus d’emplois

Le soir de l’attribution des Jeux, Anne Hidalgo avançait que ceux-ci seraient les « Jeux de la création de l’emploi ». L’élue parisienne a de bons arguments pour appuyer son propos. Des études réalisées par le Centre de droit et d’économie du sport prévoient entre 150.000 et 250.000 créations d'emplois sur 30 ans grâce aux Jeux. L’économiste du sport, Pierre Rondeau, invité le 14 septembre sur Europe 1 nuançait ces chiffres avancés : « Ça fait en moyenne 6 000 emplois par an, ce qui est une brindille par rapport au nombre de chômeurs qu'il y a en France ». Comment donner tort à l’économiste ?

Pourtant, au regard de l’impact qu’a pu avoir récemment, un autre événement sportif d’envergure organisé en France, l’Euro de football de 2016, les preuves sont irréfutables : les Jeux olympiques seront bel et bien bénéfiques pour l’économie française.

Si on se réfère aux chiffres donnés par le ministère des sports, 200 000 personnes ont été impliquées dans la préparation du dernier Euro, qui a en outre généré des retombées économiques à la hauteur de 1,2 milliard d’euros. 600 000 touristes étrangers ont visité l’hexagone au cours de l’été 2016 pour suivre les matchs de leur équipe favorite, représentant ainsi des recettes fiscales supplémentaires de 74,3 millions d’euros (TVA, taxe sur les séjours, aéroports). La manne financière générée par le tourisme pendant les JO sera encore plus importante que pour l’Euro. Forts de ses 16 millions de visiteurs l’an dernier, la capitale peut aisément tabler sur une affluence plus importante à l’été 2024.

Des infrastructures vitales

Les touristes pourront accéder assez facilement aux sites des épreuves (toutes situées à moins de 45 minutes du centre de Paris) grâce à une importante modernisation du réseau de transport parisien. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse annonçait fin 2016 que le réseau de transport parisien serait « le plus performant du monde en 2024 ». Initialement prévu pour l’horizon 2030, le projet du Grand Paris Express sera livré plus tôt que prévu pour les besoins des JO. Ce sont quelques 200 km de lignes de métro qui vont être construites (les lignes 15, 16, 17 et 18) ou bien prolongées (les lignes 4, 9,12 et 14) pour permettre de mieux relier les banlieues entre elles, et ainsi faciliter l’acheminement des spectateurs vers les sites olympiques. La construction de 5 lignes supplémentaires de tram est également prévue ainsi que la prolongation de 5 autres. Cette amélioration des transports devrait faciliter la vie quotidienne des franciliens qui empruntent constamment un réseau surchargé (4 millions de passagers chaque jour, rien que pour le métro parisien).

Mutations sociales

Outre, l’important réseau de transport déjà disponible dans la capitale, le projet Paris 2024 a réussi à séduire le CIO grâce à la solidité de son dossier en matière d’infrastructures sportives. Tout est déjà construit (ou presque). Ne manquent plus que le village olympique, le village des médias et le centre aquatique, qui doivent voir le jour en Seine-Saint-Denis. La construction de ces infrastructures permettra de redynamiser un département, qui figure actuellement parmi les plus pauvres de France.

Le paysage de la Seine-Saint-Denis va se métamorphoser. Le département avait déjà bénéficié à la fin du siècle dernier, d’un coup de pouce de l’État, à l’occasion de l’organisation de la coupe du monde de football de 1998. La construction du Stade de France avait apporté un nouveau souffle au département et plus particulièrement à Saint-Denis, où a été construit le stade. Une nouvelle gare SNCF, ou encore la construction de nouveaux logements avaient apporté une véritable aide économique à la ville, massivement touchée par la désindustrialisation au cours des années 1970.

De la même façon que pour l’organisation de la coupe du monde de football, les JO devraient permettre de donner un nouvel élan au département. 5 000 logements neufs construits pour loger les athlètes et les journalistes seront mis à disposition de la population locale, une fois l’Olympiade achevée. À Saint-Denis, les Dionysiens pourront bénéficier d’environ 3000 logements, avec 50% de logements sociaux et de logements étudiants. Les habitants du 93 en sortiront bien évidemment gagnants, mais une question peut quand même se poser. Auraient-ils bénéficié de la même bienveillance de l’État, si Paris n’avait pas obtenu les Jeux olympiques ?

Il faudra toutefois tâcher de ne pas créer une fracture socio-spatiale trop importante entre les différentes zones du département. Les quartiers rénovés qui vont directement bénéficier des installations olympiques devraient connaître une gentrification et le prix de l’immobilier pourrait bondir, excluant ainsi les plus modestes. Les habitants des autres quartiers, pourraient donc rester sur le quai de la gare, et louper le passage du train olympique. Aux pouvoir publics de trouver les solutions pour inclure tout le monde dans le vaste plan de dynamisme urbain.

De nombreux défis à relever

Lorsque Paris s’est portée candidate en 2015, l’objectif annoncé était de prouver au monde entier que son projet était le meilleur. Objectif atteint. Les pouvoirs publics doivent désormais s’atteler à convaincre une population sceptique de l’influence que l’Olympisme peut avoir sur le territoire français.

Un sondage Ifop paru le 10 septembre 2017 dans le Journal du Dimanche, indiquait que près d’un cinquième de la population française accueille l’attribution des Jeux en France comme une mauvaise nouvelle. Une pétition lancée en février dernier par le Collectif Non aux JO 2024 à Paris, avait même réuni 31 000 signataires pour demander le retrait de la candidature parisienne et dire « NON » aux « Jeux, de l’Argent, du béton, et des sponsors ».

Estimant que les Jeux sont un gouffre financier considérable, les anti-JO s’insurgent contre les dépenses jugées pharamineuses que va engendrer l’organisation des Jeux. Pour contester le retour de l’Olympisme à Paris, les opposants ont ressorti la facture des précédentes éditions. Par exemple, en 2008, les Chinois ont dépassé leur budget de près de 30 milliards d’euros. 23 milliards supplémentaires par rapport à ce qui était prévu pour Rio 2016 et "seulement" 6 milliards de plus pour les Jeux de Londres en 2012. Afin de calmer la grogne des opposants, qui n’a pas diminuée avec l’attribution des Jeux, de réelles garanties devront être données par les pouvoir publics, quant à la possibilité de tenir le budget.

Un budget estimé à 6,6 milliards d’euros, qui sera en partie financé par des groupes privés, mais tout de même à la hauteur de 1,5 milliards d’euros par le contribuable. Il faudra donc redoubler d’efforts, pour ne pas pénaliser trop gravement une population qui ne soutient pas unanimement le projet parisien, et lui éviter de mettre trop durement la main au portefeuille en lui imposant des dépenses supplémentaires.

Autre défi à relever : il faudra également observer le comportement des organisateurs des Jeux, qui devront prendre soin de ne pas réitérer les bévues observées lors des Jeux de Rio. Le gouvernement brésilien avait alors fait raser les immenses favelas qui bordent le nouveau stade olympique, laissant des centaines de familles démunies et n’en relogeant que quelques-unes. Il faudra alors réfléchir en amont à un plan de solution décent pour les campements de migrants (toute proportion gardée) qui occupent les rues de la capitale.

                       Alexis Cécilia-Joseph 

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