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L’Union Européenne est-elle Macron-compatible ? 

L’Union Européenne est-elle Macron-compatible ? 

Derrière l’optimisme du président français sur l’avenir européen et les visions abstraites à long terme communément acceptés par les dirigeants des 27, la lutte des conceptions de l’Union entre les pays membres a commencé. 

« Le temps où la France propose est revenu. (...) Aujourd’hui, je prends la responsabilité de proposer, d’aller plus loin, d’oser parler d’Europe et de retrouver pour elle des mots d’affection et d’ambition. ». Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, Emmanuel Macron semble, le 26 Septembre dernier, avoir fait de la relance européenne le fer de lance de sa politique extérieure. Trois semaines après son discours d’Athènes, le chef de l’Etat monte de nouveau au créneau au lieu même où, vingt-six ans plus tôt, François Mitterrand avait défendu la monnaie unique. 

Ne pas blesser, ne pas diviser

  Les réformes avancées par le chef de l’Etat sont une liste foisonnante de visions et de mesures non hiérarchisées, qui entendent brosser le portrait de ce à quoi ressemblera l’Union dans dix ans et plus. Projet de création d’une force d’intervention commune, sans préciser quelle sera sa nature, lancement d’une agence européenne du renseignement, sans donner de dates de référence, ou ambition d’un retour de la Grande Bretagne dans l’Union lors de la prochaine décennie, autant de visions qui ne suscitent que peu d’antagonismes, peu d’oppositions au sein des 27. Telle est l’idée du chef de l’Etat : regrouper, recréer une forme de rassemblement autour de projets communs, bien que la difficulté de leur application soit sans cesse éclipsée. Il s’agit en même temps de ménager Angela Merkel qui, secouée par le parti souverainiste de l’AFD, peine à composer une majorité qui accueillera favorablement la tentative de réforme. Remarquons d’ailleurs que les quelques réformes techniques et concrètes sont celles qui, déjà, créent quelques tensions sur le Vieux Continent. Quand Paris appelle à davantage de fédéralisme en proposant un gouvernement de la zone euro, ou une fiscalité commune, la CDU de Merkel n’entend pas sacrifier la bonne santé de l’économie allemande au nom d’une énième politique de soutien financier aux 27. Aussi, bien que largement développé à Athènes, ces mesures litigieuses n’ont plus été abordé à la Sorbonne. 

Une bombe à retardement

  Pour le moment, la ligne officielle des 27 est claire : épouser ce message d’optimisme devant l’opinion publique. Le président du Conseil européen Donald Tusk a beau recevoir les

propositions du président français avec enthousiasme, souhaitant même créer dans deux semaines un agenda pour discuter des initiatives françaises, il sait pertinemment à quel point les positions sont contrastées, voire antagonistes. Le fédéralisme qu’avance Macron risque de se heurter à la germanophobie montante. Pour les Etats centraux et de l’Est, donner davantage de pouvoirs à Bruxelles revient à accentuer encore un peu la suprématie allemande. Pour le politologue Stéphane Rozès, « l’hégémonie effective de l’économie allemande a peu à peu imposé l’idéal outre-Rhin à Bruxelles » : Berlin attend que ses voisins se métamorphosent peu à peu en allemands, en adoptant leur modèle économique. Or, l’intolérance allemande à l’égard de l’endettement ne peut convenir aux systèmes économiques moins robustes de beaucoup d’Etats membres. Depuis quelques années, les Etats d’Europe de l’Est ont le sentiment d’être marginalisés au sein du projet européen, et Macron court le risque de creuser cette plaie en donnant à Berlin les moyens d’y accentuer son influence. Les discussions entre Paris et Berlin seront d’ailleurs loin d’être apaisées ! Si Angela Merkel veut soutenir son homologue français, il demeure une profonde incompréhension sur le projet européen des deux côtés du Rhin. La chancelière entend « relancer » l’Union : elle attend que les Etats réduisent au maximum leur déficit et adoptent des réformes structurelles. Le président veut « refonder » l’Europe : son ambition est d’arranger les institutions, et élargir la souveraineté bruxelloise sur de nouveaux domaines. Devant tant de méfiance et d’intérêts divergents, la diplomatie et la négociation seront plus que jamais de mise. 

Une Europe toujours plus hors sol ? 

Comment fonctionne l’Union ? Pourquoi est-elle si bureaucratique ? Ces questions-là sont les inquiétudes premières des 500 000 000 de citoyens de l’Union Européenne. Or, si Macron propose et combat le scepticisme ambiant, son projet n’a rien pour rassurer les peuples sur ces sujets ! Peu nombreux sont ceux qui voient clair dans le fonctionnement des institutions de l’Europe, Macron veut en ajouter de nouvelles, avec la création d’un gouvernement, et d’un Parlement de la zone euro ! Comment faire comprendre aux citoyens qu’ils auront à envoyer des représentants dans deux chambres supranationales à la fois ?  Il sera tout aussi difficile de convaincre du bien-fondé de l’établissement de listes transnationales pour les législatives européennes de 2019. Déjà, l’opposition se dresse contre cette mesure : où pourrons-nous rencontrer ces élus ? Comment peuvent-ils prétendre nous représenter s’ils n’ont même pas la même nationalité ? Sous couverts d’élans lyriques en faveur de la réunion des peuples européens autour d’un destin commun, Macron ne traite pas du sentiment que les peuples perdent leur destin de vue, et perdent leurs spécificités culturelles. Les difficultés de communication sur le projet sont en effet problématiques. Après avoir passé tout son séjour à Athènes à défendre l’idée de « souveraineté européenne », et à promouvoir un plus grand transfert de souveraineté vers Bruxelles, notamment en matière fiscale dont il souhaite l’harmonisation des vingt-sept, le chef de l’Etat se rétracte : « ce que je vous propose n’est pas le fédéralisme ! » répond-il à une étudiante qui l’interroge. 

  Ainsi, les épreuves sont nombreuses pour que « l’initiative pour l’Europe » de Macron ne meure pas en couche. Si les Etats membres affichent pour l’instant une cohésion relative dans l’accueil de ses propositions, il ne faut pas se leurrer : les antagonismes sont forts, et les visions de l’Union jurent entre elles. Macron joue ainsi la carte de la conciliation politique : il avance à pas de loup, pour permettre aux autres chefs d’Etat, et notamment la chancelière, de ne pas être pris à la gorge par leur électorat et leurs méfiances à l’égard d’un renforcement de l’Union. Plus que d’imposer ses réformes et sa vision, il veut créer une dynamique, montrer qu’il faut, dans un sens ou dans l’autre, que l’Union bouge, sorte de sa paralysie. Cependant, à trop user de finesse politique, le président oublie les inquiétudes premières des citoyens à l’égard d’une Union à l’administration tentaculaire et obscure. A l’heure actuelle, rien ne figure dans ses réformes qui puisse les rassurer à ce sujet.

par Stanislas Andreu 

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