Sexisme en politique, on en parle ?

Sexisme en politique, on en parle ?

   L'année 2016 aura été marquée par la relance d'un vieux débat : la question du sexisme. En effet, à l'aube d'une nouvelle année, la société française ne semble toujours pas avoir enterré ses racines patriarcales. Le sexisme n'est pas un fait nouveau et s'exprime dans toutes les sphères de la société, et notamment la classe politique. Nos dirigeants ne sont-ils pas supposés œuvrer pour une société plus égalitaire ? Hélas, les scandales à répétition nous montrent que les convictions de nos hommes politiques sont bien loin des belles valeurs qu'ils défendent.

Sexisme en politique en 2016 : quel bilan ?

2016 a été marquée par un nouveau scandale politique. En mai dernier, l'affaire Baupin a mis le feu aux poudres. Le député écologiste Denis Baupin est accusé par six femmes d'agressions sexuelles. Des témoignages que M. Baupin réfute, bien entendu. Mais les plaintes se multiplient et le scandale se poursuit des mois, avec chaque fois de nouveaux témoignages. Il s'est avéré, par la suite, que sa formation politique connaissait ses écarts de conduite et les avait sciemment cachés. Ce scandale relance le débat sur le machisme présent dans la sphère politique. En effet, M. Baupin n'est pas un cas isolé et il semble que les femmes politiques ou journalistes ayant affaire à ce milieu aient à plusieurs reprises été victimes de comportements similaires au cours de leur carrière. Ce n'est donc pas la première fois qu'un tel scandale agite la sphère politique. Si nos dirigeants eux-mêmes, qui sont censés montrer l'exemple, ne sont pas capables de concevoir l'égalité hommes-femmes, comment assimiler ce concept à la société ? 

Pour dénoncer cette attitude honteuse et indigne d'un politicien, des collaboratrices parlementaires ont décidé de rapporter les propos sexistes entendus à l'Assemblée sur le site chaircollaboratrice.com.

«Elle écrit bien ma collaboratrice pour une fille !", "Elle est vraiment mignonne ta collab' !", "Alors les petites garces, vous nous faites un spectacle de pom pom Girl ? », etc... Ce ne sont pas là les propos d'un individu, entendus au bar PMU du coin, mais bien des propos d'homme politique énoncés haut et clair entre les murs d'une institution de la République. En outre, les affronts faits aux femmes ne se limitent pas à des remarques glissées en douce : on se souvient des caquètements de ce député UMP à l'adresse de Veronique Massoneau en pleine séance publique en octobre 2013. 
Quelques jours après que le scandale ait éclaté, 17 ex-ministres écrivaient une tribune dans Libération afin de sensibiliser l'opinion et de libérer la parole des victimes. 

La carte du féminisme, avantage ou boulet en politique ?

Hillary Clinton en a fait son principal atout avec son slogan « I'm with her ». Malgré tout, cela n'a pas empêché de nombreuses femmes de voter pour Donald Trump, en dépit des sorties misogynes de ce-dernier. Même s'il est discutable qu'Hillary Clinton n'ait pas été élue parce qu'elle est une femme, cet exemple montre bien que la carte du féminisme est loin d'être un avantage en politique : les femmes à la tête d'un pays restent minoritaires, même à l'heure actuelle, puisque seulement un pays sur dix est dirigé par une femme. Parmi elles, Angela Merkel, ou encore Théresa May sont des exemples de femmes qui ont pu accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat, et qui dirigent leur pays d'une main de fer. 
Il n'est pas question de dire qu'une femme est plus compétente qu'un homme en politique. Ce qui est en revanche inadmissible, c'est que les femmes n'aient pas les mêmes chances que les hommes pour accéder à un poste haut placé. Car malgré les progrès incontestables en matière de parité, la sphère politique n'a jamais cessé d'être un milieu macho. Il y a peu, Cyril Eldin diffusait un documentaire sur le machisme en politique  intitulé : "Macho politico". Il y dénonce la banalisation du machisme en politique. Ce fut un combat sans relâche avant que les femmes puissent enfin tirer leur épingle du jeu dans cette chasse gardée qu'est la politique. Apparemment, dans ce milieu comme dans la vie de tous les jours, les femmes doivent, plus que les hommes,  faire leurs preuves, et ne sont traitées sur un pied d'égalité avec leurs congénères masculins qu'au prix de nombreux efforts. Plaisanteries graveleuses et remarques vexantes restent le quotidien des femmes à l'Assemblée.

La politique reste un milieu majoritairement masculin : en 2014, il n'y a que 27% de femmes au Parlement, comme le relève l'Observatoire des inégalités. Un chiffre néanmoins en nette progression par rapport aux années précédentes ... Peut-on dire pour autant que la parité sera bientôt atteinte ? Et si l'argument de la parité, justement, jouait en la défaveur des femmes politiques ? En effet, si ces dernières sont victimes au quotidien de comportements déplacés, il semble que ce soit parce qu'elle sont vues comme des « voleuses de postes », placées là parce qu'il fallait atteindre un quota. N'est-ce pas là que la bât blesse justement ? La spécificité française du machisme en politique ne réside-t-elle pas dans le fait que la société ne parvient pas à considérer les femmes comme des hommes politiques comme les autres ? "La femme sera vraiment l'égal de l'homme le jour où on désignera à un poste important une femme incompétente", disait Françoise Giroud.


Une classe politique vieillissante à l'origine du problème

Il reste une lueur d'espoir pour éradiquer ce mal persistant, espoir qui réside dans la jeunesse. En effet, il semble que les jeunes hommes politiques soient plus ouverts d'esprit et moins "old school" que leurs collègues. On reproche souvent à la France d'avoir une classe politique qui ne se renouvelle pas. Que dire de ces accusations ? Il est vrai que, dans un pays qui est pourtant en voie de développement comme le Brésil, on n'a pas empêché Dilma Rousself d'accéder à la fonction présidentielle, tandis que Ségolène Royal s'est vu mettre des bâtons par son propre parti dans les roues quand elle s'est présentée aux élections de 2007. L'absence de réactions et de prises de mesures suite aux scandales DSK et Baupin n'a fait qu'aggraver cette réputation, qui s'est répandue à l'internationale. Mais il est exagéré de parler de spécificité française : l'Allemagne, par exemple, n'a pas été épargnée en 2013, avec la polémique autour du président social démocrate du Bundestag, Rainer Brüderle. 
Fort heureusement, la loi pénalise de plus en plus les attitudes sexistes des hommes politiques. Néanmoins, le degré d'impunité est insuffisant pour beaucoup. En 2013 déjà, Philippe Le Ray, qui avait imité la poule pendant l'intervention de Véronique Massoneau, avait été condamné par le président de l'assemblée par rappel à l'ordre de ce dernier avec inscription au procés verbal. Ce type de sanction peut aller jusqu'à l'exclusion temporaire. Depuis l'affaire Baupin, on peut faire appel à un déontolgue pour qualifier un cas de sexisme. Mais cette solution n'est pas très connue, et peu savent qu'elles peuvent y recourir. En outre, ce déontologue n'est qu'un médiateur, qui a un pouvoir sur les fonctionnaires, mais pas sur les hommes politiques élus. Cependant, la « banalisation » du machisme fait qu'on a tendance à minimiser les atteintes à l'intégrité des femmes, ce qui rend la pénalisation de ces actes difficile, et n'encourage malheureusement pas les auteurs à changer leur comportement. 

La parité dans le monde politique est un long processus, qui n'en est qu'à ses prémices et sera long à  se mettre en place : il implique un changement de mentalité aussi bien chez la classe dirigeante que dans la société. Néanmoins, il ne faudrait pas stagner dans une situation intermédiaire, où la question du sexisme en politique tantôt fait polémique, tantôt obéit à une loi du silence, comme c'est le cas aujourd'hui. Pour ce faire, il est plus que temps de prendre le problème à bras le corps, et de sanctionner systématiquement les comportements déplacés de nos dirigeants, mais aussi à toutes les échelles de la société. Sinon, le mal risque de gangrener peu à peu toutes les branches de la société et prospérer jusque dans nos universités qui restent parfois le théâtre de comportements similaires, alors même que tous les espoirs d'une société meilleure reposent sur la jeunesse. 

par Julie Guiducci

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