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Pourquoi la campagne de NKM est un flop

    Fin août rime avec rentrée scolaire mais aussi rentrée politique. Nous avons tous assisté récemment à l’entrée en lice de l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, persuadé de l’emporter en novembre face à son grand rival modéré Alain Juppé. Très rapidement ces frères ennemis ont centré le débat sur l’identité, l’autorité et la sécurité. A côté de ce duel au sommet, d’autres candidats essayent tout même d’exister et de récolter un maximum de parrainages pour la primaire. Pourtant malgré les efforts,  ils n’arrivent pas toujours à percer dans les sondages ou pire encore à rassembler le nombre de parrainages nécessaires. On oppose alors à ces résultats mitigés, le plafond de verre ou encore le favoritisme supposé au niveau de l’accès au fichier des adhérents. Nathalie Kosciusko-Morizet qui n’a toujours pas le nombre requis de parrainages s’est lancée dans une véritable course contre la montre pour espérer figurer à cette primaire et ainsi représenter une sensibilité libérale de la grande famille des Républicains. Pourtant celle qui fut le grand espoir féminin de la droite française, est tout simplement en train de passer à côté de sa campagne. Retour sur un flop complet.  

Un programme audacieux mais déconnecté  

NKM est à vrai dire assez « disruptive » comme candidate. Elle a tout d’abord misé sur des thèmes inhabituels à droite touchant aux domaines de la transition numérique, de l’écologie ou encore de la santé. L’élaboration de propositions à partir de ces thèmes avant-gardistes, ont amené NKM à militer notamment pour la création d’un statut général du travailleur indépendant, l’université sélective sans oublier le principe de précaution en matière d’écologie. Pourtant ces thématiques - très générations Y - n’ont pas eu l’effet escompté. Probablement dû à un problème de timing. Au vu de l’année 2016 et des nombreux attentats, les débats qui devaient être très portés sur l’économie vont finalement se concentrer sur l’immigration, la sécurité nationale et l’autorité de l’Etat. La candidate qui est connue pour son goût prononcé pour les prochains grands enjeux se voit donc éclipsée au profit d’un Nicolas Sarkozy qui redevient, le temps d’une primaire, l’ancien locataire de la place Beauvau : son rôle favori. Pour y remédier, NKM a aussi décidé de se positionner sur les thèmes de prédilections de l’ancien chef de l’Etat. Malheureusement elle est apparue maitrisant mal son sujet (notamment au l’émission de ONPC du 27 août) et incapable de faire entendre sa voix sur ces questions. Mal à l’aise sur ces sujets, NKM décide de changer de braquet et de parler d’émigration des jeunes diplômés ou de la représentation féminine à la primaire. Encore une fois en pleine période de polémiques autour de l’intégration en France, l’émigration qui concerne un nombre restreint de personnes est un sujet boudé par une majorité de l’électorat de droite. Ensuite la question de la représentation féminine à la primaire a elle aussi été critiquée car elle légitime sa candidature par son sexe et non de son projet politique. On pourrait faire le même reproche à la campagne«  I’m with her » d’Hillary Clinton aux Etats-Unis. 

  Une image difficile à changer

En plus d’un programme politique audacieux bâti sur des fondations un peu trop avant gardistes, NKM paye très chère dans cette campagne son image controversée. L’ancienne espoir de la droite et actuelle député de l’Essonne est connue pour son image de Parisienne qu’elle reflète. Ce filon a été largement médiatisé par les guignols de l’info durant ses années au gouvernement. Pour y remédier NKM s’est construite une sorte de personnage un peu grande gueule adepte des petites phrases à la Copé et des déclarations assez fracassantes. On se souvient tous d’NKM traitant les climatosceptiques de « connards » ou évoquant le « greffage de couilles » lors d’un entretien écrit paru dans Le Monde.

Soutenue en 2014 par les ténors de l’UMP, elle essuie une courte défaite à la mairie de Paris alors que toutes les chances étaient de son côté. Elle enchaine ensuite avec son éviction de la direction du parti au début de l’année pour avoir critiqué la ligne décidée par le bureau. A cela s’ajoute un style assez froid comparé à  Nicolas Sarkozy. Il galvanise les foules, emploie le vocabulaire de son auditoire tandis qu’elle utilise un vocabulaire technique et n’hésite pas à s’envoler dans des débats intellectuels de très haut vol. Ceci crée irrémédiablement un fossé entre elle et les Français qu’il est difficile de combler malgré les actions de terrains qu’elle a entrepris tout au long de l’été sur la plage de France. En tout cas ce personnage assez rock’n’roll a contribué à dégrader ses relations avec Nicolas Sarkozy et l’a donc desservie en interne en terme d’accès au fichier des adhérents dont elle ne détient actuellement que des bribes. 

  Malgré une très bonne communication sur les réseaux sociaux, NKM est dans l’obligation de réaliser un exploit herculéen pour pouvoir figurer à la primaire de la droite et du centre en novembre prochain. Ceci va s’avérer extrêmement compliqué sachant que les grands favoris de la primaire ont raflé plus de parrainages d’élus que nécessaire afin de limiter les candidatures et donc concentrer au maximum les voix. NKM qui voulait détonner, surprendre se voit donc presque contrainte à abandonner la course plus tôt que prévu (encore un échec) afin de soutenir Alain Juppé dans les prochains jours selon des sources proches de l’équipe de ce dernier. Ce nouvel échec prend la forme sorte de sanction pour l’indépendance politique qu’elle a voulu prendre vis à vis de Nicolas Sarkozy. Pourra-t-elle rebondir ? Aujourd’hui, rien n’est moins sûr. 

 

Eric Rucklin

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