Et si la gauche n'était pas faite pour gouverner ?

        « La Gauche n’a jamais accédé au pouvoir par une mer de tranquillité, sous un ciel de sérénité et par temps calme et c’est parce la Nation vit des épreuves qu’elle y arrive, la Gauche au pouvoir. » François Hollande le 3 mai 2016 à la fondation Jean Jaurès pour le colloque la Gauche et le Pouvoir.

Par cette formule d’un lyrisme sans égal, le Président Hollande tente de s’affirmer comme un homme de gauche. A l’entendre, on pourrait définir l’homme de gauche comme le capitaine qui, contre vents et tempêtes, se dresse pour tenir la barre. Or, si en accédant à la fonction présidentielle on devient le capitaine du navire France, l’homme de gauche n’est pas vraiment dans l’imaginaire collectif celui qui est taillé pour affronter les périls. Le socialiste idéal est plutôt dépeint comme celui qui vole au secours de ceux que la tempête va écraser. Le capitaine fait des sacrifices pour amener son navire à bon port. 

C’est la différence entre être aux responsabilités et être dans l’opposition. Une différence de taille que la majorité n’avait semble-t-il pas envisagée. 

Revenons quelques années en arrière : avril 2012. François Hollande, candidat du parti socialiste à la présidence de la République, est dans la dernière ligne droite : il enchaîne meetings sur meetings durant lesquels il martèle que le dialogue social sera LA priorité de son quinquennat. Il sera le Président qui veut faire dialoguer les membres de la société que ce soit les élus avec les électeurs, les syndicats avec les patrons, les jeunes avec les moins jeunes et ainsi de suite. Autant de couples qui en 2012 étaient déjà au bord du divorce, et qui quatre années après sont bel et bien divorcés.   

En effet, s’il avait effectivement promis de réformer le pays, il n’avait pas promis une réforme libérale pensée par un ancien banquier devenu millionnaire grâce à la finance, pourtant ennemie jurée du candidat Hollande. 

Alors qu’est t-il arrivé au candidat Hollande ? 

Les plus cyniques diront tout simplement que comme tous les hommes politiques, il nous a menti pour arriver à ses fins. Une fois au pouvoir, il se serait alors assis sur les idéaux socialistes qui lui avaient permis d’accéder à la présidence.

François Hollande, semblant préparer le terrain pour 2017, a répondu à cette question lors d'un discours à la fondation Jean Jaurès : « Il y a une exigence qui s’appelle le progrès, on ne peut pas faire comme si le monde à traiter était figé, s’était arrêté le jour même de l’élection, comme s’il n’exigeait pas une adaptation permanente, comme si les circonstances ne justifiaient pas aussi que nous puissions agir avec d’autres moyens, d’autres formules que celles qui avaient pu être imaginées ». Une réponse qui semble assez honnête et qui rejoint la thèse selon laquelle la réalité du pouvoir oblige à faire des concessions dans l’intérêt général.

Cependant, ce n'est pas en se rendant compte que "gouverner : c’est pas facile" que le candidat Hollande s’est évaporé.

Le candidat Hollande s’est évaporé car il était de gauche. Il semblerait dès lors que la gauche soit incompatible avec l’exercice du pouvoir. Si cela est fortement critiquable, on peut en toute honnêteté reconnaître que les pouvoirs régaliens ne sont pas les terrains de prédilection de la gauche. Et cela est bien dommage : entendre un Premier Ministre de gauche ériger la sécurité comme une priorité de son action publique fait sauter au plafond tous les sympathisants socialistes, alors que la réalité l’y oblige. 

Dans une interview accordée au magazine Society, le Premier ministre a semblé regretter que la gauche soit bloquée dans les thématiques de défense des travailleurs et des plus pauvres, et le fait qu’elle n’évolue pas vers un pragmatisme indispensable pour devenir un parti de gouvernement. C'est l'une des idées que le Président a mise en avant dans son discours du 3 mai avec un ton qui laisse rêveur : « c'est cela qui est demandé à la Gauche, non pas de gérer des acquis comme on gère une rente, mais de faire en sorte qu'on puisse donner à des générations nouvelles l'occasion d'espérer vivre mieux ». 

Le seul hic est que les sympathisants de gauche ne veulent plus de François Hollande et de son pragmatisme mais souhaitent - à en croire un sondage « secret »  commandé par le PS - continuer à rêver de vivre mieux grâce à Arnaud Montebourg. Drôle de sondage que celui-ci, mais qui témoigne d'une distance presque insurmontable entre la rigueur des socialistes du gouvernement et les aspirations de son électorat.

Clara Michielini

image de couverture issue du Figaro

 

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