Quel est le rôle de la Russie en Syrie ?

Quel est le rôle de la Russie en Syrie ?

Dans le cadre du projet Moyen-Orient de Néopolis, nous avons choisi de consacrer une place importante au rôle diplomatique de la Russie en Syrie.

Il semblerait que l’intervention russe soit motivée par trois facteurs indissociables. J’ai fait le choix d’écarter deux des principes invoqués par le pouvoir russe pour légitimer son action en Syrie, car ils ne me semblent pas correspondre à la réalité des intérêts russes en jeu : c’est-à-dire le respect des principes de droit international et le soutien aux minorités chrétiennes.

S’affirmer comme puissance géopolitique indispensable

L’engagement russe en Syrie s’inscrit donc dans le cadre global de réaffirmation internationale de la puissance russe souhaitée par le président Poutine.

Ce projet est notamment marqué par les interventions en Crimée et dans l’est de l’Ukraine depuis 2014, la dénonciation des projets de l’OTAN aux portes des pays baltiques, en particulier l’installation de troupes après le sommet de Varsovie en juillet 2016, ainsi que l’Union économique eurasiatique instituée en 2014 avec la Biélorussie et le Kazakhstan.

En Syrie, la Russie entend prouver qu’elle est une puissance indispensable mais aussi responsable et constante. En effet, la géopolitique russe, à l’exception des éternels atermoiements avec la Turquie, contraste avec les hésitations prolongées des dirigeants occidentaux, notamment celle de Barack Obama qui n’a pas sanctionné le franchissement de la « ligne rouge » des armes chimiques par l’armée syrienne.

Le facteur militaire joue un rôle d’autant plus important dans cette réaffirmation que la Russie ne peut compter sur son économie exsangue, frappée de plein fouet par la chute des prix du pétrole et les sanctions internationales dans le cadre du conflit ukrainien.

Retrouver son influence dans une région après 4 décennies

Vladimir Poutine aspire avant tout à préserver les intérêts russes en Syrie, en réactivant l’alliance stratégique et militaire que les dirigeants soviétiques avaient nouée avec Hafez el-Assad (1970-2000), père et prédécesseur de Bachar el-Assad. La marine russe dispose notamment d’une base permanente dans le port de Tartous, fondée en 1971 pour contrer l’influence américaine en Méditerranée dans le cadre de la guerre froide. Elle sert aujourd’hui de base de ravitaillement majeure pour l’armée russe en Syrie.

En revanche, la Russie étant indépendante sur le plan énergétique, la question du pétrole ne semble pas être l’enjeu majeur des stratégies géopolitiques russes en Syrie.

La lutte contre le terrorisme et le souci de stabilité régionale

La Fédération de Russie et son étranger proche dont elle entend garantir la sécurité sont confrontés au défi terroriste depuis l’intervention soviétique en Afghanistan (1979-1990). Si la Russie a été relativement épargnée par des vagues d’attentats depuis le début de la crise syrienne, le départ de plusieurs milliers de Russes et de citoyens des républiques d’Asie centrale dans les rangs de l’Etat islamique pourrait représenter un réel danger à leur retour.

En raison de sa proximité géographique avec la Syrie, la Russie a donc tout intérêt à garantir la stabilité régionale. Vladimir Poutine n’a d’ailleurs cessé de dénoncer les interventions américaines et occidentales en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et (après un bref soutien) en Lybie (2011) qui se sont toutes les trois soldées par un chaos régional, propice à la prolifération de milices djihadistes.

Ainsi, trois raisons majeures peuvent expliquer l’intervention russe en Syrie : la volonté de s’affirmer comme une grande puissance, de retrouver son influence au Moyen-Orient et de lutter contre le terrorisme - trois raisons au service de son projet politique et géopolitique.

La Russie jouit d’ailleurs d’un prestige accru, notamment en France où elle obtient des ralliements de toutes tendances : du Front national de Marine Le Pen au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en passant par une partie des Républicains. Aux Etats-Unis, pour le nouveau président Donald Trump, il semblerait même que Vladimir Poutine ait été un « plus grand leader que Barack Obama ». Comprendre véritablement les intérêts russes et dépasser un point de vue uniquement eurocentré sur ces stratégies permettrait d'ouvrir de nouvelles voies de coopération. Néanmoins, aucun accord ne pourra être établi entre la Russie et d’autres nations sans que la situation ne se débloque à Alep, théâtre sanglant du conflit depuis 2012.

par Louis Lalanne et Lisa Claret

Les meilleures  punchlines politiques de la semaine !

Les meilleures punchlines politiques de la semaine !

Quinze jours politiques en bref

Quinze jours politiques en bref