Les enseignements du premier tour de la primaire de la droite

Les enseignements du premier tour de la primaire de la droite

Les sondeurs hors-jeu

Premier enseignement, devenu désormais traditionnel, les sondages étaient spectaculairement faux bien que la dynamique en faveur de François Fillon ait été relevée -bien que largement sous-estimée- quelques jours avant le scrutin. La primaire de la droite et du centre aura donc, elle aussi, apporté son lot de surprises. Après le Brexit en juin, l’élection de Donald Trump il n’y a pas encore deux semaines, les résultats de ce premier tour viennent encore une fois, démentir tous les pronostics.

L’avance de François Fillon ne constitue pas la seule surprise. Le score très faible de Bruno Le Maire, pourtant annoncé comme le troisième homme, l’homme du « renouveau », se voit relégué à la quatrième place, à moins de 3%, à égalité avec Nathalie Kosciusko Morizet.

Enfin, force est de constater que la « Juppé mania » n’était qu’une pure construction médiatique. Donné comme le 1er homme, et de loin, pendant plusieurs mois, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac enregistre un score doublement décevant. Il cède la première place à François Fillon, et n’atteint pas les 30% des voix.

 

La « droite forte » plébiscitée

Si nous additionnons les scores de François Fillon, Nicolas Sarkozy, Jean-Frédéric Poisson, et Jean-François, candidats les plus à droite et prônant plus ou moins une droite décomplexée, nous atteignons 70% des votes.

Les raisons du vote Fillon sont principalement de trois ordres : économiques, politiques, mais aussi sociétales. Tout d’abord, l’ancien Premier ministre apparaît comme le candidat le plus libéral, notamment à travers ses discours sur la réduction des dépenses publiques et du nombre de fonctionnaires.

Dans le même temps, François Fillon a pu également engranger des voix grâce à un discours musclé sur la lutte contre le fondamentalisme islamique, sujet auquel il a accordé un ouvrage en particulier.

Enfin, l’ancien locataire de Matignon aura sans doute aussi profité de son côté droite traditionnelle et provinciale. Catholique pratiquant, il a obtenu le soutien de « Sens commun », se taillant une image de défenseur des valeurs conservatrices et familiales.

Loin de la « peopolisation » de la vie politique, personnage plutôt sobre, il incarne une certaine forme de hauteur, chère à un grand nombre d’électeurs de droite. Notamment en cette période de défiance générale à l’endroit du monde politique et de ses représentants.

Notons au passage que François Fillon, malgré qu’il ait été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pour toute la durée du quinquennat, n’aura pas été tenu pour responsable et comptable du bilan de la mandature 2007 – 2012.

 

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy définitivement évincés

Hier, les Français auront assisté à la mise à la retraite de deux figures politiques majeures de ces dernières décennies : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

D’une part, il y a toutes les raisons de croire qu’Alain Juppé soit battu face à François Fillon. Ce-dernier bénéficiant d’une avance confortable sur son rival, ainsi que de reports de voix d’une majorité d’électeurs de Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire. À son âge, l’ancien Premier ministre jouait-là sa seule et unique chance. Désormais, il devrait se replier sur sa mairie de Bordeaux, et y terminer sa carrière politique.

D’autre part, Nicolas Sarkozy, se voit complètement disqualifié. Les Français, mais aussi son propre camp, n’en veulent tout simplement plus. Celui-ci détenait cependant toutes les clés du parti, avec le soutien d’un très grand nombre d’élus, de cadres, et de militants. Il a mené une campagne très énergique, avec les qualités oratoires que nous lui connaissons. Faisant systématiquement salle comble lors de ses déplacements, il aura en réalité été bercé, aveuglé, par ce noyau dur de militants très actifs, mais au final peu représentatifs du sentiment général.

Mais le vote populaire a été plus fort que le vote partisan. La majorité silencieuse existe sûrement, mais lui aura préféré François Fillon. Décidément, le retour en politique ne plaît pas aux Français. Valéry Giscard d’Estaing, et dans une moindre mesure Lionel Jospin, en avaient déjà fait l’amère expérience. Les ambitions du troisième homme de la primaire se sont fracassées sur le refus de nombreux électeurs, dont une petite partie d’électeurs de gauche certes, de ne pas renouveler l’expérience avec l’ancien chef de l’État.

Reste à François Fillon à fédérer son parti, qui ne sortira de toute façon pas indemne de cette première primaire, en vue des élections de 2017.

Par Joris Varjabedian

image de couverture issu de Direct Matin

 

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