Donald Trump à la Maison Blanche : quelles incidences pour 2017 ?

        Suite à l’élection présidentielle américaine du 8 novembre, Donald Trump est devenu, contre toute attente, le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Quelles conséquences ce vote pourrait-il avoir pour la France ?

Les sondages une nouvelle fois désavoués

Tout d’abord, il est intéressant de constater qu’à l’image des médias français, leurs homologues américains se sont lourdement trompés sur l’issue du scrutin. Une fois de plus, serions nous tentés de dire.

Se sont trompés ou nous ont trompés ? Car oui, la question se pose. Un journaliste de BFM TV affirmait ce matin que sur 200 journaux américains, 194 avaient officiellement pris fait et cause pour Hillary Clinton. Dans ce contexte, comment ne pas douter que la campagne ait été couverte de façon impartiale, puisque les soutiens de l’ancienne Secrétaire d’Etat ne se cachaient même plus ?

Depuis ce matin, les divers journalistes et analystes se plaisent à répéter que le vote Trump, tout comme le vote Front National en France, serait un vote « caché ». Concrètement, les électeurs du candidat républicain auraient honte, devant les sondeurs, d’avouer qu’ils votent pour lui. Une situation qui traduit un certain malaise, et qui doit nous faire réfléchir quant à l’énorme pression exercée par l’ensemble des médias sur les individus. A tel point que ces derniers rechignent à exprimer leurs préférences.

Quoi qu’il en soit, les résultats des diverses enquêtes d’opinion apparaissent comme biaisés. Ce qui vient nous rappeler que la percée électorale du Front National, n’avait pas été envisagée par les sondeurs. A tout le moins, elle avait été sous-estimée. Qui, en 2002, pensait que Jean-Marie Le Pen accèderait au second tour de la présidentielle ? Qui, lors des régionales de 2015, prédisait 40% à Marion Maréchal Le Pen dès le 1er tour de scrutin ?

A quelques mois d’échéances électorales capitales pour la France, ce désaveu des sondeurs laisse songeur, et nous pousse à rester plus que prudents face à tous les résultats d’enquête dont sont abreuvés quotidiennement les Français. Un élément que n’a pas manqué de souligner Nicolas Sarkozy, actuellement incertain de rattraper son retard sur Alain Juppé pour la primaire « de la droite et du centre », et qui aimerait profiter d’un tel sursaut.

Un résultat diversement accueilli

D’un point de vue strictement politique, il est également intéressant de noter les différences d’appréciation. Ce n’est un secret pour personne, l’immense majorité de la classe politique française, notamment le Parti Socialiste et le parti Les Républicains, a soutenu la candidature d’Hillary Clinton. Mais aujourd’hui, les réactions varient très fortement.

 En premier lieu, le président François Hollande lui-même est resté assez distant, voire froid. Après de brèves félicitations pour le nouvel hôte de la Maison Blanche, le chef de l’Etat s’est empressé d’affirmer que le résultat de cette élection américaine laissait planer un certain nombre « d’incertitudes ». Dans son allocution, le locataire de l’Elysée semblait même fixer des conditions à Donald Trump. Surtout, la gauche française qualifie le programme et la campagne de Trump de « populistes »,

La droite apparaît quant à elle comme divisée. Nicolas Sarkozy, peut-être le candidat à la primaire le plus proche de Donald Trump, a déclaré que vote américain « devait être respecté », et qu’il exprimait le « rejet de la pensée unique ». Alain Juppé s’est montré lui bien plus réservé, et a affirmé qu’il ne voulait pas, qu’à l’occasion de l’élection d’avril et mai 2017, la France tombe dans « la démagogie ». Même sur les conséquences de l’élection de Donald Trump, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé n’arrivent à accorder leurs violons.

Tout autre son de cloches au Front National, où on exulte. Marine Le Pen répétait depuis plusieurs mois qu’elle souhaitait « tout, sauf la victoire d’Hillary Clinton ». La défaite de la candidate démocrate a donc été saluée par le FN, comme le sursaut du peuple contre les élites mondialisées, et interprété comme un formidable pied de nez à toutes les prédictions qui donnaient Madame Clinton gagnante. D’ailleurs, Marine Le Pen est la première personnalité politique française à avoir félicité Donald Trump, aux alentours de 8h00 heure française, sans même attendre que le résultat officiel soit annoncé.

Du pain béni pour le Front National ?

Voilà où se retrouvent l’ensemble des formations politiques. Ce matin, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin estimait que l’accession de Trump au Bureau Ovale laissait penser que Marine Le Pen « pouvait gagner en 2017 ». Nicolas Sarkozy appelait ses troupes à « tirer les conséquences » de ce vote.

Même constat pour Jean-Christophe Cambadélis, 1er Secrétaire du PS, qui considère que le non-rassemblement de la gauche tracera un boulevard qui conduira la présidente du FN tout droit à l’Elysée. Et Monsieur Cambadélis de lancer sur son compte Twitter, tel un oracle : « La Gauche est prévenue. Continuons nos enfantillages irresponsables et ça sera Marine Le Pen ».

En effet, le parti entend bien tirer profit de ce résultat, en démontrant que rien n’est impossible. Et l’engouement du Front National pour Donald Trump, et surtout pour sa victoire, n’est pas anodin. Peu importe qu’aucun analyste ne pariait sur la victoire de Donald Trump, il l’a fait, et Marine Le Pen peut très bien reproduire cet exploit en France, en mai 2017. Pour le FN, le phénomène Trump signe la victoire de la parole libérée, et constitue la preuve qu’il existe une véritable majorité silencieuse, prête à renverser la table. L’électorat de Trump a souvent été décrit comme « l’Amérique des oubliés » et comme un électorat anti-système. Exactement les mêmes termes, employés depuis plusieurs années par la présidente du Front National...

Wait and see !

par Joris Varjabedian

Les (faux) profils LinkedIn des candidats à la primaire de la droite

Les réactions politiques à l'élection de Trump !

Les réactions politiques à l'élection de Trump !