La voix de la dissidence

         Ambiance gueule de bois dans le camp démocrate à l’annonce de la victoire de Donald Trump. La consternation domine sur les réseaux sociaux tant la nouvelle est improbable, et on ressent une désagréable sensation de déjà vu, un peu plus de 4 mois après le Brexit. Un mouvement est en marche et nul ne peut l’ignorer. Le bon sens ne guide plus le choix des citoyens. Des deux cotés de l’Atlantique, un pan entier de la population se sent laissée pour compte depuis des années, subissant de front les conséquences de la crise. Ce contexte constitue un terreau fertile pour le populisme, et les craintes liées au discours inquiétants des extrêmes n’empêche plus les électeurs de glisser un bulletin contestataire dans l’urne. Trump l’a bien compris et a su s’adresser aux classes populaires, se présentant comme l’alternative aux élites tant décriées. Un phénomène qui prend de l’ampleur en Europe, et qui pourrait potentiellement propulser Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.
Il est un peu plus de 7h à Paris ce mercredi 9 novembre et au Front national, on se frotte déjà les mains. Force est de constater que le parti a un boulevard devant lui, profitant de la dynamique consécutive au Brexit. La montée de l’extrême droite en Europe n’est pas un fait nouveau, mais le vote britannique a déclenché un mécanisme, faisant tomber progressivement les tabous, et incitant une part non négligeable de l’électorat à oser franchir le pas. Les discours populistes, nationalistes, anti-système et immigration trouvent un écho favorable dans les pays scandinaves, en Autriche et en Pologne. Alors que Viktor Orban séduit suffisamment de Hongrois pour se hisser au gouvernement, Angela Merkel change son fusil d’épaule pour prôner une politique migratoire plus stricte et un renvoi des réfugiés dans des camps au Maghreb. Pendant ce temps, Marine Le Pen profite de la publicité gratuite qu’offre l’actualité et joue la discrétion. Chez les Républicains, la course à l’investiture vire au pugilat. La guerre des égos fait rage et on se concentre tellement sur les règlements de comptes qu’on en oublie presque les sujets de fond. La gauche se divise, la primaire de la « Belle Alliance populaire» n’enthousiasme pas les foules, on patiente gentiment en attendant que François Hollande se décide à y aller, ou pas. Valls est dans les starting blocks, on évoque Ségolène Royal et Arnaud Montebourg. À la gauche de la gauche, le PCF achoisi de ne pas apporter son soutien à Mélanchon. De son coté Emmanuel Macron poursuit doucement son ascension dans les sondages, mais peine à séduire les ménages modestes. Cette cohue générale profite au Front national, que Jean-Marie Le Pen décrivait comme une monarchie. Il s’agit en effet d’une affaire familiale, et malgré les gesticulations du père, Marine incarne la candidate naturelle du FN. En évitant les primaires, le parti peut se concentrer sur sa communication sur le terrain auprès des Français. Avec un discours moins scandaleux, plus politiquement correct et présidentiable, proche des gens et tout en empathie, elle marque des points et se veut plus fréquentable. Le père était dans la provocation, mais ce que veut Marine, c’est l’Elysée, le pouvoir, et c’est bien là toute la différence. La logique de dédiabolisation mise en oeuvre depuis longtemps déjà vise à servir cet objectif électoral, et porte aujourd'hui ses fruits. Couplée à la défiance vis a vis des élites, à la crise économique et sociale, à la menace terroriste, à l’immigration et à la montée généralisée de l’extrême droite en Europe et outre Atlantique, cette stratégie permet a Marine Le Pen d’être créditée de 29% des intentions de vote.
La classe moyenne est à bout, prête a crier haut et fort son malaise et sa volonté de changement. Voyant de plus en plus de pays sauter le pas, on se dit naturellement que le moment est opportun et qu’il est temps de prendre le train en marche.
C’est ainsi que, lentement, insidieusement, votre voisin, collègue, ami ou parent fait le choix du FN. Une adhésion pas franchement décomplexée, on ne se vante guère d’avoir succombé à la tentation. Mais dans le secret de l’isoloir, c’est une autre histoire. De nombreux observateurs soulignent que l’élection de Trump est l’expression de la majorité silencieuse. Cette majorité silencieuse pourrait bien porter Marine Le Pen jusqu’au second tour, et même, qui sait, à l’Elysée. Impensable ? C’est aussi ce qu’on se disait en imaginant Donald Trump dans le bureau oval. Et pourtant, le voilà bel et bien élu, laissant les démocrates sonnés et hagards.  La France pourrait prendre le même chemin, et les politiques comme les électeurs seraient bien avisés de prendre leurs responsabilités. Dans l’hypothèse d’une défaite de Marine Le Pen au second tour, un bon score pourrait tout de même assurer au Front national un nombre suffisant de sièges à l’Assemblée pour faire passer certains de ses textes. Depuis 2002, l’extrême droite monte et ratisse de plus en plus large, mais la classe politique reste aveugle, incapable de mesurer l’ampleur du mouvement. On continue comme avant, sans remise en question, sans se pencher sur ce qui pousse un nombre croissant de nos concitoyens à adhérer a populisme, sans s’interroger sur ce qu’il serait souhaitable de changer pour juguler l’hémorragie. Le temps est venu pour les grandes familles politiques d’adouber leurs candidats respectifs, et de se rassembler autour de lui pour porter un véritable projet d’avenir, mettre de coté les divergences, les initiatives personnelles et la politique politicienne, pour écouter les Français, les comprendre, reconnaître leurs attentes et y répondre. Les extrêmes ne mènent à rien de positif, en témoigne notre histoire.

par Yann Damour

image de couverture issue de l'AFP

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