Crise de confiance, comment parler aux Français ?

           Il suffit d’écouter les conversations autour de soi pour s’en rendre compte, les Français ont de moins en moins confiance en la classe politique. « Tous les mêmes, tous pourris ! » entend-on quasi quotidiennement de la pause café aux déjeuners de famille. Le raz-le-bol est évident, et les sondages confirment la déception et le désamour à l’égard de nos dirigeants. La perspective d’un remake de 2012, d’un second round entre Hollande et Sarkozy donne la nausée à bon nombre de Français.

Le bilan catastrophique du chef de l’État a de quoi faire fuir, et ce n’est pas une loi de finance 2017 jugée trop optimiste par le Haut Conseil des finances publiques ou les mauvais chiffres du chômage qui peuvent lui faire remonter la pente dans les sondages. Et quand le gouvernement, déjà lourdement endetté, creuse le déficit public de près 500 millions d’euros supplémentaires pour acheter des TGV dont personne n’a besoin pour sauver les emplois Alstom, on se demande jusqu’à quelles folies nos gouvernants seraient prêt à aller pour marquer des points en vue des élections. Nicolas Sarkozy aura quant à lui bien du mal à rassembler, affaibli par les nombreuses affaires judiciaires et les révélations en cascade de ses anciens collaborateurs, écornant à chaque fois un peu plus son image.

Lassé par les promesses non tenues, l’inefficacité des politiques menées, ou par défiance vis-à-vis d’un pouvoir considéré comme déconnecté de la réalité du quotidien dans le pays, l’électorat se détourne des partis traditionnels, en quête d’une alternative. Marine Le Pen capitalise ainsi sur les problèmes d’immigration et la menace terroriste. D'autres font fait le choix de rejoindre les rangs du mouvement « En Marche » d’Emmanuel Macron, qui s’impose doucement mais sûrement dans la course à l’Elysée. L’une des explications de ce succès réside probablement dans le renouveau qu’il parvient à incarner. Macron est jeune, il y a encore peu, personne ne le connaissait. Pour certains observateurs, il serait le nouveau John F. Kennedy, capable de séduire les électeurs sans même avoir défini de programme précis, usant plutôt d’un certain charisme. Alors que Bruno Le Maire accouche d’un catalogue de promesses long de 1000 pages (on a peine à croire que ça devienne le nouveau livre de chevet des votants à la primaire LR), Emmanuel Macron souhaite proposer une dizaine d’engagements, se voulant plus réaliste et honnête envers les électeurs.
De nouvelles têtes, des nouvelles idées, bref un renouveau dans le paysage politique, c’est donc cela dont les français semblent avoir besoin. Toujours est-il qu’Alain Juppé s’est imposé comme le favori depuis des semaines. On reproche à Macron son manque d’expérience, sa proximité avec les secteurs privé et financier, et sa ligne socio-libérale ne convainc pas les plus modestes. Alain Juppé attire par sa stature, son expérience gouvernementale, ainsi que sa bonne gestion de la ville de Bordeaux. Pour tous les candidats, le défi des primaires et de la présidentielle sera de réussir à redonner un peu de confiance aux Français, en adoptant un discourt humble, transparent, loin de l’image de malhonnêteté voir de corruption que beaucoup associent à la politique. Qui croit encore aux belles promesses trop ambitieuses et impossibles à tenir après des années de désillusion ? La tâche est ardue, il s’agit à la fois d’être honnête envers les électeurs, sans tomber dans un discours ultra négatif. On le sait, la conjoncture n’est pas idéale, l’OMC évoque clairement un ralentissement de l’activé économique a l’échelle globale, et les prévisions de croissance un peu trop optimistes de Bercy sont revues à la baisse par Bruxelles. Pour autant, ce pays a grand besoin d’espoir dans un contexte morose, entre économie grippée et insécurité. De l’optimisme réaliste, tel pourrait être la formule (presque) magique pour, peut être, parvenir à insuffler un regain de confiance chez nos concitoyens. Quel candidat sera le plus à même de convaincre, personne ne peut le prédire. Les français sont imprévisibles et aucune hypothèse ne peut être exclue quant aux choix qui seront fait. Entre la jeune génération incarnée par Emmanuel Macron, l’expérience et l’image présidentiable d’Alain Juppé et le champ des sirènes venu d’extrême droite, vers qui les électeurs se tourneront-ils ? Quid de la stratégie du PS et d’une hypothétique candidature de François Hollande. Nul doute que les prochaines semaines seront particulièrement intenses pour la vie politique du pays.

par Yann Damour

image de couverture  issue de médiapart

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