Myriam El Khomri : "Ma seule réaction, c'est le dialogue"

      Faute de motion de censure, le projet de loi travail est considéré comme adopté en deuxième lecture à l'Assemblée. Après plusieurs mois de débats houleux, la Ministre Myriam El Khomri revient sur son projet de réforme du code du travail et adresse un message tout particulier à la jeunesse.

  • Aujourd'hui, le projet de réforme du code du travail que vous menez suscite un fort rejet auprès de l'opinion et de votre majorité. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots l'objectif de la Loi Travail ? Quel est sont les résultats escomptés ?

"Renforcer la compétitivité de notre économie et faciliter l’accès à l’emploi stable."

Myriam El Khomri - Renforcer la compétitivité de notre économie et faciliter l’accès à l’emploi stable.

Nous vivons dans une économie ouverte, concurrentielle, pleine d’opportunités, mais qui relègue beaucoup de nos concitoyens à la marge du système, soumis à des CDD à répétition ou au chômage.

Pour développer l’activité et l’emploi stable, nos entreprises doivent s’adapter plus rapidement à leur environnement ; à cette fin, la loi encourage le développement de souplesses négociées au plus près du terrain. Dans le même temps, nous donnons de nouveaux droits à tous les travailleurs pour faciliter leurs transitions professionnelles, qu’ils soient salariés, indépendants, chefs d’entreprise ou fonctionnaires.

  • Que prévoit concrètement cette réforme pour les demandeurs d'emploi, les salariés, les entrepreneurs et les entreprises ?

Myriam El Khomri - Pour tous, la loi instaure le Compte personnel d’activité (CPA), une somme de droits individuels, portables tout au long de sa vie professionnelle qui donnera par exemple un accès universel et simplifié à la formation. C’est une grande avancée. Demain, un demandeur d’emploi pourra plus facilement financer une formation pour se reconvertir et un entrepreneur pourra bénéficier d’un accompagnement pour créer son activité.

Pour les entreprises, la loi ouvre de nouveaux champs à la négociation collective de branche et d’entreprise pour plus de réactivité et d’efficacité. Nous créons aussi pour les petites entreprises un service public d’information sur le droit du travail. Demain, un dirigeant d’entreprise qui souhaitera obtenir une précision en matière de droit du travail et de conventions collectives bénéficiera d’une réponse concrète par un service dédié. Le dirigeant d’entreprise aura par ailleurs la possibilité  de présenter aux juges la réponse qu’il aura obtenue de l’administration sur une question de droit du travail en cas de contentieux.

La loi repose sur deux piliers : plus de souplesse et de visibilité pour les entreprises et plus d’accompagnement des travailleurs tout au long de leur vie professionnelle.

  • Le recours au 49.3 met en lumière un véritable clivage au sein du parti socialiste où cette réforme a été vivement contestée. Comment expliquer cette opposition ? L’esprit de cette loi marque-t-il un tournant idéologique pour la gauche ? Ou bien le projet a-t-il simplement souffert d’un manque de pédagogie et de communication auprès de la majorité et de l’opinion?

Myriam El Khomri - Nous avons reconnu des erreurs de communication, mais sur le fond, il y a la volonté de regarder le monde tel qu’il est et de prendre nos responsabilités en respectant nos valeurs. C’est la définition du réformisme.

Oui, nous donnons plus de place à la négociation d’entreprise, mais dans le cadre d’accords majoritaires avec les syndicats. Nous voulons introduire plus de démocratie dans l’entreprise et laisser les salariés et leurs représentants décider de ce qui concerne leur quotidien professionnel. Et bien sûr, sans les placer en situation de faiblesse face aux chefs d’entreprise.

C’est une vision moderne, mais une vision bien à gauche. Il faut rappeler que c’est bien la gauche qui a introduit la démocratie en entreprise avec les lois Auroux en 1982 mais aussi les lois Aubry en 1998. Nous poursuivons aujourd’hui cette œuvre. Qu’aurait fait la droite à notre place ?  Voyez ce que proposent les candidats à la primaire de la droite, comme par exemple la suppression des 35 heures, c’est-à-dire la suppression des heures supplémentaires jusqu’à 39 heures de travail par semaine.

Avec notre texte, les 35 heures restent bien la durée légale du travail et le seuil à partir duquel les heures supplémentaires sont payées. C’est une approche équilibrée, pour faire avancer le pays sans détruire son modèle social.

  • Quelle a été votre réaction devant l’ampleur de la contestation comme en témoigne  le succès de la pétition contre le projet de loi travail qui en quelques jours a rassemblé plus d’un million de signatures ?

Myriam El Khomri - Depuis le début, ma seule réaction face aux oppositions c’est le dialogue. C’est donc ce que j’ai fait concernant cette pétition en publiant une réponse directement sur le site (ma réponse ici). La loi que je porte fait la promotion du dialogue social, je ne me dérobe donc à aucune forme de débat.

  • Que répondez-vous à ceux qui accusent votre loi d’augmenter la précarité de l’emploi ?

"Augmenter la précarité, c’est conserver le système actuel."

Myriam El Khomri - Je leur dis qu’augmenter la précarité, c’est conserver le système actuel. Aujourd’hui, parce qu’il y a trop d’incertitudes liées au Code du travail les entreprises peuvent hésiter à embaucher. Nous opérons donc une clarification pour lutter contre les phénomènes de contournements qui pénalisent aussi les salariés. Rappelons que 90% des embauches se font en CDD. Ce n’est pas normal : le CDI doit rester la norme.

J’ajoute que la loi prévoit très précisément d’aider et de soutenir les personnes en situation de précarité, avec la Garantie jeunes qui est un accompagnement renforcé pour les jeunes qui ne sont ni en formation, ni en emploi et aux revenus très faibles, mais aussi avec un abondement renforcé de droits à la formation pour les jeunes décrocheurs sortis du système scolaire et les salariés sans formation.

Le projet de loi traite la question de la précarité de manière structurelle en encourageant les contrats longs et de manière ciblée avec des dispositifs dédiés ambitieux.

  • Quel message adressez-vous à la jeunesse qui s'inquiète pour son avenir ?

"La pire des choses pour la jeunesse serait l’immobilisme."

Myriam El Khomri - Je veux dire à la jeunesse, que je n’ai pas d’autre ambition que de prendre les bonnes décisions aujourd’hui pour améliorer leur sort demain. Ce gouvernement n’a pas trahi la jeunesse, en réglementant les stages, en créant les emplois d’avenir, les contrats de génération, en faisant reculer le chômage des jeunes, en expérimentant la Garantie jeunes, le service civique, le contrat Starter, l’agence France Entrepreneurs…

Je sais que ce message peut être difficilement audible quand on sait les difficultés d’insertion professionnelle que rencontrent les jeunes, et en particulier les moins qualifiés.  Mais en renforçant les entreprises, nous leur offrons plus de débouchés professionnels et en créant le Compte personnel d’activité nous facilitons les évolutions qu’ils seront amenés à connaître durant leurs parcours professionnels. Le monde a changé et notre responsabilité est d’inventer les protections sociales du XXIème siècle. La pire des choses pour la jeunesse serait l’immobilisme.

Propos recueillis en juin 2016 par Edouard Fouquet

@edfou_

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Adieu, Michel !