Slough, ou la victoire du Leave

Alors que le Brexit déchaine les passions depuis plusieurs semaines, nous vous proposons un récit de la soirée de référendum, heure par heure, pour mieux appréhender le résultat. Bienvenue à Slough, dans cette Angleterre qui a basculé.

Une soirée historique

Lorsqu’on arrive un soir de référendum au centre de Slough, ville de 145 000 âmes située près de Londres, on se demande si les derniers électeurs, qui défilent dans les bureaux de votes et s’empressent de rentrer chez eux sous la pluie battante, ont voté pour le maintien ou la sortie de leur pays dans l’Union Européenne. A 22 heures, débute le comptage des votes dans la grande salle du Montem Leisure centre, un centre sportif réquisitionné pour l’occasion. Figurez-vous dans ce cadre insolite, où les paniers de basket croisent les panneaux de résultats, une quinzaine de tables occupées par plus de 60 agents de la mairie chargés du décompte des voix. Ils sont encadrés par 20 observateurs des principaux partis, le UKIP, les Conservateurs et le Labour, et affichent fièrement leur t-shirts aux couleurs du IN ou du LEAVE.

Une prise de conscience progressive

L’atmosphère est à la fois  bon enfant  et sérieuse. On se regarde, on se jauge, et les premières piles de bulletins apparaissent. Chez les partisans du Brexit, on y croit sans vraiment y croire. Il faut les voir river les yeux sur les résultats actualisés en continu. Ils en rêvent depuis bien longtemps de cette sortie de l'UE… Mais quel défi! Battre David Cameron, Jeremy Corbyn, et la commission réunis..., ce sont autant de Goliath à affronter, l’espace d’une nuit, pour l’Histoire. Rapidement, vers une heure du matin, alors qu’aucun résultat n’a encore été publié, une impression s’installe chez les observateurs du UKIP. La plupart rapportent fiévreusement à leur chef d’équipe ce constat récurrent : les piles de Leave, dans cette ville pourtant solidement ancrée à gauche, s’amassent de plus en plus vite. Ici, quinze votes d’affilée décomptés en faveur du Leave ! Là  encore, cette distribution sur la table devant nos yeux en faveur du Leave : 6 votes Leave, 2 votes IN , 7 votes Leave, 3 votes IN. Circonspects, les membres du UKIP font le tour des tables : «  Alors, ça donne quoi ici ? Et là ? Tu es sûr …? ».

"Out, really ?"

Progressivement vers 2 heures, un frisson s’installe. Les quelques membres les plus passionnés du UKIP font ressentir cette tension qui ne cesse de croître au fur et à mesure que les autres villes publient leur résultats. « Tu as les derniers résultats ? Il parait qu’on est en tête». Au début, difficile à croire, certains se prennent à rêver d’un Brexit, là, dans quelques heures. Du côté du Labour, on ne dit rien, et c’est une longue attente qui commence. On espère un renversement : « Londres, Oxford et Cambridge n’ont pas encore publié. On peut encore remonter ». Les partisans du OUT s’excitent mais se refusent à tout triomphalisme tant que Catherine Meek, la « counting officer » et chef d’orchestre de la soirée, n’a pas annoncé les résultats définitifs.

Slough vote leave

A 3 heures 30, les épaules se couvrent de manteaux, les tasses de café circulent entre les tables. A cette heure avancée de la nuit, le froid et la fatigue se font sentir. On entre dans la dernière ligne droite, les résultats partiels donnent une avance de 1000 voix pour le Brexit à Slough. Dans quelques minutes, la voix de Catherine Meek viendra sceller le destin de cette commune. On tremble des deux côtés, le résultat s’annonce historique et certains se prennent la tête entre les mains : tous les regards sont tournés vers les écrans. 3 heures 40 : les résultats tombent et Slough, miroir de cette Angleterre qui bascule soudainement, vient de donner la victoire au camp du Leave sous les cris des deux camps.

Edouard d’Espalungue

Adieu, Michel !

On a rencontré une élue UKIP