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DiEM25 : pour un renouveau de la démocratie européenne

DiEM25 : pour un renouveau de la démocratie européenne

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Sans trop vouloir dramatiser la situation, notre génération doit faire un choix crucial dans les années à venir. Le référendum Anglais sur le « Brexit » est un exemple particulièrement frappant. Il est la preuve qu’une époque se referme, même si le camp du « oui » l’emporte… ou devrais-je plutôt dire le camp du « bof ». Pour preuve, les partisans du « in » n’ont su faire campagne qu’en surfant sur un sentiment de peur. Le choix semble être en effet partout le même : face au projet radical du nationalisme, les partis modérés n’offrent que du négatif. Non au chômage, non au terrorisme, non à la pollution, non au nationalisme… Il est temps d’offrir un contre-projet, et cette fois-ci européen et démocrate. C’est ce que propose DiEM25.

Projet spontané, fruit d’une réaction chimico-intellectuelle entre Yanis Varoufakis (ancien ministre Grec des finances) et Srećko Horvat (philosophe et activiste Croate), le Mouvement pour la Démocratie en Europe n’est encore qu’un petit esquif dans les eaux troubles de la politique post-2008. Mais il a de grands horizons. Lancé en février 2016, il compte à présent plus de 17000 membres à travers l’Europe – car c’est un mouvement 100% transnational ­­–, et des branches très actives dans à peu près toutes les grandes villes du continent. Le but à court terme est la pétition pour des institutions européennes plus transparentes – condition essentielle d’une démocratie saine. Le but à long terme : la rédaction d’une constitution européenne, ratifiée par les peuples. Utopiste, vous dites ? Non, nécessaire.

Une Europe technocratique et impuissante

Nécessaire, car c’est le seul mouvement politique qui porte le projet européen à un niveau supranational. Disons-le, la configuration actuelle du pouvoir en Europe est absurde. Nous élisons des gouvernements dans l’attente qu’ils mettent fin aux problèmes économiques, mais le fait est qu’ils n’en sont pas capables et par conséquent se replient sur un discours identitaire et ultra-sécuritaire. Aujourd’hui, le pouvoir s’est à la fois évaporé vers des instances supranationales et écoulé dans le secteur privé, laissant les gouvernements nationaux exsangues. D’une part, nous sommes incapables de dévaluer notre monnaie – action qui relève d’une des prérogatives économiques d’un gouvernement en temps de crise –, car ce pouvoir est à présent entre les mains de la Banque Centrale Européenne. D’autre part, comme l’ont montré les négociations du Tafta, nos institutions démocratiques doivent dialoguer d’égal à égal avec les multinationales. Ce n’est qu’une question de temps avant que des grandes entreprises soient en mesure de poursuivre des gouvernements élus en justice pour ne pas avoir mené une politique économique assez conciliante. Face à cette déferlante de la mondialisation, il faut être réaliste : que peuvent vraiment nos gouvernements nationaux ?

Un mouvement comme DiEM25 ne nie pas la réalité, contrairement aux partis d’extrême droite qui se replient sur l’espoir fantasmé d’une barricade nationale. L’idée de base est que l’Europe possède encore le pouvoir de se hisser au niveau des défis mondiaux, mais un tel projet n’a de sens que s’il peut représenter la volonté collective des peuples à travers une légitimité politique. La crise des réfugiés a bien illustré les failles de la construction européenne actuelle. Nous tous, en Europe, sommes concernés par ce phénomène. Avec l’aide de mécanismes politiques plus définis, fruits d’un consensus commun, nous aurions pu gérer cette crise de façon méthodique, rationnelle et efficace. Pourtant, les dirigeants n’ont pas su éviter la victoire du chaos et de l’égoïsme sur la raison, phénomène dont l’Autriche constitue un bel exemple. Résultat : la dépendance sur l’action unilatérale merkelienne s’est confirmée, au détriment d’une action concertée. Triste révélation d’une triste réalité. Mais cela montre bien que l’Europe ne peut rester éternellement coincée entre deux chaises, entre la dislocation, qui entrainera ses conséquences, et davantage d’intégration.

DiEM25 : une constitution populaire européenne, la solution ?

DiEM25 offre une carte de route méthodique pour s’engager dans cette deuxième voie, qui est celle de la raison. Le manifeste du mouvement (que l’on peut trouver en ligne) énonce que les maux de la dette, du secteur bancaire, de l’investissement, des flux migratoires et de la pauvreté se doivent d’être adressés à un niveau européen tout en atténuant le pouvoir central des institutions Bruxelloises. Il s’agit de décentraliser l’union économique, trop hâtive, tout en encourageant davantage la concertation politique. DiEM25 est donc certes un petit navire, mais qui promet de grands horizons à long terme, avec des étapes clés qui doivent dessiner le chemin vers davantage de démocratie.

C’est un navire qui ne perd toutefois pas son cap. Ce que le mouvement apporte de rafraîchissant, c’est une virginité politique à un moment de grande confusion. Contrairement à beaucoup de partis qui peinent à définir leur ligne, DiEM25 se veut clair et au-delà des clivages partisans. On ne peut plus nier que des valeurs fondamentales qui semblaient acquises, comme la démocratie, sont aujourd’hui de plus en plus mises en péril par une vague de cynisme collectif. L’objectif est donc de débroussailler l’échiquier politique, afin de préparer le terrain à une époque de grandes décisions. Il faut le dire clairement : « la démocratie et l’Europe ; c’est là où nous voulons aller, et c’est là que nous irons. » C’est en effet ce sentiment d’urgence qui permet à Yanis Varoufakis et Emmanuel Macron, deux hommes différents à bien des égards, de se rencontrer et de discuter. Ils ont bien compris que ceux qui croient en la réalisation concrète d’un système véritablement démocratique à l’échelle européenne doivent faire front commun face aux déjà-vus d’une sombre époque. L’ambition de DiEM25 est justement d’agir comme un rassembleur supranational des différentes initiatives citoyennes et européennes.

Enfin, le grand mérite de cette organisation est de dire « oui » au choix politique face au déterminisme technocrate. Le constat que nous faisons aujourd’hui est celui d’une victoire du « faitalisme » (théorisé par Nietzsche) économique face à l’idéal de la citoyenneté. La politique est faite pour rassembler les individus autour de l’idée qu’ils partagent un destin commun. Or le destin de l’Union Européenne – qui influence tout de même 60% de nos lois – semble être entre les mains de bureaucrates qui préfèrent demeurer dans l’ombre. L’on peut être d’accord avec leur programme, mais il n’en demeure pas moins un programme politique, le fruit d’un choix politique. Il ne faut jamais oublier que faire du « non-politique » relève d’une idéologie. Ainsi, l’action au nom de la nécessité économique n’est possible que jusqu’à un certain degré… au-delà, elle devient illégitime et inefficace. Jouer le médecin en effectuant une « cure » d’austérité, c’est faire preuve d’une grande prétention, qui ne peut que susciter de l’amertume. Ce que nous réclamons, c’est qu’on nous persuade ; c’est de ne pas rejeter l’étape de l’agora comme une simple perte de temps.

"Recoudre les morceaux d’un sens du collectif atomisé par la financiarisation du monde"

C’est pourquoi DiEM25 France s’est ouvertement opposé à la loi travail. Moins pour son contenu mais pour la méthode mise en place par le gouvernement Valls. Il est inadmissible que le 49.3. ait à nouveau été invoqué. Le résultat direct de cette technocratie silencieuse et à tendance autoritaire, c’est ce que nous voyons partout en ce moment : des gens qui se jettent éperdument dans les bras grands ouverts des partis extrêmes. Si nous continuons dans cette optique qui rejette le dialogue, dont la Grèce a pu faire les frais, il faut s’attendre à un tragique retour de flamme. DiEM25 cherche à mener par l’exemple en étant lui-même un forum où chacun qui croit en l’Europe et en la démocratie peut s’exprimer et interagir avec les autres. En période de crise, il faut partir de l’idée que seule l’action ne suffit pas, et qu’il faut de l’échange afin de faire émerger des idées et des nouveaux modèles de société.

Ce que DiEM25 veut au bout du compte, c’est qu’on parvienne à recoudre les morceaux d’un sens du collectif atomisé par la financiarisation du monde. Si nous voulons mettre en place des solutions durables aux problèmes urgents qui nous font face, il va falloir se concerter… et à plusieurs ; évidence qui ne semble pas acquise pour tout le monde. Faire aboutir le projet européen permettra de concentrer la quantité d’énergies nécessaire pour parvenir à ces solutions, mais aussi de représenter la volonté des peuples face à des courants mondiaux qui négligent les frontières. Dans la course contre la montre face à la montée des partis xénophobes, nous devons dire « oui » à l’Europe… ou alors celle-ci se dissoudra inévitablement.

Julian BLUM

 

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