Violences policières : Bernard Cazeneuve n'a plus la main

Ce mardi 3 mai, a été le théâtre d'un échange tendu entre le sénateur Pierre Laurent et le ministre de l'intérieur lors des questions d’actualité au gouvernement au Sénat, le communiste s'inquiétant des récentes violences dans les manifestations. Symptomatique de la politique

ambivalente des pouvoirs publics ?

OPINION

Condamnation des violences... et du flash-ball

Le premier secrétaire du Parti Communiste a commencé sa prise de parole en rappelant que "Nous rejetons la violence de quelques casseurs qui dessert les mouvements et qui sont utilisés pour tenter de discréditer la mobilisation". Sa condamnation des violences est à souligner puisque par exemple Olivier Besancenot avait refusé d'en faire autant. Il poursuit d'ailleurs en déclarant, au nom de son groupe, que "nous savons aussi la fatigue des policiers et la dangerosité de l'exécution d'ordres qui mettent en cause leur sécurité et celle des manifestants" ; avant de demander: "Allez vous enfin renoncer à cette stratégie de tensions et d'intimidations pour faire respecter dans la sécurité de tous [...] le droit constitutionnel de manifester, et allez-vous interdire l'utilisation des lanceurs de balles de défense [

les fameux flashballs

] dans les manifestations comme le recommande depuis juillet dernier le défenseur des droits, l'usage de ces armes ayant provoqué 39 blessés graves et un mort entre 2014 et 2015 ?"

 La vidéo de la passe d'arme:

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fsenateurscommunistes%2Fvideos%2Fvb.285970001429566%2F1408247342535154%2F%3Ftype%3D3&show_text=0&width=560

Une réponse du ministre vide de sens

Quelle a été la réponse du ministre de l'intérieur? Il n'y en a pas eu. Il n'y en a pas eu parce que, faisant preuve d'une mauvaise foi assez grotesque, Cazeneuve a commencé sa réponse en expliquant que la droite lui reprochant un laxisme à l'égard des casseurs et Laurent une extrême sévérité à l'égard des manifestants, "le parti de l'outrance sait se réunir lorsqu'il s'agit dans la manipulation de travestir la réalité".

Sauf que les deux sont malheureusement bien compatibles.

Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat de police Alliance (majoritaire),

expliquait sur France Info

ce 5 mai que les forces de l'ordre avaient (à plusieurs reprises) reçu pour ordre de ne pas intervenir devant des casseurs pris en flagrant délit. Pour Delage ces consignes viseraient à..."discréditer le mouvement social et syndical". D'autre part, on a tous pu constater à travers les témoignages, photos et vidéos des manifestations, les nombreuses bavures policiers et violences injustifiées. Ainsi tout est fait pour à la fois discréditer le mouvement, effrayer les manifestants et épuiser les forces de police. Pour le secrétaire général de la CGT police (minoritaire), Alexandre Langlois, "

Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent

".

Poursuivant son discours, Cazeneuve a ensuite fait dans la démagogie. Flirtant avec la diffamation, il a reproché à Laurent le fait "qu'à aucun moment il n'y ait un mot, dans la question que vous avez posé, pour dire qu'il a eu l'an dernier 18 000 policiers blessés et 8 d'entre eux décédés [...] est absolument scandaleux". Qu'il était regrettable que le sénateur n'ait pas eu un mot pour "dénoncer ceux qui manifestent masqués ou avec des cocktails Molotov, qui sont accueillis dans les cortèges et que nous protégeons" (lapsus cocasse: il voulait parler des cortèges et se rattrape après).

Une remarque assez inutile sensé à la fois détourner notre attention de la question posée par Laurent et faire oublier qu'il avait débuté son intervention en dénonçant les casseurs et la fatigue des policiers.

C'est donc seulement après avoir été sommé de conclure par le président du Sénat, que Cazeneuve réponds enfin à la première des deux questions de Laurent: "On ne laisse pas croire que le ministre de l'intérieur a donné des consignes qu'il n'a pas donné ! On recherche la vérité c'est ça la dignité!"

Laurent et Delage semblent vouloir suivre ses conseils avisés alors pourquoi leur mettre des bâtons dans les roues en ignorant leurs légitimes interrogations ? Illustrée ici, la mauvaise foi de certains responsables politiques gangrène notre vie politique en les rendant justement irresponsables de leurs décisions.

Fabien Marchesini

@FabienMD

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