Ma Voix, ce collectif qui veut "hacker" l'Assemblée nationale

Pas de visage, ni de nom. Un prénom, une bouche et une voix. Ces candidats là ne sont pas là pour la gloire, mais pour l’intérêt général. Le collectif Ma Voix est né en septembre 2015 avec l’ambition de « hacker l’Assemblée nationale ». Il considère le député comme il devrait l’être : un pantin du peuple, son représentant. Son objectif est de répondre à une problématique, souvent évoquée lors du mouvement Nuit Debout : celle de la non-représentativité du peuple dans les instances démocratiques.

Sans leader(s)

Car Ma Voix est un collectif, sans leader (même si à l’origine, il y a notamment Quiterie de Villepin), difficile d’avoir de lui une interview classique. « Nous sommes en train d’inventer une nouvelle voie politique, et nous en profitons pour repenser le rapport politique et médias », répond un de ses membres lorsqu’on lui demande un entretien téléphonique. « Nous ne voulons pas, comme certains politiques, courir derrière les caméras, passer notre vie à nous raconter, à nous regarder, et à jauger ceux qui nous regardent », précise le collectif dans un communiqué. Ainsi, pour parler du collectif, le journal Civic Techno n’a pas interviewé qu’une seule personne, mais vingt-deux. Un fonctionnement tout en horizontalité qui ressemble aux mouvements Nuit Debout qui essaiment, depuis plus de dix jours, dans tout le pays.

Pas de programme, mais une méthode

Le député PS de la première circonscription du Bas-Rhin, Armand Jung, a annoncé le mois dernier sa démission pour raisons de santé. Son siège sera donc remis en jeu en mai à l’occasion d’une élection législative partielle et le collectif espère bien en profiter. Ma Voix présentera son propre candidat. Celui-ci sera tiré au sort, samedi, parmi les noms de 18 volontaires. Nathan, 22 ans, est l’un d’entre eux. « Jusqu'à maintenant, c’était un peu un rêve d’arriver par une voie alternative au Parlement qui reste un milieu réservé à la haute », confie-t-il avec « l’espoir de voir changer les choses ». « Je me présente car j’ai envie de représenter le peuple français en le considérant comme le premier de lobby de France », écrit Jean, un autre volontaire, dans son texte de présentation.

Le projet de Ma Voix ne s’arrête pas là. L’absence de programme pourrait paraître fantaisiste, mais c’est l’essence même de l’initiative. « Il n’y a pas de programme car nous n’avons pas connaissance des décisions à prendre, explique un membre du collectif. Le programme, c’est la méthode avec laquelle nous fonctionnerons. » L’ambition de Ma Voix est de mettre en place une plateforme en ligne qui permettrait « à tout citoyen de suivre l'activité parlementaire, s'exprimer, participer et voter pour les lois ». Les idées majoritaires seraient relayés par les députés à l’Assemblée nationale.

La difficile question du financement

Quant aux votes des textes, ceux des députés Ma Voix devront correspondre à ceux des internautes s'étant exprimé sur la plateforme. Imaginons que sur un texte, 65 % des internautes votent en sa faveur, 25 % contre et 10 % s’abstiennent, alors les députés du collectif devront voter dans les mêmes proportions. Les propositions de loi devront être proposées, discutées et soumises au vote des internautes avant d'être officiellement proposées. Idem pour les amendements. S'il était tiré au sort samedi, Samten se dit prêt à entrer au Palais Bourbon. « Je veux être porteur d'attentes de tout un groupe », explique l'homme de 37 ans.

Lundi, six mouvements citoyens (Cap21/Le Rassemblement citoyen, Nous citoyens, Génération Citoyens, Bleu-Blanc-Zèbre, La Transition, Pacte civique) ont annoncé qu’ils organiseront en octobre une « primaire des Français ». Reste une épineuse question : le financement de ces mouvements qui devient difficile en dehors des partis. Le collectif Ma Voix avait un temps pensé au financement participatif, mais celui-ci n’est pas permis par le code électoral. Il pourrait se tourner vers l'appel aux dons, du moins pour payer l'impression des professions de foi, des bulletins et des affiches. « C'est une question compliquée  », avoue Toan, membre du collectif. Une chose est sûre : si ce n’est la Ve République tout entière qui est à revoir, les partis traditionnels ont clairement du souci à se faire.

Aubin Laratte

@laratteaubin

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