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De l'intérêt de plus de machiavélisme en politique

« En politique le choix est rarement entre le bien et le mal mais entre le pire et le moindre mal ». Ainsi Machiavel renversait les approches trop manichéennes de l’action politique. Le politique n’est pas l’homme qui fait ce qui est juste, il n’est pas non plus celui qui expose des vérités, le politique est l’homme du compromis. Machiavel justement nous apprend à « estimer comme un bien le moindre mal ».

Machiavel n’était pas machiavélique

Ce discours pourtant inspiré des écrits de l’auteur italien n’a rien de machiavélique au sens le plus cruel du terme, et passerait aujourd’hui pour un discours d’une mollesse nuisible. Cela s’explique évidemment par la dureté apparente de l’époque dans laquelle nous vivons, qui nous oblige à apporter des réponses fortes à des périls d’une dangerosité sans précédent. Cependant, les mots sont durs, le ton est grave, les mines sont moroses, les hommes sont forts, mais les discours sont vides. Ils se déversent pourtant par flots dans les médias, nous font trembler de peur, Manuel Valls parlant même de « guerre » à de multiples reprises.

Et pour enrayer cette morosité, quoi de plus simple que de décréter qu’il faut tout bousculer, tout changer ? Tout irait ainsi bien mieux. Mais les habitudes ont la peau dure — et François Hollande pourrait bien l’avoir omis en 2012, lorsqu’il déclarait, implacable, que « le changement, c’est maintenant ». Ainsi, pour ménager a sphère publique et leur électorat, les hommes politiques font un pari facile : celui de la neutralité. On réforme, mais pas trop. On lutte contre le chômage en modifiant le code du travail, on se heurte à des oppositions ; on suspend le projet. Les défenseurs de la réforme pensent qu’il est sur le point d’être débattu au Palais Bourbon, les détracteurs qu’il est enterré : tout le monde est content. On réclame une flexibilisation de l’économie, mais on ne vote pas la loi Macron dans son esprit premier. On contente son électorat hostile, on conquiert ses adversaires partisans d’une réforme plus profonde. Du win-win à la française.

Des hommes de pouvoir différents, une nécessité

Ce n’est pas le système qui fait l’Homme, mais l’Homme qui fait le système. La réponse au problème semble évidente : un renouveau de la classe politique. Mais quid des différences avec d’autres dirigeants ? Remplacez le Président de la République par un autre carriériste politique et l’immobilisme demeurera. Que le Front National dénonce l’UMPS n’est, dans ce contexte, pas une aberration. Que ledit UMPS tente de réutiliser les codes du FN pour gagner en crédibilité et en volontarisme, en revanche, effraie : la difficulté à faire du neuf est réelle. Si d’après Machiavel, les deux moteurs du peuple sont la peur et la nouveauté, le tandem gagnant semble encore loin d’être atteint.

Il y a vingt ans on chantait « demain c’est loin », il y a 20 ans le bilan était dressé. L’heure est aux solutions tangibles, mais surtout crédibles. Il n’existe pas de fatalité ni de solution miracle mais l’enseignement du machiavélisme est bien là : « l’habituel défaut des hommes est de ne pas prévoir l’orage par beau temps ». L’immobilisme politique devrait prendre des notes.

Clara Michielini

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