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Vers une ubérisation de la vie politique

OPINION

Qui aurait cru il y a quelques années qu’il suffirait d’une application mobile pour bouleverser le monopole des taxis? La firme multinationale Uber a révolutionné le métier de chauffeur particulièrement en France où la réglementation de la profession est très contraignante. L’hôtellerie, la restauration, les transports en commun, sont autant de secteurs touchés par une dynamique analogue. L’ubérisation c’est la modification en profondeur d’un marché par le recours massif aux nouvelles technologies, la privatisation de l’offre, la mise en relation directe avec le client. Les politiciens pourraient être les prochains concernés.

Internet c’est l’agora 2.0.

En 2016, Internet semble être le principal élan novateur des fonctions de l’Etat sur plan économique mais aussi politique. La démocratie se désenclave et devient inévitablement plus participative aussi bien au sein de ses institutions traditionnelles que dans sa pratique quotidienne. Internet c’est l’agora 2.0. où on tweete et retweete son avis condensé en 140 caractères , où on fait campagne à coup de shares et postes Facebook. On peut même s'improviser rédacteur sur Wordpress ou activiste d'envergure international sur Change.org.

Le smartphone c’est l’accès à un flot ininterrompu d’information et d’expression. On suit l’actualité à la nanoseconde grâce aux alertes des applications de médias.

On dénonce à coups de hashtags cinglants chaque écart.

Il suffit de googler son candidat préféré pour se rappeler de son dernier scandale financier.

Les français ont leur mot à dire sur la politique et ont désormais les moyens de le faire devant un important e-public.

VOTER, le Tinder politique qui permet de matcher avec les candidats compatibles.

Les développeurs ont bien compris la tendance et multiplient les applications qui changent la manière de penser la politique. L’opinion publique s’affirme comme nouvelle légitimité sur la toile. Les premières du genre sont les applications d’évaluation et de sondages comme GOV où les utilisateurs peuvent s’exprimer sur un sujet avant que leurs données ne soient collectées et retranscrites sous forme statistique. Dans la même lignée, Stig est conçue pour donner aux citoyens la capacité de soumettre des propositions à leurs élus. Le Tinder politique, VOTER, qui permet aux américains de matcher avec les candidats compatibles, devrait arriver en France pour les élections de 2017. Pour le moment, la startup Voxe.org offre depuis 2012 la possibilité de comparer les programmes politiques avant de voter. 

La communication politique s’est profondément renouvelée.

Les hommes et partis politiques tentent de s’adapter à cette évolution numérique et de rester « cablés » comme le disait Mitterrand. La communication politique s’est ainsi profondément renouvelée avec l’aide de spin doctors qui vendent les candidats comme des produits marketing.Les partisse démocratisent à coût de primaires et de référendums sur leur site internet. Depuis 2012, les applications de parti se sont développées, dédiées principalement à leurs adhérents. Plusieurspersonnalités de droite et de gauche parlent de la création de sondage pour fixer les priorités de l'agenda politique…

Mais la démarche est lente et prudente par peur de froisser une base militante parfois peu réceptive. Malgré ces efforts, la défiance à l’égard des partis traditionnels bat des records. Un sondage CEVIPOF réalisé en décembre 2015 rapporte que seulement 15% des Français déclaraient avoir confiance dans les partis politiques soit quelques points derrière les syndicats et les médias.

Les français hyper-connectés enregistrent les faux pas  aussi bien qu’un moteur de recherche.

La plupart des institutions traditionnelles de la vie politique souffrent de la même problématique de désaffection. L’antiparlementarisme est réactualisée après l’affaire Cahuzac qui démarre à la suite d’une publication sur Mediapart. La figure présidentielle « normalisée » par Hollande ne crée plus d’unité. L’alternance de gouvernement de droite et de gauche ne suffit pas à garantir l'incarnation de l'intérêt général. En somme, les français hyper-connectés ne souscrivent plus à la politique du spectacle et enregistrent aussi bien qu’un moteur de recherche les faux pas des politiques.

Alors quelles perpectives dans une vie politique digitale? Des débats inter-partis par Skype, des ministres rémunérés en fonction de leurs résultats au bitcoin, ou un diplôme de l’ENA délivré sur MOOCs? Toutes les évolutions ne sont pas nécessairement bénéfiques au fonctionnement de la société. Céder trop vite à la technophilie omettrait le risque d’une marchandisation totale de la politique et de la naissance d’une e-démagogie. D’autre part, l’ubérisation ne mène pas mécaniquement à la démocratisation puisqu'aujourd’hui les nouveaux outils d’analyse et de participation politique sont principalement utilisés par un public masculin, diplômé, de centre-droit et non pas par l’ensemble de la population.

Il faut adapter la logique partisane à des générations XYZ qui en veulent plus et plus vite.

Néanmoins il est indéniable qu'avec l'avènement de l'ère numérique, la politique ne sera plus jamais la même. Certains politiciens réagissent en changeant leur communication mais le storytelling à la française a de plus en plus de mal à convaincre.

C’est en fait toute la logique partisane et la structure institutionnelle qu’il faut adapter à des générations XYZ qui en veulent plus et plus vite. Alors, lançons un appel pour que les hommes et les femmes politiques mettent à jour leur logiciel avant de se faire définitivement downloader.

#UBERTAPOLITIQUE

Sandrine ELMI

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