Rechercher sur le site !

Lancement de "La Gauche Libre" : pour un renouvellement des idées

Samedi 12 mars 2016, le collectif indépendant « Les Jeunes avec Macron » organisait l’évènement fondateur du Think Tank « La Gauche Libre ». On y était, et on vous explique tout.

Ni parti, ni groupies ? 

Libres et indépendants, tels qu’ils se qualifient. Si le groupe nie entretenir tout lien direct avec le ministre de l’Economie et du Numérique Emmanuel Macron, il explique clairement dans son site vouloir défendre et mettre en avant ses projets.Celui-ci a déclaré « porter de l’affection » pour le Think Thank progressiste mais ne le patronne absolument pasL’iconoclaste ministre représente pour eux une source de changement, une nouvelle dynamique politique. 

Promoteur de l’égalité réelle et de la liberté d’entreprendre, il regroupe des jeunes politisés, assumant le schisme idéologique avec la vision socialiste traditionnelle. Un collectif où la moyenne d’âge est de 33 ans, et qui représente la première expérience politique des 2/3 de ses adhérents. A noter aussi que 40% des 3500 adhérents sont non encartés. Un nouveau venu dynamique et déterminé donc… Ils ont donc créé « La gauche libre », espace de débats et de rencontres, mais aussi de réflexion collective sur des pistes qui, éventuellement, pourraient être présentées au ministre. Et peut-être, qui sait, peser dans les débats en 2017 ?

https://www.youtube.com/watch?v=Neih6jCMQMg

Un premier débat autour du thème des « inégalités et nouvelles opportunités économiques » :

C’est sur ce thème que le collectif a organisé un premier débat très prometteur, avec comme invités l’économiste Jean-Marc Daniel, le député PS de l’Ardèche Pascal Terrasse, et Mounir Mahjoubi, président du Conseil National du Numérique.Mais parlons un peu de la composition de la salle : des moins de 30 ans à 90%, juristes, économistes, chef d’entreprise, lycéens, étudiants en école de commerce, ayant en commun un sentiment d’éloignement vis-à-vis de la gauche traditionnelle. Ils sont les habitués des évolutions numériques, pour qui les concepts de sobriété volontaire et d’économie de partage sont plus que des mots. Les intervenants ont trouvé en eux d’attentifs auditeurs, dont la concentration était parfois troublée par les va et viens des journalistes présent pour couvrir l’évènement, notamment LCP et I-Télé.

Et dans le fond, ça donne quoi ?

Tout d’abord, une clarification de la position des intervenants : la France n’est pas un îlot isolé au sein de la mondialisation et doit effectuer de grandes mutations disruptives, oui la loi Macron est pertinente, oui nous sommes libéraux, et pourtant en faveur du Revenu Universel. Il n’est plus pertinent de prétendre qu’être social libéral est un oxymore.

Les choses clarifiées, on rentre ensuite dans le vif du sujet : parvenir à une égalité réelle, non pas en appauvrissant les plus riches, mais en faisant émerger les plus pauvres par le biais des nouvelles technologies.  Le président du CNN Mounir Mahjoubi, notamment, questionne le rôle de la « Geek Economy » dans l’exploitation des talents des classes populaires. Cette ‘discrimination positive’ par le numérique faciliterait l’accès à l’embauche notamment en ce qui concerne les services collaboratifs. Conscient de la réalité économique, il rappelle qu’au sein de l’entreprenariat, les inégalités persistent, les free lancers étant majoritairement de jeunes hommes blancs des classes supérieures. A l’heure où 84% de la population française possède désormais un accès à Internet, le problème désormais réside dans un besoin de formation au numérique. Non seulement pour les futurs entrepreneurs et salariés de demain dans les établissements supérieurs de France, mais également pour la population pour laquelle l’adaptation au numérique n’est pas innée. Le numérique est une opportunité considérable, mais il est absurde de demander à un retraité de faire sa demande de caisse de retraite en ligne alors que pour une partie des plus de 65 ans, le simple fait d’envoyer un mail est une opération compliquée. Il faut favoriser l’essor de ces nouvelles entreprises, mais en se mettant au service de l’utilisateur et de l’Etat, et non pas l’inverse.

Cependant, les conséquences de cet avènement du numérique ont aussi été décortiquées : en prenant notamment l’exemple de Uber : entre les informaticiens concepteurs, en haut de la hiérarchie, et les chauffeurs, quid des corps intermédiaires ? Ils sont possiblement portés à disparaître, au profit d’un mode d’organisation des entreprises devenant de plus en plus horizontal.  De même, comment éviter un monopole de ces entreprises (Uber, Airbnb etc..) ? Et surtout, pour protéger les salariés qui y travaillent, faut il individualiser les droits des personnes, et renoncer à l’attribution de droits par statuts ?

Accompagner les évolutions du monde

Résister à cette révolution n’a que peu de sens, pourtant remédier aux failles de l’ubérisation de l’économie est possible notamment grâce à une forme de concurrentialité plus juste par la création d’API (Application Programing Interface). Ces plateformes permettraient de regrouper les services d’un même secteur sur une même interface, ce qui réduirait le clivage entre services traditionnels et services collaboratifs. L’équipe de Henri Verdier, directeur du numérique pour le service public (DINSIC), planche actuellement sur le sujet.

Se pose aussi la question de la propriété, qui n’est plus pertinente pour les jeunes, de plus en plus adeptes de l’économie de partage. La sobriété volontaire (réduire son mode de consommation, louer plutôt qu’acheter, de sorte qu’un objet passe de main en main et soit bien plus utilisé que s’il était la propriété exclusive d’une personne) est caractéristique des générations de 30 ans et moins. C’est un effacement du concept de l’obsolescence programmée qui se produit actuellement dans cette ‘new economy’. Pour ces produits matériels destinés à plusieurs utilisateurs, la qualité sera de rigueur et de ce fait une relocalisation de la production au niveau national serait envisageable pour de nombreuses entreprises.

Pour ce qui est des principes dit ‘de gauche’ qu’ils revalorisent, il faut noter que les intervenants se sont posés en faveur de la création du CPA (Compte personnel d’activité) du projet de la loi Travail. La question d’un Jobs Act, le nouveau projet de lutte contre le chômage de Matteo Renzi en Italie, à la française, a notamment été évoquée. Par l’assouplissement des règles, l’allègement des charges et la simplification des processus de créations d’entreprises, il s’agit de donner les moyens « à ceux qui proposent plutôt que ceux qui s’indignent ».Conscient que ces innovations à la chaîne requièrent une restructurationde l’emploi, ils revalorisent les métiers ‘sociaux’, ceux qui créent des liens dans une société, car le numérique ne doit nous isoler, et rendre une société plus viable passe aussi par la rémunération de ces ‘externalités positives’. Ils prônent également une société civile plus représentée notamment par le biais d’une démocratie participative, souvent le fer de lance de ces mouvements rénovateurs de la politique. L’Etat, dans leur vision, doit rendre un service à la hauteur de ce que les citoyens payent. Ils posent ainsi de manière subversive, la question du bilan de la gauche ces dernières années, entre levée des impôts et véritables résultats obtenus.

 Bien loin des néo-libéraux d'un capitalisme outrancier, la Gauche Libre nous montre le visage d’un mouvement ancré dans son temps, mené par des jeunes qui s’associent avec de véritables experts dans leurs domaines, proposent de véritables solutions et pistes de réflexions afin de s’adapter à l’innovation, y contribuer et peut-être même la devancer.                                                                  Bref, un discours novateur et rafraîchissant dans lequel l’auditoire s’est reconnu et s’est senti concerné. Une chose est sure : il n’est plus question d’évacuer la question du numérique et de la nécessaire adaptation de la France (en terme de formation, de dématérialisation) du débat public.

Salomé LECROC

Inès D'HAULTFOEUILLE

Alternative Für Deutschland, ou comment le "FN allemand" atteint des scores inégalés

La social-démocratie hollandaise est-elle vraiment de gauche ?