Rechercher sur le site !

La social-démocratie hollandaise est-elle vraiment de gauche ?

OPINION

Les frondeurs socialistes désespèrent de celui qu'ils ont installé à la tête de la France. Les Français dépriment de voir leur pays si mal géré par la gauche. On se demandait il y a quelque temps dans un article si la VRAIE gauche allait se réveiller. Aujourd'hui, elle semble plutôt au bord de l'anéantissement politique, tant elle est marginalisée par le Président.

Car là réside le paradoxe de la gauche de la Vème République : dès qu'elle arrive au pouvoir, elle adopte une politique de droite. Au-delà des interrogations profondes qu'induisent ce constat – à quoi sert la gauche si elle ne sait pas gouverner avec ses idées ? - il paraît pertinent d'étudier point par point le glissement idéologique de la gauche vers ce que le gouvernement nomme « social-démocratie », mais qui correspond en réalité à une politique de droite, libérale-libertaire, européiste et capitaliste.

Economie :

C'est incontestablement le volte-face le plus marquant de l'histoire de la gauche. Rappelons qu'historiquement, elle se réclame, sinon du marxisme, de la rupture avec le capitalisme demarché. Mais l'échec du communisme, même si l'on peut toujours débattre pour savoir si le communisme soviétique était un marxisme, a infligé un coup très dur à la gauche. Celle-ci a ainsi délaissé la critique du capitalisme pour se rallier l'air penaud à l'économie de marché. Pourtant, Hollande s'est bien fait élire sur un programme de gauche. La mesure-phare du programme socialiste était de taxer les revenus de plus d'un million à 75%. Une mesure effectivement de gauche. Mais Hollande n'a pas appliqué son programme et a muté vers la social-démocratie.

Cette marche au départ lente vers le libéralisme s'est dangereusement accélérée, jusqu'au point critique que nous connaissons aujourd'hui : la loi Macron. Ce dernier se veut ouvertement libéral et a présenté une loi, impensable pour la gauche il y a quelques décennies. Le sursaut de quelques socialistes purs et durs – les frondeurs – n'a pas fait plier le gouvernement. Fort de son succès, Hollande est allé trop loin avec la loi Travail qui déchire actuellement la gauche. Après l'autorisation du travail dominical - mesure dénoncée activement par la vraie gauche (cf. Le travail dominical, nouvelle lubie libérale), un gouvernement qui se veut de gauche remet en cause les 35 heures. Le monde marche sur la tête.

La loi El Khomri est emblématique des difficultés de la gauche. Si je pense que cette loi contient probablement des mesures intéressantes, il s'agit d'un tel revirement que la réaction de la vraie gauche n'est pas étonnante. La manifestation du 9 mars, qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes, est en ce sens décisive : comme l'ont noté certains observateurs, un mouvement dissident peut tout à fait naître de ce mouvement contestataire. De marginalisée politiquement, la vraie gauche peut-elle devenir un acteur majeur de la suite du quinquennat d'Hollande et de la présidentielle de 2017 ? Rappelons que parti radical de gauche espagnol Podemos s'est formé dans des conditions similaires, de rejet du PSOE traditionnel jugé trop à droite.

Europe :

Cette fois, la faute ne remonte pas à Hollande, mais à Mitterrand. Son pari pascalien, tant décrié par Jean-Pierre Chevènement, est incompréhensible. Pourquoi un Président socialiste et patriote (les deux sont possibles, nous le verrons par la suite) a-t-il sacrifié l'indépendance politique et économique de la France ? Car il était évidemment conscient que la construction européenne devait aboutir à une union politique. En fait, rares sont les personnalités de gauche à avoir fait campagne contre Maastricht. L'Europe apparaissait comme si formidable ! La post-modernité devait forcément être post-nationale, se convainquait la gauche. L'Europe était-elle le nouveau cheval de bataille de la gauche ? Assurément non, répond Zemmour dans Le Suicide français. L'essayiste présente en effet Maastricht comme l'anti-1789. Autrement dit, le mythe fondateur de la gauche française. Il cite en premier lieu un discours de Philippe Séguin, brillant orateur et chef des files des eurosceptiques : « La logique de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral, et résolument technocratique. L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l'anti-1789. » Zemmour ajoute à ce remarquable plaidoyer une explication limpide mais percutante : « De Gaulle disait : « Pour moi, la démocratie se confond avec la souveraineté nationale. » Pour abattre la démocratie, il fallait donc abattre la souveraineté nationale. Et pour forger l'Europe fédérale, il fallait abattre la souveraineté nationale, quitte à détruire la démocratie. » L'Europe, du fait de sa dimension post-nationale, n'est donc pas compatible avec la souveraineté, idéal transcendant de la Révolution et valeur fondatrice de la République. Ainsi, en acceptant l'Europe, la gauche renie son héritage de 1789.

L'obstination de la gauche à soutenir le projet de Constitution européenne lors du référendum de 2005 consomma finalement la rupture entre le PS et les classes populaires : seulement 19% des ouvriers qui votèrent « oui ». La gauche en se droitisant a ainsi perdu ses électeurs historiques, partis au Front national, espérant gagner les bobos et libertaires. Mais la « stratégie Terra Nova » montre ses limites : la gauche n'a jamais été aussi faible.

Patriotisme :

Là aussi, le changement est immense. Relisons les discours des dirigeants socialistes de Jean Jaurès à Léon Blum au début du XXème : leur discours, par ailleurs très virulents contre l'Eglise et l'armée, était empreint d'un patriotisme qu'on ne peut que regretter. Charles Péguy, lui-même, peut-être le plus grand patriote de l'époque, n'était-il pas originellement de gauche ?

Comment la gauche a-t-elle pu devenir à ce point anti-patriote ? Jusqu'à Charlie, il existait chez une certaine gauche un désamour pour le drapeau. Il y a de multiples causes à ce désamour de la France de la gauche. Outre le ralliement à l'idéal européen que j'ai décrit plus haut, l'une des explications réside dans la culpabilité évidente de la France. Plus le temps passe, plus la honte des actes passés progresse. L'antisémitisme et Vichy, la Première Guerre Mondiale et la haine irrationnelle de l'Allemand, l'aventure coloniale et l'Algérie, autant de thèmes qui angoissent la France, et dont elle ne parvient pas à se libérer. Les innombrables lois mémorielles et l'enseignement d'une histoire toujours plus politisée à l'école n'ont pas atténué ce sentiment de culpabilité face aux crimes de nos ancêtres. Tout l'enjeu est de ne pas céder à la tentation d'haïr la France. Ce n'est ni adapté, ni juste. Les crimes commis par des Français ne sont pas des crimes commis par la France.  Si nous ne séparons pas de ce lourd passé (et passif), les Français ne pourront aimer la France. Or il y a plus qu'urgence. Au risque de caricaturer, je demande : que voient les étrangers accueillis par la France ? Un pays qui ne s'aime, qui s'autoflagelle en permanence. Pensez-vous que c'est une bonne manière de favoriser l'intégration de ces étrangers au sein de notre nation ?

En 1981, paraît

L'idéologie française

. BHL accuse le patriotisme d'être à l'origine du fascisme.

C'est sur ce point que la gauche actuelle est enfoncée jusqu'au cou dans sa propre bêtise.  L'anti-racisme nourrit le racisme. A force de nous rabâcher les oreilles avec l'amour de l'Autre, l'accueil de l'étranger, les associations anti-racistes ont provoqué un profond ressentiment au sein des classes moyennes, françaises « de souche », qui connaissent de véritables difficultés économiques et se sentent délaissées. Ne nous étonnons pas qu'après, ces Français mal-aimables et mal-aimés expriment leur mal-être dans les urnes.

Elie Collin

Lancement de "La Gauche Libre" : pour un renouvellement des idées

Rencontre avec le benjamin des conseils régionaux