Le centre : la voie idéale vers un renouveau politique ?

Le centre : la voie idéale vers un renouveau politique ?

En ces temps où la jeunesse ne fait plus confiance aux décideurs, où leur désintérêt déjà élevé pour les questions politiques ne fait qu’augmenter, aurait-on enfin trouvé, avec le centre, un moyen de réconcilier ces jeunes qui ne se retrouvent plus en nos élites avec la politique ? Ce centre, qui peine à s’imposer sur la scène politique française alors qu’il a déjà sa place sous les feux des projecteurs à l’échelle européenne - sept dirigeants de pays européens sont centristes - peut-il bousculer le front républicain et le bipartisme ?

Le centre comme « front républicain » 

En France, tout comme partout en Europe, nous assistons depuis quelques années à la montée des partis d’extrême droite. Tandis qu’en Pologne les eurosceptiques du parti Droit et justice (PiS) sont arrivés en tête aux élections législatives de 2015, en France, le parti de Marine Le Pen gagne du terrain. Son record historique de 6,82 millions de voix au deuxième tour des élections régionales (soit un gain de 800 000 voix entre le premier et le deuxième tour et un gain de 400 000 voix entre son score aux présidentielles de 2012 et son score aux régionales) signe la fin du bipartisme en France.

Alors que, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien, 88 % des français estiment qu’il n’y a pas assez de renouveau politique en France, ce renouveau pourrait ne pas apparaître sous les traits de Marine Le Pen mais sous une nouvelle silhouette centriste qui se dessine peu à peu. Outre-Atlantique, le centriste et libéral Justin Trudeau a su s’imposer face au conservateur Stephen Harper aux élections fédérales canadiennes de 2015. Albert Rivera, leader du parti centriste Ciudadanos (« citoyens »), a lui réalisé un score honorable de 13,93% aux élections générales espagnoles malgré la percée plus significative du parti d’extrême gauche Podemos (« nous pouvons ») mené par Pablo Iglesias. Le point commun entre Trudeau au Canada, Rivera et Iglesias en Espagne est qu’ils représentent le renouveau politique. Fini les cravates trop serrées, bienvenue les chemises légèrement déboutonnées. Fini le troisième âge, bienvenue la jeunesse pleine d’idées.

Macron, l’espoir centriste ?

Mais qui serait capable de représenter cette jeunesse en ébullition, en France ? Pourrait-on un jour voir un des leaders centristes tels François Bayrou ou Jean-Christophe Lagarde à l’Elysée ? Peut-être, mais c’est notre jeune ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique qui arrive cependant en tête des politiques qui représentent le changement avec plus de 55% (sondage Odoxa pour Le Parisien). Et si c’était lui, notre Rivera ou notre Trudeau français ? Emmanuel Macron, cet ancien banquier d’affaires de chez Rothschild & Cie qui transgresse tous les codes pourrait-il être l’homme de la situation, l’homme capable de rassembler le centre français et pourquoi pas même relever la France ?

Mais pourquoi lui ?

Macron plaît, Macron dérange. Mais pourquoi diffère-t-il des carcans traditionnels ? Tout d’abord, Emmanuel Macron est issu de la société civile. Il représente celui qui connaît le monde du travail, celui qui connaît l’autre facette de la politique. En outre, Macron est relativement jeune. A 38 ans, il est, avec la ministre de l’enseignement supérieur, le plus jeune ministre du gouvernement. Parmi les candidats aux présidentielles, il est de loin le plus jeune. Rappelons, par exemple, qu’Alain Juppé, le « candidat senior » de 2017 a 70 ans. De plus, Emmanuel Macron est un homme de convictions, prêt à porter ses idées. Il ose quand la majorité des hommes politiques naviguent au gré des sondages. Il ose tellement qu’il a, rappelons-le, utiliser à trois reprises l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer en force sa loi éponyme ouvrant notamment la voie au travail dominical. Il ose encore : il ose remettre en cause les 35h et même le statut des fonctionnaires, statut qu’il ne juge « plus adéquat au monde tel qu’il va ». Se mettre les syndicats à dos ? Cela ne le dérange pas. Répondre aux questions provocatrices lors de visites d’entreprises devant les caméras ? Cela ne le dérange pas non plus : Macron ne se dégonfle pas. S’il énerve les syndicats, ses propositions sont tout de même approuvées par une majorité de français. Par exemple, 58% des français sont pour l’ouverture des magasins jusqu’à 12 dimanches par an et 75% pour une dérogation plus grande aux 35 heures. (sondage Ipsos pour Le Point) Selon le même sondage, 65% des français estime que Macron est un « homme de convictions », 62% qu’il est « compétent » et 31% le voit déjà président de la République. Sur cette dernière question, les sympathisants centristes sont les plus favorables à une candidature de Macron aux présidentielles avec 41% d’avis favorables au MoDem et 45% à l’UDI. Macron, président, est-ce possible ?

Un avenir doré ?

« Pour 2017 c’est trop tôt. Macron n’est pas en position d’être candidat à la présidence de la République », confie Jean-François Doridot, d’Ipsos. Le duel de la gauche se fera donc entre Valls et Hollande. Cependant, selon le directeur général de Ipsos, Macron serait « le candidat idéal du centre, peut-être meilleur que Bayrou. » Macron, notre futur Rivera ? Macron, futur fondateur d’un parti libéral pro-européen rassemblant le centre français tel Ciudadanos en Espagne ? Rien n’est impossible : rappelons tout de même que celui qui « ne [s]e voi[t] pas comme un homme politique » n’a toujours pas sa carte d’adhérent au Parti Socialiste. Mais au-delà de la question Macron, c'est bien à une convergence des idées vers le centre qu'on assiste, de Valls à Juppé en passant par Macron ; et il est encore trop tôt pour savoir si cela peut réellement remettre en cause les clivages partisans.

Christophe Hosébian

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