La gauche de retour à l'école primaire


ANALYSE


« La primaire, la primaire » ! Voilà ce qui doit être scandé dans les cantines des partis de gauche depuis l’appel du 11 janvier. C’est dans Libération qu’une cinquantaine de personnalités et d’intellectuels de gauche a proposé un « réenchantement » du débat politique.

« Exigeons une primaire des gauches et des écologistes » disent-ils. Quand on veut vraiment que ça change, on ne « demande » pas, on « exige ». L’emploi de ce terme quelque peu autoritaire dénote avec la promesse du message: le réenchantement.

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Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot, les écologistes, Thomas Piketty, l’économiste ou encore Michel Wievrioka, le sociologue, font partie de ces apprentis sorciers de la primaire. Leur idée est de proposer un candidat faisant sens au sein de la gauche. Un peu communiste, un peu socialiste, un peu écologiste, il doit être « le meilleur d’entre eux ». Et actuellement, celui qui serait le candidat légitime de leur camp semble ne pas correspondre à leurs attentes. François Hollande serait presque redevenu le « monsieur 3% » de 2011.

Ces chevaliers de la primaire ont tenté de joindre un autre « frondeur », une icône de la rose : Arnaud Montebourg, afin qu’il se joigne à l’appel. Ce dernier a déclaré qu’il se « réservait ». Autant dire qu’il ne souhaite pas participer à un élan ou son nom sera noyé parmi d’autres. Il attend le bon moment pour réapparaître et imposer lui même son rythme.

Une primaire frontale avec celle de LR

Ils veulent cette primaire. Quand ? En même temps que leurs voisins de droite, soit en novembre 2016. Mais la différence, c’est que Thierry Solère, député LR et président du comité d’organisation de la primaire travaille sur ce projet depuis un long moment.

Voilà pourquoi Jean-Christophe Cambadélis, le numéro 1 socialiste, n’a pas l’air inquiet. Il sait que le calendrier ne devrait pas permettre l’organisation d’une telle élection à gauche.

Mais dans le fond, à quoi elle servirait cette primaire ? À ramener les idées de la « vraie » gauche au centre du débat. À casser l’élan socialo-démocrato-libéral d’une majorité du Parti Socialiste et du gouvernement. Cristalliser les contestations de ce virage à droite, de cet oubli des valeurs de la gauche. Mais c’est là que le Front National a déjà réussi. Dans le paysage politique français actuel, le parti qui parle au nom des ouvriers, des petites gens, des retraités, c’est celui de Marine Le Pen. Ce ne sont plus le Parti Communiste et consort.

Mais où est le leader ?

Un leader. Voilà ce que les partisants de la primaire n’ont pas (pour l'instant). Un leader c’est celui « qui jouit d’une grande autorité, notamment au sein d’un groupe restreint parce qu’il y est populaire et exerce un ascendant réel ». Autant dire qu’à l’heure actuelle, ils ne se battent pas ceux et celles à qui nous pourrions appliquer cette définition.

D’après un sondage Harris Interactive pour Marianne, 85% des sympathisants de gauche réclament une primaire à gauche. Mais qui serait leur leader ? 25% d’entre eux veulent Manuel Valls pour candidat.

Un autre sondage, pour BFM TV cette fois, nous informe que 29% des français estiment que le premier ministre serait le meilleur candidat potentiel à gauche pour 2017. 28% pensent que ce serait Macron et 10% Hollande (à égalité avec Arnaud Montebourg). Mélenchon est adoubé par seulement 4% des français et Cécile Duflot par 1%. Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste, n’est même pas cité. Mais ces chiffres ne désignent tout de même pas un vrai leader. Manuel Valls symbolise la trahison pour une très grande partie de la gauche.

Ce sondage n’est donc pas à prendre au pied de la lettre. Il n’est qu’une photographie à un moment T de l’opinion. Mais il nous indique une chose. Les français souhaitent que le candidat qui représente la gauche soit parmi ceux qui sont à la droite de celle-ci. Cette idée est paradoxale, voire même contradictoire avec celle d’une primaire à gauche. Ce ne sont pas les candidats probables à cette élection (Duflot, Mélenchon, Laurent) qui incarnent la gauche de 2017 dans l’esprit des français. Ces derniers ne semblent pas contre le courant social-libéral. C’est plus un rejet de la personne de François Hollande qui est mis en avant.

Cette cinquantaine d’intellectuels qui « exigent » une primaire, illustrent ce qu’ils veulent dénoncer. Une rupture avec la volonté des français. Les idées véhiculées par cette gauche là, celle de Dany le Rouge, de Mélenchon, n’a rien proposé de nouveaux depuis des années. Ils espèrent que la primaire amènent un nouveau souffle à cette gauche, grâce au débat, aux échanges. C’est déjà ce qui devait être fait avec le Syriza à la française qui réunissait Mélenchon, Duflot et Laurent. Mais très rapidement, les egos personnels ont repris le dessus.

Ils veulent réaliser une primaire pour que les leaders politiques se parlent et s’écoutent. Mais quand on regarde de l’autre côté de l’échiquier politique, a-t-on l’impression que les candidats LR se parlent ? MM. Juppé, Sarkozy, Fillon et même Copé aujourd’hui, avancent tête baissée vers leur objectif de victoire. Aujourd’hui, une primaire à gauche serait probablement fratricide, comme elle risque de l’être à droite. Et ce n’est vraiment pas ce dont la gauche a besoin si elle souhaite se reconstruire avant 2017.

Anthony Boucharel @AnthoBoucharel

EN BONUS : retrouvez ici notre feuilleton de l'été dernier, Solférino qui relatait justement une primaire socialiste en 2016.

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