Droite à reconstruire : mode d'emploi

OPINION

6 décembre 2015 à 22h. Les résultats définitifs du second tour des élections régionales sont tombés. La vague bleue n’a pas eu lieu, la droite remporte laborieusement sept régions. François Hollande et son gouvernement en conservant cinq collectivités- et ce malgré le retrait des listes socialistes dans la région Nord et PACA- évitent le désastre électoral auquel ils étaient promis.

Le Front National emmené par Marine Le Pen parvient quant à lui à un nouveau tour de force : avec plus de 6.8 millions de voix, le FN atteint un niveau record, réussit à imposer les triangulaires dans la grande majorité des régions et prive dans la foulée la droite et le centre de la victoire escomptée.

Pris en étau entre une gauche qui ne cesse de se recentrer et l’extrême droite à l’image lissée, les Républicains peinent à trouver leurs marques sur un échiquier politique en pleine mutation. Trop au centre ? Ou au contraire trop droitière ? Les critiques sur la ligne de la campagne et du parti fusent de tous les côtés. Face à la multiplication des voix discordantes, le président du parti Nicolas Sarkozy se voit obligé de proposer un débat interne au lendemain du scrutin afin d’apaiser les tensions. Malgré le retour du « chef » deux ans plus tôt, tout semble encore à reconstruire.

Sur le fond d’abord.

2012 et l’échec de la politique économique de François Hollande suivi du virage Valls-Macron préféré à la ligne Montebourg signait pour la droite la grande victoire de la bataille des idées.

Le tandem pacte de responsabilité et loi Macron posait en effet les prémices d’un tournant libéral. Des mesures symboliques comme l’assouplissement des 35h, la défiscalisation des heures supplémentaires, la diminution des charges sont alors plébiscitées. Et pourtant les querelles intestines ont eu raison de l’intérêt commun, la droite rate le coche et s’embourbe dans une forme d’immobilisme mortifère.

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Mais rien n’est jamais trop tard. La lutte contre le chômage reste la première préoccupation des Français et ces derniers attendent toujours que la classe politique mène les réformes ambitieuses qu’exige le retour de la croissance. C’est sur le terrain de l’économie que la droite se démarquera. L’élaboration d’un programme cohérent de mesures fortes, listées et chiffrées- fin des 35h, simplification du code du travail, réduction des dépenses et de la fiscalité- et porté par tous constitue pour la droite la meilleure chance de retrouver le crédit et la confiance de ses électeurs ainsi que le meilleur rempart face au Front National dont la question économique est bien souvent le talon d’Achille.

La question économique reste le talon d’Achille du Front National.

Doit-elle pour autant s’interdire d’aborder les thèmes souvent présentés comme l’apanage du FN? La droite commettrait une erreur majeure en abandonnant au parti de Marine Le Pen les questions de sécurité et d’immigration que les Français placent en tête de leurs préoccupations. Les Républicains doivent cependant sortir du piège de la surenchère dans lequel le parti s’est enfermé. Les récentes sorties brutales sur la remise en cause du droit du sol ou de l’espace Schengen ne peuvent tenir lieu de politique et donnent le sentiment désastreux d’un mouvement aux abois qui cherche désespérément à retenir une frange de son électorat tenté par le vote frontiste. A l’heure actuelle la droite ne propose rien de plus que le Front National et se retrouve sous le feu des critiques qui se soldent par une succession de polémiques stériles.

La droite doit résister à la tentation de la surenchère. Vilipender des symboles comme le droit du sol ou Schengen sans un solide programme de réformes structurelles ne réconciliera pas le parti avec son électorat.

Face à la montée en puissance des thèmes régaliens dans le tableau des préoccupations de l’opinion publique, la seule attitude à adopter est celle de la responsabilité. La politique d’intégration est un échec ? Le phénomène de communautarisation est croissant ?

Alors il faut l’expliquer, avec pédagogie et proposer en conséquent une série de réformes à la hauteur des enjeux :

  • Une nouvelle politique de logement par exemple, dans le but de favoriser la mixité sociale et mettre fin aux phénomènes de ghettoïsation serait la bienvenue…
  • Repenser les politiques de service public afin de mettre fin au sentiment d’abandon qui s’enracinent dans les paysages ruraux et forment le terreau des populismes.
  • En terme de justice encore, les pistes ne manquent pas pour sortir de l’impasse de la politique pénale et judiciaire du gouvernement dont le bilan est pour l’heure plus que mitigé...

La question de revenir sur certains principes fondamentaux est aussi légitime mais elle ne peut s’auto-suffire.

François Fillon proposait récemment de mettre en place une démarche citoyenne pour obtenir la nationalité française afin que le droit du sol ne soit plus un « automatisme ».

Nicolas Sarkozy demandait quant à lui une suspension des accords de Schengen -dans un premier temps pour contrôler l’immigration, maintenant pour lutter contre la menace terroriste.

La difficulté consiste ici à refaçonner des symboles dans un but d’efficacité sans porter atteinte au socle de valeurs qu’ils représentent. L’exercice est périlleux et suscite bien souvent la polémique qui empoisonne le débat car réformer des symboles c’est prendre le risque de la caricature. La mesure et la pédagogie doivent dès lors être de mise. C’est dans ces cas précis que la forme et le poids des mots prennent toute leur importance.

Enfin l’unité est une règle d’or en politique et tout particulièrement en période électorale.

Les élections ne devraient pas être le théâtre des ambitions personnelles, des règlements de comptes et des batailles d’égos…

Et Nicolas Sarkozy n’est pas le seul à blâmer. Les Républicains ont vu au cours des derniers mois la multiplication des petites phrases, des tacles et des piques en tout genre venus envenimer un débat déjà claudiquant. La perspective de la primaire précédée de l’élection du chef du parti de 2011 n’a certainement pas favorisé la cohésion du mouvement ainsi que le travail de fond collectif nécessaire à la reconquête et prive aujourd’hui la droite de la seule arme électorale qui a fait ses preuves : un projet.

Ces élections régionales étaient le dernier scrutin avant la présidentielle et ont sonné comme le dernier avertissement pour la droite dont la place au second tour semble de plus en plus incertaine. Il reste donc un an à Nicolas Sarkozy et à son parti pour se remettre en ordre de bataille, armés d’un projet cohérent, construit, en phase avec l’ensemble des préoccupations des Français et défendu par chacun dès le lendemain de la primaire si toutefois cette dernière n’a pas porté le coup de grâce qui menace depuis maintenant plusieurs années.

Edouard Fouquet@edfou_

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