Arthur Ohanessian, benjamin de la majorité municipale à 23 ans

Arthur Ohanessian, jeune élu marseillais, est fraîchement diplômé d'un Master II en Droit et prépare actuellement le concours d'avocats. Arrivé en France en 2000 alors qu'il n'avait que dix ans, et engagé de longue date dans la vie de la Cité, il constitue un exemple d'intégration réussie.

Tu es arrivé d'Arménie à l'âge de 10 ans, comment s'est passée ton intégration en France ?

Je suis né à Erevan, la capitale de l’Arménie, en août 1990. J’ai grandi dans la période de transition du soviétisme vers l’indépendance, avec son cortège d’incertitudes et de défis : une brutale mutation économique, l’apparition du chômage de masse, l’affrontement militaire avec l’Azerbaïdjan… Ma famille était plutôt épargnée, mais c’est un contexte, un environnement qui touchait plus ou moins tout le monde. Les années 1993 à 1995 ont été particulièrement éprouvantes, pas d’électricité, pas de gaz, nous avions une heure de lumière par jour !

En 2000, ma famille a décidé de partir pour la France. Je ne vous cache pas que les débuts ont été difficiles. Mais j’ai été très rapidement scolarisé, je me suis fait des amis, ce fut le point de départ de mon intégration. Et puis à Marseille, il existe une importante communauté arménienne, donc ce n’était pas le dépaysement complet ! Après le collège, j’ai intégré une seconde SES et j’ai terminé mon cycle secondaire avec un baccalauréat général section Economique et Social. Puis j’ai enchaîné avec la faculté de droit d’Aix-en-Provence, où j’ai validé cette année mon Master II.

Dès 17 ans, tu t’intéresses à la politique et commences même à militer. Pourquoi un engagement si jeune ?

J’aimais beaucoup l’Histoire et étais particulièrement attiré par le Général De Gaulle. Un jour, j’ai appris qu’il y avait une permanence UMP près de mon lycée, et j’y suis allé par curiosité. Après avoir fait quelques recherches, j’ai perçu la dimension gaulliste de ce mouvement. Je suis donc retourné à la permanence et après avoir discuté avec le responsable, j’ai décidé de prendre ma carte. C’était au début 2008. A vrai dire, je ne me suis pas posé la question de l’âge. J’ai été attiré, les élections municipales de mars 2008 approchaient et je voulais m’engager ! Ce qui explique, qu’en effet, tout est allé assez vite.

Aujourd’hui on parle beaucoup de crise de l’intégration, que peux-tu nous dire de la tienne ?

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation de crises multiples : économique, sociale, identitaire… La jeunesse de France manque de repères, ne se sent pas cadrée, le lien social et national se délite. Pour ma part, je ne parlais pas le français à mon arrivée en France, j’avais dix ans. Mais à l’école, j’ai tout de suite dû parler français, et au bout d’un an, je pouvais m’exprimer sans problème. Mes parents ne cessaient de me répéter que nous étions redevables à la France car elle nous avait accueillis. D’une part le contexte familial, d’autre part l’amour de la culture et de l’histoire de France constituent donc les deux facteurs principaux qui ont guidé mon intégration.

Lorsque tu observes l’échiquier politique français, selon toi, où te situes-tu ?

Plus que jamais je reste attaché aux idées gaullistes, à savoir une certaine idée de la France, qui voit plus loin que les partis politiques, et où seules comptent la grandeur et l’unité du pays. Je déplore les querelles partisanes et le manque de vision de nos dirigeants actuels. Nombre de débats politiques sont aujourd’hui stériles et relèvent de la « politique politicienne pure » ! Alors que nous devons relever des défis majeurs.

Je déplore aussi la chape de plomb, que représente le politiquement correct. En France, il semblerait que les mots patriotisme, autorité, immigration, soient devenus des gros mots. Autant de sujets qui intéressent les Français, mais que nos gouvernants ont abandonnés. Résultat ? Le Front National s’est emparé de ces thèmes-là et prospère politiquement là-dessus.

Le 13 novembre, la France subissait les pires attaques terroristes de son histoire. Quelle est ta réaction face à ce drame ? Que penses-tu le la lutte contre le terrorisme dans notre pays, mais aussi à l’échelle internationale ?

Dans ces moments si tragiques l'unité nationale est de rigueur. 129 victimes, 65 millions de blessés.

Cependant, unité nationale ne signifie pas bâillonnement national. Ces attentats odieux sont le résultat de la radicalisation de milliers de Français qui portent en eux la haine de la France. Mais ces attaques résultent aussi de politiques laxistes appliquées depuis plusieurs années. Face à l'aveuglement de certains responsables politiques, les Français réclament des réponses claires, rapides et efficaces. La sécurité est la première des libertés.

Il appartient à l'Etat, centré sur ses compétences régaliennes de défendre notre civilisation, en mettant tout en œuvre afin d'éviter de nouveaux carnages. Hier réclamer les réquisitions, les dénaturalisations de djihadistes, l'expulsion des radicaux étrangers, la rétention administrative des fiches S, des bracelets électroniques, des portiques de sécurité, c'était vouloir un "État policier" voir "dictatorial". Aujourd'hui, la gauche vote ces mesures comme un seul homme. Et c'est très bien... Même si c'est un peu tard.

Hier, lorsque la droite arborait une forêt de drapeau bleu-blanc-rouge à la Concorde, la gauche y voyait des réminiscences d'Hitler à Nuremberg. Aujourd'hui c'est François Hollande qui nous demande d'arborer un drapeau tricolore à nos fenêtres.

Hier ils dénonçaient la Marseillaise comme un chant "guerrier" et "raciste". Aujourd'hui ils ne manquent pas une occasion de chanter notre hymne national. Il y en a marre de ces donneurs de leçons qui changent de positions comme de chemises.

Je n'ai pas attendu François Hollande pour arborer un drapeau tricolore, pour chanter la marseillaise et pour aimer la France. La France c'est notre bien commun, c'est ce qui nous rassemble. Il est temps pour nous de comprendre que ne sommes pas, comme le pensent certains, promis à un déclin inévitable, que nous sommes une trop grande Nation pour nous limiter à de petits rêves.

Les 6 et 13 décembre ont eu lieu les élections régionales, as-tu eu peur que le FN "prenne" la région PACA ? Selon toi, quelles sont les raisons du relatif succès de ce parti ?

En effet, la "bataille" des régionales a été très difficile en PACA. Notamment entre le FN et Les Républicains. Il est vrai que la dynamique en faveur du FN ne semblait pas prête de s’essouffler. En particulier dans notre région, qui a vu se multiplier les affaires, notamment à travers la personne de Jean-Noël Guérini, dont peu d’hommes politiques, hormis Bruno Gilles et Renaud Muselier, ont osé dénoncer le système.

A titre personnel, j’estime qu’il ne faut pas mépriser les Français qui décident de voter pour le FN. Quand on vit dans des quartiers privilégiés, loin des difficultés quotidiennes que rencontrent les habitants des quartiers populaires, il est plus facile de critiquer. Il vaudrait mieux se poser la question suivante : pourquoi le vote FN ? Ainsi, pour combattre ce mouvement, nous devons apporter des réponses claires aux thèmes qui inquiètent les Français. Concernant la sécurité, la laïcité, l’identité, l’immigration… A ce titre, notre candidat en PACA, Christian Estrosi, homme d’expérience, me semblait être l’homme le mieux placé pour remporter la région. Ce qui est aujourd'hui chose faite, même si je refuse tout triomphalisme.

Dans cette optique, si tu avais un message à communiquer aux jeunes de ta génération, quel serait-il ?

En France tout est possible, et je souhaite donc transmettre un message d’espoir à notre jeunesse. Chaque jour, des milliers de jeunes issus d’horizons très divers prouvent que l’intégration et la réussite sont à la portée de tous. Avec de la volonté et un dur labeur, on peut y arriver ! L’important est de ne pas se résigner et de ne rien lâcher. Pour soi, mais aussi pour son pays, car comme disait John Fitzgerad Kennedy : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays. »

Droite à reconstruire : mode d'emploi

2016, une année qui s’annonce difficile pour Les Républicains