Rechercher sur le site !

Ce que nous avons appris en 2015


OPINION


Nous avons appris qu’un gouvernement de gauche pouvait mener une politique droite. L'année a commencé avec la loi Macron, elle se termine avec la déchéance de nationalité, cette même proposition qui avait fait pousser des cris à gauche en 2010, lorsqu’elle était énoncée par Nicolas Sarkozy dans son désormais célèbre discours de Grenoble. Et on se demande ensuite pourquoi les électeurs se tournent vers le Front National pour changer la vie….

Nous avons appris que la droite était décidément désespérante, incapable et balbutiante. Alors que depuis 2012 un boulevard immense s’est ouvert, la perspective d’une primaire, la prudence et le manque d’inventivité embourbent un parti dans sa fabrique d’une élite disparate, inchangée, butée, qui refuse de voter des mesures qui vont pourtant dans son sens. Méfiante vis-à-vis d’un gouvernement qu’elle voit obligatoirement comme mauvais, elle se refuse à tout compromis ou travail constructif, une démarche d’un autre temps qui rebute encore un peu plus de la politique. Même en ayant changé de nom, de structure, de leader, elle semble toujours aussi immobile et se console avec des succès électoraux acquis d’avance et dont l’issue se fait malgré tout de plus en plus douteuse. 

Nous avons appris que rien ne changera jamais. Qu’en dépit des mouvements, des signaux, des résultats électoraux, notre classe politique resterait la même. Elle est là depuis vingt ou trente ans, et les signes du renouveau de la classe politique ont toujours du mal à poindre à l’horizon. Lors d’un débat télévisé, le secrétaire général du Parti Socialiste est opposé à un responsable du parti de droite. Ils s’inquiètent de la montée de l’abstention, de la présence du Front National au second tour des élections régionales. Ils sont tous deux promis à un grand destin, le premier s’appelle François Hollande, le second Nicolas Sarkozy. Nous sommes en 1998. C’était il y a 17 ans. Et en 2017, ils pourraient de nouveau se retrouver sur le même plateau, avec les mêmes solutions à apporter aux mêmes problèmes… Dans le même temps, un homme de 70 ans se trouve en tête des sondages, avec pour seuls éléments de langage la beauté de la France et le danger que représente l’extrême droite. L’idée n’est pas de faire du jeunisme. Mais comment peut-on incarner des solutions nouvelles avec des têtes identiques ? Enfin, là où le non-cumul des mandats semble s’imposer dans l’esprit de tous comme une évidence, une poignée de dinosaures luttent encore et toujours pour garder leur siège auquel ils s’accrochent. On leur propose, pour garder un ancrage local, de s’engager dans une activité associative, qui leur permettra de la même façon d’avoir le contact avec le peuple qu’ils recherchent avec une telle ferveur.

 Nous avons appris que le FN n’était plus une menace en l’air. Oui, le pays peut, du jour au lendemain, se « fracasser sur le mur du Front National ». Oui, demain, Marine Le Pen peut devenir Présidente de la République. Oui, une partie de la droite ne fera rien pour l'en empêcher, que ce soit par conviction ou par aveuglement. Il faudra désormais compter sur le retrait de la gauche pour espérer avoir un sursaut républicain. Triste perspective.

Nous avons appris que les propositions ne font jamais parler, et que la communication politique n’a jamais eu autant d’importance. Preuve en est avec François Fillon, qui malgré l’énoncé pénible d’un programme rebutant, n’arrive pas à imposer ses thèmes au débat, en dépit d’excellentes ventes en librairie. Il en va de même pour les frondeurs, qui malgré leurs réelles convictions, laissent le temps filer par lassitude ou résignation. Les coups de com’, même ratés, de Nicolas Dupont-Aignan, feront toujours plus parler que les travaux de fond de personnes de convictions.

Nous avons appris que l’Etat avait vraiment failli dans la formation de sa jeunesse. Notre génération n’a plus d’aspiration, de perspectives, d’envie. Elle se voit bien confrontée à un monde où l’Etat ne peut plus rien, où l’éducation n’est plus source d’élévation, où seule une idéologie barbare baignée d’idéaux simplistes peut lui apporter un espoir. Nous avons appris qu’un jeune né en France et élevé en France pouvait demain tuer des français. L’école a plus que jamais un rôle crucial à jouer dans ce monde changeant et bouleversé.

Nous avons appris que même dans des circonstances dramatiques et d’urgence inédites, ils ne pensaient tous qu’à une chose : la présidentielle. Et cela ne va faire qu’empirer : 2016 sera placée sous le signe des primaires, qui, à droite, dessineront la cartographie du premier tour, et donc les résultats du second. La présidentielle se joue demain, mais ses résultats ne seront annoncés qu’après-demain. L’année politique qui s’ouvre s’annonce donc tout aussi passionnante que déprimante, à nous de trouver les ressources et les idées pour y faire face.

Pêle-mèle, nous avons aussi appris que les problèmes politiques se résolvaient désormais de façon globale. Certes, ce n’est pas nouveau, mais 2015 nous en a apporté des illustrations flamboyantes, que ce soit avec la crise grecque, la crise des migrants, la lutte contre le terrorisme ou l'accord sur le climat. Nous avons appris que même dans un océan de tristesse, le peuple français savait se dresser et vivre en dépit de l'adversité. Nous avons appris que demain se construirait dans l'adversité. Nous avons appris que demain nous appartenait plus que jamais.

Bien sûr, le tableau dressé rapidement ici, simpliste et décousu, sera probablement démenti par des événements à venir. Pourtant, 2015 a été une année riche en enseignements, en rebondissements et en bouleversements pour le champ politique, gageons que 2016 saura apporter des réponses à ces derniers.

François d'Estais @fdestais

Déchéance de nationalité et état d'urgence : l'avis d'un spécialiste du droit

Droite et gauche ont-elles encore un sens ?