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#Noé, le nouveau bébé d'Emmanuel Macron

ANALYSE

Quel nom singulier et énigmatique qu'a choisi le ministre de l'Economie pour présenter lundi après-midi le deuxième épisode de la loi Macron. Derrière ce sigle (qui signifie Nouvelles Opportunités Economiques) se cache en fait tout une série d'orientations et de mesures que le ministre devrait présenter courant janvier en Conseil des Ministres comme projet de loi. Celles-ci devraient porter majoritairement sur le numérique, grand incompris de Bercy depuis plusieurs années déjà.

Une révolution numérique inévitable.

C'est ainsi qu'Emmanuel Macron a entamé la présentation du futur projet de loi #noé. Pour celui-ci, "lutter contre ces changements serait une erreur profonde". Il se propose donc, dans la lignée de la première loi Macron sur l'égalité des chances économiques, de faire entrer l'économie française de plein-pied dans le numérique par le biais de multiples libéralisations. Celles-ci devraient toucher deux domaines, l'auto-entrepreneuriat et les entreprises françaises du numérique, aussi bien présentes sur le marché depuis un certain temps que les start-ups.

https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/663672172800548864

Des microentreprises stimulées et encouragées.

D'abord, le ministre veut fournir à ceux et celles qui souhaiteraient créer leur auto-entreprise ou se déclarer entrepreneur individuel un outil numérique qui leur permettrait de simplifier les démarches et formalités nécessaires à de telles actions. Cela pourrait permettre par exemple d'après le ministre de développer le service à la personne. Cette orientation du futur projet de loi devrait surtout permettre aux travailleurs peu qualifiés ou pas diplômés de créer de la richesse plus facilement.

Capture d’écran 2015-11-11 à 16.04.58
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Les qualifications nécessaires à l'exercice de certaines professions sont aussi dans le viseur du ministre de l'Economie. Selon lui, les réglementations de certaines professions sont un frein à la création d'emplois, et seraient hors de propos et incohérentes. L'occasion pour Emmanuel Macron de donner devant son auditoire l'exemple de l'entrepreneur qui souhaiterait ouvrir un centre de lavage pour voitures mais qui pour ce faire doit avoir un diplôme de carrossier. Il s'agit donc ici d'alléger et d'assouplir les conditions nécessaires d'exercice de certains emplois et de création d'auto-entreprises, pour redynamiser l'économie française. 

https://twitter.com/LEGENRA/status/663646336684789760

Des initiatives en faveur des entreprises du numérique.

D'après le Forum Economique Mondial de Davos, la France ne serait que 18ème dans le classement des pays innovant le plus. En effet, même si les consommateurs français bénéficient largement des innovations apportées par le numérique, celles-ci sont loin d'être made in France. C'est ce que déclare Bercy dans le communiqué qui accompagne la présentation du futur projet de loi. Cette difficulté à innover est de plus accompagnée d'une difficulté à entrer dans le numérique pour des entreprises classiques : d'après l'OCDE, 35% des entreprises françaises n'auraient pas de site Web.

http://www.dailymotion.com/video/x3d7mrw_introduction-d-emmanuel-macron-noe-novembre-2015_news

Emmanuel Macron souhaite donc rebattre les cartes, en modernisant les voies de financement des start-ups qui souhaiteraient se lancer dans le numérique. Il ne s'agirait plus de n'offrir que des financements bancaires à ces jeunes entreprises, mais aussi de leur permettre de disposer de fonds propres. En effet, le ministre a jugé le financement bancaire traditionnel comme "inadapté" à l'économie numérique, estimant que certains projets nécessitent des sommes conséquentes dès leur mise en route. Bercy aimerait d'ailleurs voir se développer des "fonds de pension à la française". Le ministère de l'Economie se chargerait de rediriger l'épargne des Français vers ces fonds de pension, qui ensuite financeraient les projets des jeunes pousses de l'économie numérique française. Emmanuel Macron a toutefois précisé qu'une telle mesure nécessiterait quelques changements du cadre fiscal actuel qui réglemente le financement des entreprises.

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Et cette arche, ne risque t-elle pas de prendre l'eau ? 

Même si les intentions d'Emmanuel Macron sont louables (dégripper l'économie française) et que dans l'ensemble son intervention a laissé une bonne impression dans les médias et l'opinion, des interrogations surgissent face à ce projet de loi #noé.

Notamment le manque de mesures concrètes dont souffre l'intervention d'Emmanuel Macron. Finalement, celle-ci ressemble plus à une déclaration d'intentions, et elle peut être perçue comme un grand coup de communication en vue des régionales. Rappelons tout de même qu'en période de campagne électorale, le ministre est l'une des personnalités les plus appréciées du gouvernement,là où Manuel Valls irrite une partie de la gauche qui le trouve trop à droite, et qu'une partie de la droite l'accuse de chasser sur ses terres. Un véritable show était par ailleurs organisé pour présenter cette loi, décor et présentation digne des keynotes d'Apple à l'appui.

https://twitter.com/fdestais/status/663822733537619968

Enfin, même si le projet de loi est appelé à s'étoffer et à prendre réellement forme d'ici à janvier et sa présentation en Conseil des Ministres, on peut s'interroger sur la capacité du gouvernement à le faire adopter par le Parlement. Etant donné que la loi Macron a vu le gouvernement recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à trois reprises jusqu'à ce que le texte soit définitivement adopté, il sera difficile pour le gouvernement de déterminer une majorité claire en vue d'une adoption. Pourquoi ? Parce que #noé suit cette orientation "libérale" vivement critiquée par les frondeurs du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale lors des discussions autour du texte présenté par Emmanuel Macron en décembre 2014. Pour preuve : Benoît Hamon lâche de nouveau ses coups contre l'actuel ministre de l'Economie, alors qu'on croyait les frondeurs endormis :

« A mon avis, petit, il ne fallait pas laisser une boîte d’allumettes à côté de lui quand même, parce qu’il a une capacité à craquer des allumettes… »

Rendez-vous est donc pris pour le mois de janvier prochain.

Matthieu Lefebvre du Prey

Image en tête d'article : Capture d'écran de la conférence de présentation de #Noé d'Emmanuel Macron le  9 novembre à Bercy

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