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Virage à droite pour la gauche ?

ANALYSE

Rome n’est plus dans Rome. La gauche, en tout cas au pouvoir, ne serait plus la gauche. A la suite des déclarations successives de Manuel Valls, sur « la gauche passéiste », et celles nombreuses d’Emmanuel Macron qui dénotent avec l’habituel discours d’un ministre de gauche, certains s’indignent : qu’est devenue la gauche de Jean Jaurès et de Léon Blum ? Il semble y avoir effectivement une rupture. Mais assiste-t-on à une droitisation de la gauche ?

La loi Macron, officiellement nomméela loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, est sans doute à l’origine desdébats et controverses sur l’hypothétique droitisation de la gauche.  Bien que le terme « égalité des chances économiques » nous renvoie directement aux valeurs originelles de la gauche, la loi Macron semble rompre avec la gauche dite traditionnelle. En effet, elle prévoit notamment l’assouplissement du travail le dimanche et la nuit et l’allégement des contraintes sur le secteur des autocars.

Dès lors, peut-on parler de libéralisation de l’économie ? Dans une certaine mesure, il s’agit bien de « libérer » et de simplifier les règles, comme le montrent les objectifs déclarés de la loi Macron.

Cependant, ces mesures s’accompagnent de garde-fous : il faut l’accord des syndicats pour que les salariés travaillent le dimanche. De plus, des compensations salariales pour les travailleurs le dimanche sont garanties. Par ailleurs, Emmanuel Macron justifie la libéralisation des transports autoroutiers en affirmant que cette libéralisation bénéficie auxplus modestes pour lesquels  les transports ferroviaires sont trop chers, et qui profiteraient ainsi des autocars.

Mais cette loi s’attaque aussià des mesures à caractère plus sociales du gouvernement précédent : elle abroge « la prime des partages de profit », crée par Nicolas Sarkozy, qui imposait aux entreprises augmentant leurs dividendes deux ans de suite une redistribution au profit de leurs salariés.

Aussi, si elle semble en discontinuité avec les habituelles lois socialistes, la loi portée par Emmanuel Macron ne s‘inscrit pas dans la logique d’un libéralisme pur et dur. Ainsi, la frange la plus à gauche de la majorité  au Parlement, appelée les frondeurs, conteste la loi Macron, quand paradoxalement, une partie de la droite ne la soutient  pas non plus, jugeant qu’elle ne va  pas assez loin dans la libéralisation.

D’autre part, la droitisation d’une partie de la gauche transparait aussi pour certains à travers les déclarations de Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui s’attaquent à certains « totems » de la gauche.

https://www.youtube.com/watch?v=IOhnRX1Cm-c

« La gauche a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. »

affirme le ministre de l’économie le 27 aout 2015 devant le Medef. Tollé au sein de la gauche, Macron se justifie et Valls de récuser : il n’y aura pas de « remise en cause » des 35 heures. Soit, mais si l’on remonte aux primaires socialistes en 2011, on peut douter des intentions profondes de Manuel Valls, alors candidat : « Oui, nous devrons déverrouiller les 35 heures »clamait-t-il alors, le 2 janvier 2011. Sacrifice des convictions sur l’autel de l’exercice du pouvoir ? Sans doute. En tout cas, le parti socialiste n’est pas prêt à cette réforme.

A contrario, cette droitisation de la gauche ne se vérifie aucunement dans les autres domaines. Sur le plan sécuritaire, mises à part quelques déclarations choc de Manuel Valls alors ministre de l’intérieur, rien ne transparait. Du point de vue sociétal, la gauche adopte une politique que l’on pourrait qualifier de libertaire, en complémentarité avec le libéralisme économique, c’est-à-dire qui vise à accroitre les libertés des individus. Cela se vérifie avec le mariage pour tous.

Il semble donc qu’on ne puisse pas parler de droitisation de la gauche. En effet, il serait plus juste de parler d’un tropisme libéral d’une partie de la gauche.

La gauche amorce sa mue, passant de la sociale démocratie au social libéralisme, c’est-à-dire qu'elle concilie le socialisme et libéralisme.

Selon le Journal du Dimanche, Macron écrirait ainsi un livre expliquant pourquoi, malgré son social-libéralisme, il reste un homme de gauche.  Un aspect qu'il s'appliquait à défendre hier encore dans 13h15 Le Dimanche, dans une interview face à Laurent Delahousse :

 "Je suis dans ma conviction et dans la sincérité de celle-ci. Celle d'un homme de gauche. (...) Je pense qu'il y a une partie de ce qu'on met dans la représentation gauche-droite, qui sur certains sujets, est devenue surannée, et artificielle. Il faut que la politique s'ouvre davantage.

Mais cette mue ne se fait pas sans difficulté : le risque d’une scission de la gauche est présent dans tous les esprits. Par ailleurs, quand paradoxalement la gauche française semble se convertir au social-libéralisme, transformation opérée par en Allemagne par Gerhard Schröder et en Angleterre par Tony Blair il y a plusieurs années, un mouvement de  résurgence du socialisme et de la gauche apparait au contraire en Europe.  L’élection de Jeremy Corbyn au Labour, l’avènement au pouvoirde Syriza en Grèce et l’essor de Podemos en Espagne en sont les preuves manifestes. Vous avez dit exception française ?

Maxence des Boscs

#Noé, le nouveau bébé d'Emmanuel Macron

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