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ANALYSE

Lorsque vous étiez petit, vos parents, vos grands-parents, vos professeurs peut-être, vous ont laissé deviner pour qui ils votaient. Discrètement, par quelques petites incises idéologiques ici ou là. « Ah, vraiment, Nicolas Sarkozy, c’est un homme bien. » Ou des remarques pleines de sous-entendus. « La gauche, c’est plus ce que c’était… ». Ils ont aussi pu vous expliquer en long et en large le pourquoi du comment de leur opinion. « Moi, j’en ai marre des impôts qui montent et tu sais, la droite, elle est gentille avec les gens qui ont un peu d’argent. Donc je vote UMP. »

Mais finalement, on peut se retrouver un peu perdu dans le spectre partisan : je veux du progrès social, mais je souhaite aussi le libre-marché, et puis des politiques de développement durable. Alors, où est ce que je me situe ?

Aussi, les partis politiques ont évolué. Ils ne rentrent plus dans les critères de définition qu’on leur a attribué après la Révolution française - date de leur naissance. Qui aurait cru en 1789 que la « droite » - à l’époque, les royalistes - défendrait en réalité le régime démocratique représentatif (« Les Républicains », ça ne vous dit rien ?) ?

Finalement, la structuration du champ politique en deux camps, qui a prévalu en France puis en Europe pendant deux siècles, n’apparaît plus vraiment pertinente pour décrire la structure du paysage politique au XXIe siècle.

Une distinction ancrée dans l’Histoire et modelée par les mécanismes institutionnels

Tout a commencé en l’an 1789, en France, à Versailles. Des parlementaires en désaccord sur la question de savoir si un droit de véto doit être accordé au roi dans la prochaine monarchie constitutionnelle, décident de se scinder en deux groupes au sein de l’hémicycle : à la droite du président de l’Assemblée constituante, les partisans du véto (principalement des membres du clergé et de l’aristocratie). A sa gauche, les opposants (principalement des membres du Tiers-Etats).

Cette scission en deux groupes se fait dès les origines sur les bases d’une divergence d’opinions sur des valeurs fondamentales : le pouvoir exécutif doit-il être fort ou faible ? Quelle doit être l’importance de l’Assemblée nationale dans les décisions et la législation ? Raymond Aron, dans son célèbre ouvrage Les Droites en France, expliquera plus en détail les différents courants au sein des partis de droite, mettant en lumière les différences d’opinion qui peuvent y exister, et en soulignant à intervalles réguliers en quoi les partis dits « de gauche » s’opposent à la droite sur des points particuliers.

A la suite de ce divorce originel, la distinction demeure et marque le paysage de l’hémicycle - c’est d’ailleurs par la position du siège qu’ils vont occuper à l’Assemblée que l’on désigne l’orientation politique d’un candidat. Historiquement, la distinction droite/gauche a été dominée par des prises de position sur de grandes questions : le choix du régime politique, la place de l’Eglise dans la société, l’affaire Dreyfus, les nationalisations, la réforme scolaire… Aujourd’hui, l’héritage peut être résumé ainsi : dans notre devise « Liberté, égalité, fraternité », la droite retient plus « liberté » tandis que la gauche met une emphase sur l’ « égalité ».

Ces bases historiques étant posées, une question reste : qu’est-ce qui explique que, en France, la distinction droite/gauche soit si marquée - alors qu’elle l’est moins dans d’autres pays européens, comme l’Italie par exemple, où la diversité des partis est de mise ?

Il semble que la réponse se trouve dans le mode de scrutin, c’est-à-dire la méthode par laquelle le peuple souverain choisit ses représentants au cours d’une élection. On distingue les scrutins uninominaux (un seul nom) des scrutins plurinominaux (« de liste »). Ceux-ci peuvent être à un tour (système anglais du first past the post) ou deux tours (élection présidentielle française). Enfin, le scrutin peut être majoritaire (celui qui réunit le plus de voix, en chiffre absolu, gagne) ou « à la proportionnelle » (celui qui rassemble le plus grand pourcentage des voix).

Si le scrutin majoritaire est le plus ancien et celui qui permet de dégager la majorité la plus claire, le scrutin proportionnel permet une représentation plus démocratique car elle reflète plus précisément les opinions des citoyens. Elle permet notamment une représentation des « petits partis », tandis que le scrutin majoritaire favorise les coalitions et les « grands partis » (ou « partis de gouvernement ») et la bipolarisation de la vie politique. Le nombre de tours est aussi important : deux tours ou plus permettent aux partis minoritaires de recevoir des voix et de pouvoir ensuite négocier des coalitions, ou des sièges au Parlement.

Des gauches et des droites plurielles

La tendance est à la division des grands mouvements.

Il n’existe plus ni une droite unique, ni une gauche unique.

Des divisions idéologiques traversent les grandes familles politiques.

À droite,  on peut distinguer les héritiers bonapartistes partisans d’un pouvoir fort, centralisé, assez autoritaire et très interventionniste dans l’économie correspondant à l’ex-RPR, ex-UMP, désormais Les Républicains; ils diffèrent de la droite libérale légitimiste représentée par l’ex-UDF, aujourd’hui le Modem, de la droite nationaliste, très conservatrice, héritière de Joseph de Maistre, Charles Mauras, aujourd’hui incarnée par Nicolas Dupont-Aignan et d'autres.

A gauche, on distingue l’extrême-gauche communiste de la social-démocratie du Parti socialiste, plus modérée. Par ailleurs, en Europe, les Partis socialistes prennent des chemins très différents :  le SPD allemand se tourne vers la social-démocratie, tandis que le PS français adhère plus franchement au socialisme.

Plus frappant encore, un brouillage des frontières politique au centre et aux extrêmes du spectre semble apparaître : que ce soient les partis écologistes (« Europe écologie - Les Verts ») qui forment des coalitions tantôt à droite, tantôt à gauche, ou les partis d’extrême droite et d’extrême gauche qui s’accordent sur certaines questions (par exemple, la sortie de la France de l’Union européenne pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon), les limites bougent, deviennent floues, et les partis en profitent pour attirer de plus en plus d’électeurs qui défendraient ces causes en particulier.

Des problématiques qui dépassent le clivage gauche/droite

Les droites et les gauches européennes se recomposent. Parallèlement à ce mouvement de restructuration du paysage politique apparaissent des partis d’un genre nouveau, qui dépassent le clivage traditionnel entre la gauche et la droite, et qui sont parfois difficiles à classer sur le spectre politique. A titre d’exemple, on peut citer trois catégories :

  • Les partis régionalistes : ce sont les partis qui visent à promouvoir la culture, les traditions, l’originalité, les réalisations spécifiques d’une région et, pour certains, demandant l’indépendance de cette région. On pourra citer le Parti nationaliste basque (PNB, actuellement en coalition avec le MoDem), le parti de coalition Convergence et Union en Catalogne [disparu le 18 juin dernier, retournant à ses deux composantes initiales : Convergence démocratique de Catalogne (CDC, libéral) et Union démocratique de Catalogne (UDC, démocrate chrétien)], la Ligue du Nord en Italie, ou bien encore, au Canada, le Bloc québécois (centre-gauche).

Une manifestation de la Ligue du Nord (Italie)

  • Les revendications écologistes : les partis défendant les problématiques de développement durable ont eu tendance ces dernières années à élargir leur programme afin d’être perçus comme pouvant être au pouvoir. Si en France, les partis « verts » ont tendance à être perçus comme de gauche, on ne peut oublier certains « écolos de droite » emblématiques, comme le fut Brice Lalonde dans les années 1990.
  • Les single-issue parties : ce sont des partis dévoués à une cause particulière, qui connaissent un succès électoral relatif, mais qui sont rarement destinés à gouverner. Il s’agit du parti pirate en Allemagne (défense de la démocratie participative, de la transparence des informations sur le Net, légalisation du partage (peer-to-peer), protection des données personnelles…), ou encore des partis confessionnels comme le PRUNE (Partido Renacimiento y Unión de España), partiespagnol qui se revendique « d’inspiration islamique ».

Finalement, ces bouleversements du clivage politique et la spécialisation des partis nous invite à nous interroger sur la recomposition du champ des valeurs, et notamment sur le brouillage entre libéralisme et conservatisme, à la fois sur les plans économique et social.

Toutes les combinaisonsde la matrice sont possibles : libéral économiquement et socialement (incarné par Alain Madelin), libéral sur le plan social mais conservateur économiquement (les socialistes en France), libéral économiquement mais conservateur socialement (il s’agirait de la droite catholique, représentée en France par François Bayrou), et enfin conservateur économiquement et socialement (auparavant, les communistes).

Reste à choisir son camp.

Violaine Lulin @Vayolin_

 

Source de l'image en tête d'article : https://www.flickr.com/photos/sylke_ibach/8067612544

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