François Fillon : "Faire", ou comment gagner une primaire en 8 leçons

L'ancien Premier Ministre paraissait peu à peu s'être effacé face à des rivaux de taille préparant le retour dans la course à la présidentielle depuis des mois. Le 14 juin 2014, un sondage de l'IFOP pour le JDD donnait 41% des voix à Sarkozy, 36% à Juppé, 13% à Le Maire et 7% à Fillon. Pourtant loin derrière ses adversaires, François Fillon préparait son offensive politique et médiatique, occupé à l'écriture de son livre, rédigé entre le début de l'année et cet été. Ce personnage bien connu des français, qui a pourtant toujours tenu au respect de son intimité, s'ouvre ici pour la première fois au peuple français afin lui faire connaitre ce qui l'anime, ses passions et ses convictions. Un portrait sincère - parfois contraire à ce que les médias avaient perçu de lui - qui se mêle aux propositions économiques et sociales et analyse du paysage étatique.

  1. FAIRE amende honorable

A propos de ses cinq ans à Matignon:

« J’étais son Premier ministre : si je m’appropriais ce bilan, on me blâmerait, si je le reniais, on me le reprocherait aussi. Je ne m’approprierai pas ce bilan : c’est le sien. Je ne renie pas ce bilan : c’est le nôtre. »

  1. Souligner les défauts de ses confrères pour se reFAIRE une image

A propos de Nicolas Sarkozy:

« Cela fit de lui un extraordinaire combattant, mais un homme d’Etat vulnérable aux humeurs de l’opinion. Je suis moins malléable, moins perméable. Mon énergie entretient ma ténacité, me rend plus indiffèrent à l’écume des choses, à l’air du temps ; la sienne appelle l’immédiateté, aspire à la séduction de l’instant »

  1. FAIRE sauter des acquis institutionnels

A propos de l'ISF, mis en place en 1989, qui serait à coup sûr un de ses arguments de campagne:

« Je veux donc abolir le stupide impôt sur la fortune qui, au nom d’une égalité purement oratoire, a détourné depuis sa création des milliards d’investissement au profit de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de la Suisse ou des Etats-Unis. (…) Je crois sincèrement que nous aurions dû avoir le courage de supprimer l’ISF dès 2007.  La gauche et les médias se seraient déchaînés contre nous, mais une fois la tempête apaisée, les donneurs de leçons de justice sociale seraient passés à autre chose, et les Français auraient de nouveau pu investir dans l’économie de leur pays. »

4.    Etre prêt à FAIRE la guerre au FN

" Sans augmentation du temps de travail et sans relèvement de l'âge de la retraite, sa promesse d'augmenter les salaires de la fonction publique et les pensions de retraite relève de l'escroquerie pure et simple. Est-ce vraiment un parti d'ailleurs? J'y vois surtout une sorte de PME familiale essentiellement attachée à faire fructifier son capital. (...) Le PS se trompe, le FN délire."

5.    FAIRE basculer la campagne à son avantage

L'ancien résident de Matignon développe ici, dès le début de sa campagne, son programme point par point. Il reprend ainsi la stratégie de François Hollande de 2012, qui lui avait permis de se démarquer par sa détermination, lui qui ne brillait pas par le charisme. Habitué de cet exercice - en effet, il avait en partie rédigé le programme de Chirac en 2002 et Sarkozy en 2007 - il pourra ainsi récupérer la confiance des Français, lassés des flous politiques.

"Si je suis élu en mai 2017, j'agirai immédiatement, en suivant un calendrier et une méthode que je suis déjà en train de tracer. (...) Il faudra aller vite. Je serai engagé sur un programme de relance radicale dont les mesures emblématiques ne pourront évidemment pas rester en suspens dans les nuées. (...) Au reste, nous n'aurons plus le temps d'attendre : notre économie aura besoin d'être remise sur les rails au plus vite."

6.   FAIRE sauter des tabous

Le sujet des statistiques ethniques n'était pas revenu sur le devant de la scène depuis 2007. Cette mesure permet de connaitre l'origine et le nombre d'étrangers ou de personnes d'origine étrangère résidant dans l'Hexagone. Mais le Conseil Constitutionnel avait sanctionné ce projet de loi contenu dans le projet sur l'immigration de Brice Hortefeux, en rappelant notamment que la Constitution établit "l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion". Mais en pleine crise des migrants, François Fillon reste ferme sur ses positions et, conscient de la réalité économique, considère comme urgent d'établir ici un bilan des résidents français hypothétiquement "profitant du système", sans chercher à obtenir la nationalité.

"Si on veut vraiment piloter la politique d'immigration comme je le préconise, permettre au Parlement de fixer chaque année le nombre de personnes que la France peut accueillir, ne pas subir une immigration qui ne viendrait que d'une seule région du monde, qui serait déconnectée de nos besoins économiques et nos possibilités sociales, il faut avoir la possibilité de savoir qui on accueille, ce que ces personnes deviennent, comment elles s'intègrent"

Il souligne dans un interview pour la promotion de son livre que 80% des propositions qui ont été faites cette semaine par Nicolas Sarkozy lors de sa "journée de travail" consacrée à l'immigration "sont dans le document que j'ai rendu public il y a un an sur l'immigration". Il rappelle ainsi qu'il a souvent été l'homme de l'ombre, travaillant avec acharnement pour le profit d'un autre.

7.    FAIRE son portrait: humain et modéré 

"Je suis conscient que mon intérêt pour le sport automobile détonne dans le milieu politique (...) c'est quelque chose qui prend aux tripes. (...) L'alpinisme est fait de lenteur et de méditation, le pilotage de vitesse et de concentration. (...)

"Je suis catholique. J'ai été élevé dans cette tradition et j'ai gardé cette foi. Tout a commencé à l'école justement, chez les jésuites. et puis j'ai été scout. (...) Dans ma jeunesse, j'assistais à la messe par routine, par obligation, et j'ai souvent trépigné intérieurement en écoutant des prêches qui se réduisaient à des slogans convenus".

8.   FAIRE honneur à l'éloquence, essentielle à un homme d'Etat

315 pages donc, 25 chapitres et une première phrase phare :

« La liberté est une rupture ».

François Fillon n'a jamais brillé par son talent littéraire mais il y excelle ici par sa capacité à récupérer des lieux communs pour en faire des slogans.

"L'Esprit de la République doit nous guider. La République est une révolte. La République fait tomber les bastilles. Et elles doivent tomber."

"Contre le sang et les larmes, je choisis la liberté et la vérité. Contre les conservatismes qui nous étouffent, je choisis la liberté qui est le meilleur logiciel du progrès économique, technologique et social. Contre les marchands d'illusions, je choisis la vérité qui est la base d'une action politique saine et respectée."

Avec ce livre pudique mais construit et dynamique, il lui reste à prouver qu'il est l'homme idéal pour les Français.  Toutefois, son sérieux et sa constance seront-ils suffisants ? Peut-il vraiment se refaire après trente cinq ans de vie politique ?

Inès d'Haultfoeuille

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