Obsession présidentielle

OPINION

"La différence entre le politicien et l'homme d'Etat est la suivante: le premier pense à la prochaine élection quand le second pense à la prochaine génération."

James Freeman Clarke avait vu juste : l’homme politique manque d’audace. Et ce n’est pas le système présidentiel français qui va lui redonner du courage. Dopé par des médias friands de déclarations chocs, de mesures fortes, nos politiciens en ont oublié leur rôle premier : servir l’intérêt général.

Au contraire, la majorité d'entre eux préfère servir ses propres intérêts, obsédée par la remise en jeu du fauteuil présidentiel en 2017. Et ce, à tel point que l’on croirait être perpétuellement en campagne depuis le retour tonitruant de Nicolas Sarkozy n’ayant pu résister à « un appel de la nation » face au marasme socialiste. Nous avions tout juste installé François Hollande à l’Élysée que nous voulions déjà lui trouver un successeur. Certains diront que c'est son incompétence qui nous a conduit à cela, je leur répondrai qu’il n’est pas question d’homme ici, mais d’idéalisme.

Il est d’adage de dire qu’après la pluie vient le beau temps, ainsi on espère toujours qu’après un échec viendront mille succès dans le domaine politique; même si beaucoup s’attèlent à nous parler du dégoût des français pour la chose publique, vous ne leur enlèverez pas leur optimisme. Si l’élu de 2012 n’a pas fait l’affaire, tant pis, c'est en 2017 qu'on choisira le bon. Avec un peu plus de 80% de participation, l’élection présidentielle est bel et bien l’élection préférée des français, porteuse d’espoir, de promesses, de rebondissements, de débat : elle tient la France en haleine.

Malheureusement, cette attente est vaine, pire, elle paralyse l’action politique. En effet, le quinquennat est coupé en deux : pendant deux ans et demi le président fraîchement élu s’attèle à défaire tout ce que l’ancien avait construit pour marquer la rupture, puis tient quelques-unes de ses promesses histoire de flatter son électorat, et fait passer une loi phare qui lui vaut quelques turpitudes; pendant les deux années qui lui restent, il s’immobilise en croisant les doigts pour que sa loi emblématique porte ses fruits afin de pouvoir la défendre lors de la future campagne présidentielle.

C’est ainsi que François Hollande est revenu sur la réforme des retraites, puis a fait adopter le mariage pour tous, pour enfin défendre corps et âme la loi Macron: un fourre-tout qui, espérons-le, sera un franc succès. Une fois ce travail achevé, le Président voulant laisser le sale boulot à son Premier Ministre histoire d’être certain qu’il ne se présentera pas aux primaires de son parti, va se concentrer sur les questions internationales : son domaine réservé. Une manière assez habile de redorer son blason. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy laissa François Fillon batailler seul sur les questions de retraite et de chômage pour aller délivrer la Libye. Noble initiative, piètre résultat. Mais qu’importe aujourd’hui ? François Hollande, avec un ton des plus grave et solennel, ne parle que de mettre un terme à la guerre en Syrie.

Et pendant ce temps, les médias spéculent : Hollande sera-t-il candidat en 2017 ? Si oui, face à qui ? Ira-t-il au deuxième tour ? Qui sera le candidat de la droite ? Va-t-on assister à une primaire ouverte avec le centre pour faire barrage aux extrêmes ? Marine Le Pen sera-t-elle présente au second tour ? Dans ce flot de questions dont personne ne connaît la réponse, chacun essaie de donner la sienne : des sondages presque hebdomadaires sur l’élection de 2017 sont publiés 2 ans avant sa tenue. Ces sondages n’ont aucune valeur, ils ne veulent rien dire, et ne servent à rien d’autre qu’à alimenter les chaînes de désinformation continue. On assiste même à des émissions dont le seul sujet est de discuter de qui sera candidat.

Oui, on peut le dire: le monde politique est à l’arrêt, car dans cette bataille des égos les grandes perdantes sont les idées. Le pays en overdose de critique du président Hollande ne mourra que par manque d’alternative concrète. Chercher qui sera le prochain président ne sert guère à trouver comment le pays va pouvoir faire face aux défis qu’il doit relever. Nous, français, peuple libre et profondément républicain avons renoué avec une monarchie présidentielle dans laquelle tout repose sur les épaules d’un seul homme, adulé pour nous avoir menti de la meilleure des manières, critiqué pour avoir mieux réussi que les autres à avoir les faveurs du peuple : le monarque français ne se fera pas encore couper la tête, parce que nous en sommes sûrs, le prochain sera le bon. De toute manière comme le disait ci bien notre cher Jacques Chirac :"Les promesses n'engagent que ceux qui y croient".

Clara Michielini @ClaraMchln

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