Rechercher sur le site !

Climat : quand le monde a rendez-vous avec l’histoire

100
100

C’est le nombre de jours qui nous séparent de la COP21. Et alors que la Conférence de Paris sur le Climat de décembre se profile à grands pas, la situation économique et politique internationale actuelle semble avoir totalement éclipsé la question climatique. Malgré les alarmes répétées d’experts du climat, tel que le GIEC (Groupe International d’Experts sur le Climat), de personnalités politiques comme Al Gore, vice-président de Bill Clinton, très engagé sur les thématiques environnementales, les gouvernements ne parviennent pas à s’accorder sur des réformes communes. Les sommets internationaux se succèdent laissant souvent un goût amer comme celui de Copenhague en 2009 où la COP15 a abouti à un accord visant à ne pas dépasser une augmentation moyenne de 2 °C en 2100 sans pour autant dresser un programme de réformes concrètes pour y parvenir. Une hausse maximale de 5°C est finalement évoquée par les experts, la limite fixée des 2°C semblant déjà être dépassée…

Mais ce paradoxe n’est pas l’apanage des élites dirigeantes. Ainsi si les sociétés sont convaincues de la responsabilité humaine dans le processus de réchauffement climatique, les défis énergétiques et environnementaux stagnent bien souvent dans le bas du tableau des priorités électorales.

Le chemin vers un accord mondial sur le climat est long, et ses contours encore flous mais il est certain qu’il doit d’abord commencer par une prise de conscience collective.

Un état des lieux accablant

   Les conclusions du dernier rapport du GIEC sont sans appel : la situation est catastrophique. S’il ne fait pratiquement plus aucun doute que le réchauffement climatique est lié dans sa quasi-totalité aux activités humaines, les conséquences de ce réchauffement semblent avoir été largement sous-estimées au cours des précédents rapports.

Ainsi :

infographie climat
infographie climat
  • La température moyenne mondiale (terre et océans) a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012 ; et chacune des trois dernières décennies a été plus chaude que la précédente et que toutes les autres décennies depuis 1850.
  • Dans le même temps, l’effet « refroidissant » des aérosols -particules soufrées en suspension dans l’atmosphère émises principalement par les volcans- est revu à la baisse.
  • Les puits de carbone - réservoirs absorbant le CO2 atmosphérique (forêts, océans…)-sont saturés.
  • Le volume de la cryosphère c’est-à-dire toutes les parties de la surface de la Terre où l’eau est à l’état solide incluant les banquises et calottes polaires est en diminution constante et participe à la hausse du niveau moyen des océans. Celui-ci pourrait s’élevait de 82 cm d’ici la fin du XXIème siècle : une personne sur dix vit aujourd’hui dans une zone menacée par la montée du niveau des eaux.

Le réchauffement de la terre provoque des dérèglements climatiques majeurs : les experts s’attendent ainsi à une augmentation des précipitations à l’échelle planétaire d’ici la fin du 21ème siècle ainsi qu’à une multiplication du nombre de tempêtes tropicales, de cyclones de sécheresses… Les régions humides aujourd’hui deviendront globalement plus humides et les zones sèches de plus en plus sèches.

La surpêche, doublée de la destruction des écosystèmes marins mène à une inexorable désertification des océans envahis progressivement par les méduses.

Pourtant si ces changements climatiques sont régulièrement évoqués et connus de tous, les répercussions de ce réchauffement sont, elles, trop souvent mal comprises et sous-estimées :

infographie climat 2
infographie climat 2

Ainsi, concernant les ressources alimentaires et en eau potable, la modification des schémas de précipitation affecte les rendements agricoles et accroit les risques de famines dans les pays en développement.

Dans les régions urbaines, l’espérance de vie diminue à cause de la pollution de l’air et de l’eau. De la même manière, les risques de cancer sont en nette augmentation.

On constate également différentes évolutions significatives dans la répartition géographique de certaines maladies liées à l’eau ou dites « à vecteur », c’est à dire des maladies transportées par des animaux et des insectes. Par exemple, le changement des conditions climatiques dans le sud de l’Europe pourrait favoriser l’arrivée de moustiques porteurs de la dengue ou du Chikungunya.

Le réchauffement climatiques tend également à creuser les inégalités dans la mesures ou les premières victimes de ces bouleversement sont les pays déjà les moins développés. Le risque de violences, de conflits, de guerres civiles est accru…

Et la liste est encore bien longue… Pourtant rien n’y fait. Les émissions de carbones s’envolent, les déforestations continuent, le thème du développement durable s’est banalisé.

Rien n’y fait parce que le changement climatique est lent et progressif donc imperceptible au quotidien.

Rien n’y fait parce que les ressources en énergies fossiles dont on imaginait l’épuisement à l’horizon des années 2020 ne sont finalement pas aussi rares que ce qu’on laissait entendre.

Rien n’y fait parce le charbon peu couteux représente encore 75% de la consommation d’énergie mondiale…

Il est néanmoins regrettable qu’il soit souvent nécessaire d’attendre une catastrophe naturelle pour que les lignes bougent et que les gouvernements se penchent enfin sur le dossier climatique. Ce fut le cas de l’Australie qui après avoir été frappée par une sècheresse sans précèdent finit en 2012 par ratifier le protocole de Kyoto signé quinze ans plus tôt…

Si la priorité est donnée aux questions d’ordre économique, et bien changeons notre façon de considérer les défis environnementaux. Cessons par exemple de penser la transition énergétique simplement en termes de normes et de contraintes, mais considérons-la comme un formidable vecteur de croissance. Mieux encore. Faisons-en un projet de société ! Elle est inévitable, faisons-en le choix plutôt que de la subir. La France a les moyens, les capacités, les ingénieurs pour mener à bien cette transition. Le travail a déjà été amorcé, douze scénarios ont été élaborés afin d’assurer la transition. Du tout nucléaire au tout renouvelable, des chercheurs et ingénieurs français ont déjà donné les pistes et la démarche à suivre. Il ne s’agit plus maintenant que d’une question de volonté.

Faisons de la transition énergétique un projet de société!

La transition énergétique, une solution à la crise

La transition énergétique marque le passage d’un système énergétique basé sur les combustibles fossiles à un nouveau reposant sur les énergies renouvelables mais aussi nucléaires. Le but recherché est une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère afin de limiter des répercussions imprévisibles sur le climat.

Elle couvre ainsi un vaste volet d’activités allant de la production d’énergie aux rénovations thermiques des bâtiments. Or ce sont les secteurs résidentiels, de l’industrie, des transports, ou la production d’électricité et du chauffage qui sont responsables 75% des émissions de CO2. Ce sont donc dans ces domaines qu’il faut concentrer les efforts.

  La solution n’est toutefois pas unique. Il n’y pas qu’une transition énergétique possible, celle-ci se décline en une vaste gamme de scénarios, plus ou moins en adéquation avec les infrastructures et investissements actuels: les deux plus connus sont Negawatt qui propose de concentrer la totalité des financements sur les énergies renouvelables en particulier les technologies photovoltaïques, tandis que Negatep fait le pari du tout nucléaire en développant notamment le projetIter qui utilise l’énergie des fusions nucléaires rejetant bien moins de déchets radioactifs que les fissions actuelles. Ces deux scénarios sont complétés par un éventail de dix options intermédiaires partagées entre énergies renouvelables et nucléaires.

infographie transition énergetique
infographie transition énergetique

Cependant, la volonté d’abandonner les traditionnelles centrales thermiques ne peut venir que de l’exécutif : il doit à la fois agir, donner l’exemple et encourager les citoyens à mener chacun leur propre transition.

Agir en optant pour un des scénarios retenus par la Commission de l’Energie, et s’y tenir en se donnant les moyens pour y parvenir.

Donner l’exemple en rénovant la totalité des bâtiments publics afin d’en optimiser l’isolation thermique et donc réduire leur consommation.

Encourager par des politiques fiscales avantageuses sur les « habitations propres », des aides pour une inciter les particuliers à une rénovation thermique, des subventions pour l’acquisition de véhicules électriques ou hybrides voire même des baisses de tarifs sur les emplacements de parking !

La transition énergétique n’est pas seulement la solution à la crise environnementale que nous traversons, elle peut être aussi une réponse au marasme économique ambiant. Ce sont des millions d’infrastructures à équiper, à renouveler, à moderniser ; c’est une expertise à acquérir, un savoir-faire à maitriser qui pourra ensuite s’exporter à nos voisins européens puis au reste du monde. La France doit être un moteur, un précurseur exactement comme elle a déjà été au XVIIIèmesiècle en véhiculant les idées des Lumières. L’enjeu est tout aussi grand.

L’urgence de la situation ne nous permet pas de nous satisfaire d’un résultat moyen, le réchauffement climatique est enclenché, et ses conséquences sont irréversibles ; Il en va de la responsabilité de chacun de faire en sorte que la Conférence sur le Climat à Paris  soit une réussite, c’est une nécessité : aux dirigeants revient la responsabilité de tout mettre en œuvre pour parvenir à un accord ambitieux, de laisser de côté les différents diplomatiques, les rancœurs pour se focaliser sur le bien commun. Aux médias incombe la difficile mission de démocratiser les débats, d’en faciliter l’accès au plus large public, d’informer de l’état des négociations de façon objective et claire loin de toute polémique. Enfin il est impératif que chacun d’entre nous prenne le temps de s’intéresser à cette conférence, de prendre conscience que nous pouvons tous agir à notre niveau, que c’est notre avenir et celui des générations futures qui est en jeu. La COP21 est sans doute le seul espoir d’inverser la tendance car pendant l’espace de quelques jours seulement la question climatique occupera le premier plan sur la scène mondiale. Elle porte l’espoir de sept milliards d’individus et de leurs enfants, et pour ce faire elle  devra s’inscrire sous un seul leitmotiv alerter, informer, agir. Aujourd’hui la seule question qui vaille est : Quel monde voulons-nous ? La Terre est un bien commun et universel ; en décembre, il faudra réaliser quelque chose d’historique, quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant. Pour la première fois, le monde entier devra s’accorder parler d’une même voix pour mettre en place un premier programme mondial de réformes exigeantes et ambitieuses. Cependant, la COP21 ne pourra être un succès que si la totalité des gouvernements -chacun soutenu par l’opinion- accompagne collectivement et de façon unanime les mesures et directives qui seront proposées.

En décembre, nous avons un rendez-vous avec l’histoire qu’il nous est interdit de manquer._

Où en est la gauche ?

Sur tous les fronts