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Sur tous les fronts


FEUILLETON (ÉPISODE 5)


Résumé de Solférino, notre feuilleton de l’été : Automne 2016. DSK et François Hollande sont au second tour de la primaire organisée par le PS en vue de l'élection présidentielle de 2017. DSK est arrivé en tête au premier tour.


DSK respirait à plein nez le parfum de la victoire. Arriver premier après avoir été trainé dans la boue pendant cinq ans était inespéré. Il affichait un sourire immense. De son coté, François Hollande prit très vite acte des résultats par un communiqué. C’est accompagné de Ségolène Royal, son ancienne compagne et ministre des affaires étrangères depuis la démission de Laurent Fabius, que le Président de la République se présente devant les caméras, à son QG de campagne dans le 15e arrondissement de la capitale.

Bien qu’arrivé deuxième à l’issue du premier tour, Francois Hollande se montre confiant à son entourage, en particulier à Bernard Cazeneuve a qui il confie au téléphone :
"Bien sûr, je suis déçu de ne pas être en tête, mais ce n'est pas fini, notre action est récompensée alors que nous avons face à nous un adversaire qui était attendu depuis plus de 5 ans."
"Nous avons fait mentir les sondages qui m’ont toujours donné largement perdant pendant 4 ans."
Face aux caméras, il semblait extrêmement ému :
« Lorsque l’on est insulté pendant quatre ans, alors que l’on donne tout pour son pays, ce n'est pas facile. Mais voir qu’ensuite nos compatriotes ont encore confiance en vous et vous récompensent, cela vous donne la force de continuer et d’aller au bout ».
François Hollande retrouvait espoir. En effet, DSK était réellement à portée, seulement 15 000 voies les séparant pour plus d'un million de votants. DSK justement, restait très prudent à la suite de ce résultat. Certes, il menait la danse, mais il s’était fait surprendre par la ténacité de Hollande. Il répétait à qui le voulait bien qu’il « s’est déjà laissé endormir une première fois, cela n’arrivera pas une seconde fois ».
DSK allait-il être à la hauteur ? Ses soutiens commençaient à douter, à commencer par Pierre Moscovici, étrangement silencieux, mais lui assurait qu’il allait gagner cette primaire et rattraper ce rendez-vous manqué de 2012. Pour lui, ce n’était qu’un retard, François Hollande avait été le Président le plus impopulaire de la Ve République car il aurait du être élu à sa place et cette erreur serait bientôt réparée. D’ailleurs, selon les sondeurs le second tour devrait lui donner l’avantage.
Puis, on vit apparaitre le visage de Manuel Valls quelques heures après l’annonce des résultats du premier tour des primaires :
« Cette progression par rapport à 2012, c’est le résultat de cinq années au plus haut niveau, de cinq années d'un travail qui a commencé à porter ses fruits. Comme je l’ai toujours affirmé, ce travail n’est pas terminé, c’était le sens de ma candidature et c’est également le sens de mon soutien indéfectible au Président de la République. Nous nous devons de poursuivre nos réformes, pour la France. »
Manuel Valls balayait d’un revers de la main les spéculations concernant sa rupture avec François Hollande. « Opportunisme et soif de pouvoir », pour reprendre l’expression de Nicolas Sarkozy ? « La suite logique des évènements » comme le conjecturait Emmanuel Macron ? Il est encore trop tôt pour le savoir, en revanche ce qui était sûr, c’est que le chef de l’État venait de s’adjuger un soutien de poids.
À tous les égards, le grand perdant de la soirée était incontestablement Arnaud Montebourg. L’homme à la marinière avait alors l’intime conviction que les français souhaitaient comme lui une réorientation à gauche de la politique ; or ils venaient de lui prouver le contraire en privilégiant le social-libéralisme à la sauce bruxelloise. Et ça, Arnaud Montebourg mettra un moment avant de s’en remettre. Comme pressenti, il se contente de remercier ses électeurs, ne soutient personne et entame alors certainement une traversée du désert. En off, ses soutiens estiment qu’ils ont fait une erreur en le propulsant candidat et « qu’il aurait fallu que Christiane [Taubira] y aille ».
La semaine était riche en actualité : la dette grecque donnait une nouvelle fois lieu à des négociations interminables à Bruxelles, Vladimir Poutine menaçait la France de représailles économiques suite à une nouvelle salve de sanctions, Nicolas Sarkozy enchainait meeting sur meeting et démarrait sa campagne en trombe... Tant de dossiers qui s'empilaient sur le bureau du Président-candidat. Epuisé, il ne dormait que quelques heures par nuit. Une fatigue qui commençait à se faire ressentir, d'après ses proches.
La semaine fut enfin marquée par une soirée organisée par le banquier proche du Parti Socialiste Matthieu Pigasse, à laquelle son ami Dominique Strauss-Kahn répondit évidemment présent. Des photos circulent sur le net, montrant un ancien président du FMI souriant et jovial, entouré de grands patrons et de banquiers.
Une image dont s'emparent immédiatement les extrêmes : Jean-Luc Mélenchon, dans une allocution télévisée, tape fort :
"On marche sur la tête ! C'est la preuve encore une fois que le PS est à la merci des banquiers, et les pauvres militants socialistes n'ont le choix qu'entre le banquier Macron avec Hollande, et le banquier Pigasse avec Strauss-Kahn !"
Florian Philippot aussi ira de sa petite phrase sur Twitter, les cadres du FN suivront et exploiteront jusqu'à l'usure les quelques éléments qui auront fuité de cette soirée. Les fronts (National et de Gauche) se déchainaient.
Cependant, l’absence de Hollande au rassemblement de tout l’establishment socialiste fut remarqué et commenté. Lorsque l’on l’interrogea à ce sujet, il eut ces mots :

"Je suis Président de la République, et j’ai mieux à faire que de parader dans des cocktails."

Et Dominique Strauss-Kahn de répondre par une allusion tout aussi franche :

"Gouverner trop coupé du monde, sans consulter des gens compétents ne peut pas donner des résultats probants, c’est pourquoi je prends conseil."

La semaine fut évidemment riche en interventions médiatiques, tant et si bien que les éléments de langages finirent par prendre le pas sur la conviction et le débat. En résumé, le second tour arrivait à point nommé.

« Il est 20h, nous allons vous dévoiler les résultats de la primaire socialiste dans quelques instants... ». Les chaînes prévoyaient des émissions spéciales et les militants étaient dans l’attente. Les résultats s’annonçaient d’ores et déjà serrés, si bien que les équipes étaient parés à toutes les éventualités, ne sachant qu’attendre.

Peu de temps après l’annonce officielle, il sortit des coulisses et s’avança sur la scène louée pour l’occasion. La musique était entraînante, le vent frais et la foule criait. Agitant sa main, il remercia longuement ses soutiens, et donna son discours lançant pour de bon sa campagne présidentielle. Il était prêt. Depuis toutes ces années, il a toujours cru en son destin, en sa bonne étoile. Et même lorsqu’il était au plus bas, même lorsque Rue de Solférino on a qualifié sa victoire d’« accident », il a continué à y croire. Et tout cela a payé : en attendant Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou un autre, François Hollande était en route vers un second mandat.

FIN

Matthieu Pequegnot

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