Dans l'arène


FEUILLETON (ÉPISODE 4)


Résumé de Solférino, notre feuilleton de l’été : Automne 2016. Les élections présidentielles approchent et le Parti Socialiste, qui gouverne depuis 5 ans, organise une primaire, à laquelle participent François Hollande, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn. Tandis que le premier tour approche, les candidats vont avoir l'occasion d'échanger au cours d'un débat qui s'annonce passion. 

Il avait suffi à la maire de Lille d'une interview pour créer la surprise. Les titres de presse étaient d’ailleurs révélateurs : pour Le Monde, c’est « Un camouflet certain ». Marianne parle d’« un signe de faiblesse ». Le Figaro avance même que cette nouvelle est « le signe d’un retour pas si réussi, même assez mitigé ». En effet, l’annonce du non-ralliement de Martine Aubry qui ne soutiendra finalement aucun candidat mais votera « en son âme et conscience » a clairement mis un coup d’arrêt à la campagne de DSK.

Certes, la maire de Lille n’a été que très peu présente médiatiquement ces dernières années, mais elle garde un crédit très élevé auprès des militants socialistes, et pour Dominique Strauss-Kahn, ce non-ralliement représente beaucoup : non seulement l’accélérateur espéré n’aura pas lieu, mais c’est surtout les raisons avancées par les proches de Martine Aubry qui peuvent inquiéter. En off, un de ses fidèles soutiens évoque « une incompatibilité liée à l’image encore très écornée de DSK. » Après tout, peut être que les journalistes sont allés trop vite en besogne en parlant de retour réussi et d’incidents oubliés en faisant référence aux multiples affaires dans lesquelles DSK est impliqué.

Heureusement pour l’ancien directeur du FMI, qui reste le favori des sondages, ce coup d’arrêt passe vite aux oubliettes car un moment décisif de la campagne se profile, le 20 novembre 2016 : le débat. Retransmis en direct sur France 2 et modéré par le duo David Pujadas - Laurent Delahousse, les échanges commencent avec un Arnaud Montebourg très incisif. Il sait que sa campagne n’a pas eu le rebond espéré et que c’est sa dernière chance de décoller dans les sondages. Gesticulant comme un diable sorti de sa boîte, les lunettes volant au gré de ses phrases déclamées avec talent et le regard perfide, Arnaud Montebourg avait décidé de frapper. Et fort. Le candidat de l’aile gauche du PS met effectivement la barre à gauche et critique la quasi-totalité de l’action gouvernementale, accusant même le couple de l’exécutif d’avoir « trahi et abandonné le peuple français qui attendait la concrétisation des promesses du Bourget ». Il poursuit :

« Nous ne retrouverons pas le chemin du bien-être pour tous sans un soutien appuyé aux ménages les plus modestes et une augmentation des impôts pour les revenus aisés. »

Le Président ne se fit alors pas prier et répliqua :

« - L’esprit du Bourget, il est toujours présent ! Nous avons aussi eu le mérite d'être pragmatiques. Nous avons su prendre les décisions qui s'imposaient. Et cela a marché. Prenez le chômage, il est en baisse depuis maintenant plus d’un an.

- Ne pensez-vous pas qu’il est plus facile de faire baisser le chômage après que celui ci ait connu une hausse historique, lors des trois premières années du quinquennat ?

L'intervention de DSK surprit dans un débat qui se déroulait jusqu'alors à fleurets mouchetés.

Si j’avais été président,

Il s'interrompit, comme s'il réalisait alors le sens de la phrase qu'il venait de prononcer.

"J'aurais pris des décisions plus fortes. Par exemple, sur la Grèce, le rôle majeur que doit jouer la France n’a pas été suffisamment bien joué. Il aurait fallu marquer une rupture »,

Plus tard, cette intervention lui sera reprochée par le clan Hollande, reprochant à DSK d’utiliser un ton hautain.

Ainsi se poursuivit le débat : pris en tenaille entre Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn, tous deux très offensifs et critiques, François Hollande essayait de montrer que les cinq années passées au sommet de l’État l’avaient changé, qu’il avait une stature d’homme d’Etat supérieure aux autres. On était bien loin de la caricature qui était faite de lui au début du mandat. Le pouvoir l'avait changé. Il n'était plus l'homme aux éléments de langage maladroits et à la cravate mal portee. Il avait acquis une réelle stature et cela transparaissait a l'écran.

Tandis qu’on l’attaquait sur l’absence d’un cap clair de politique générale, il eut cette formule qui fit passer ses adversaires pour des politiciens dogmatiques et inexpérimentés :

« On a pu me faire le procès de vouloir faire une synthèse. Mais je crois qu’il est un devoir pour le Président de la République ; C'est celui de rassembler. Et ceux qui ne prennent pas cette obligation pour une priorité ne sont pas dignes d’être Président de la République. Je le dis pour la droite comme pour la gauche, c'est ma conviction et elle est intacte après 5 ans de pouvoir."

Une façon de s'en prendre au très clivant Nicolas Sarkozy, de nouveau candidat, et qui avait été son meilleur argument pour lui permettre d'accéder à l'Elysee en 2012.

Dans ce tumulte, on en oubliait presque le Premier Ministre. Manuel Valls se faisait en effet assez discret, se contentant de brèves remarques, sans avancer de réelles propositions. Mais alors que ses soutiens s’impatientaient, qu’Emmanuel Macron avait de plus en plus de mal à cacher sa mine déconfite et qu’on entrait dans la dernière heure de débat, Manuel Valls se réveilla.

À une énième remarque de DSK sur le manque de consistance du quinquennat, il répondit sans laisser le temps de répondre à son adversaire :

« Pendant cinq ans nous avons du redresser un pays qui était dans une situation catastrophique du fait de 20 ans d’immobilisme. » Il reprit et alla plus loin : « Pendant cinq ans, nous étions au sommet de l’état et nous devions prendre chaque jour des décisions capitales. Vous nous parlez de cap ? Notre cap était simple : l’amélioration du quotidien des français. »

Ayant alors montré qu’il assumait les cinq dernières années, il put alors défendre sa vision des choses. Il souhaite une social-démocratie française, prenant en exemple Gerhard Schröder car « il a fait entrer l’Allemagne dans le XXIe siècle et a su rassembler, ce qui a cruellement manqué en France ».

« - Mais comment comptez-vous mettre en place cette social-démocratie ? lui demanda David Pujadas. N’est-ce-pas au fond une idée plus que des actions concrètes ? - Tout d’abord, en bouleversant le code du travail, répondit Valls. Sa lourdeur et sa rigidité sont un mauvais signal pour nos entreprises. ».

Les hostilités étaient réellement lancées. Manuel Valls montrait alors sa capacité à proposer des solutions fortes, bien que discutables, plutôt que d’entrer dans des débats stériles. Quelques minutes après cette tirade du Premier Ministre, Jean-Luc Mélenchon décocha une nouvelle flèche sur Twitter :

« Temps de travail : comment tromper les français sur la marchandise en se présentant sous la bannière socialisme… #SocialTraitre #DébatPS ».

Riche en émotions et petites phrases, le débat se termina de manière plus calme.

La dernière semaine de la campagne fut marquée par la révélation , par Libération, d’un clash entre le Président et son Premier Ministre, le premier accusant le second de faire semblant d’assumer l’héritage du quinquennat pour mieux le renier et montrer sa différence. Cela ne présageait rien de bon convenant une éventuelle alliance si l’un des deux n’était pas au second tour dimanche…

« Il est 20h, et nous avons les résultats officiels du premier tour de la primaire ». C’était la voix calme et grave du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis qui annonçait les résultats : DSK était en tête à 31%, suivi par François Hollande à… 30,5%. Manuel Valls était troisième à 24,5% et Arnaud Montebourg clôturait la marche à 14%. Les sympathisants socialistes avaient donc plus privilégié le couple de l’exécutif que ne l’avaient prévu les sondeurs.

Matthieu Pequegnot

@Matt_Pgn

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