Rechercher sur le site !

L'invité mystère

FEUILLETON (ÉPISODE 3)

Résumé de Solférino, notre feuilleton de l’été : Automne 2016. Les élections présidentielles approchent et le Parti Socialiste, qui gouverne depuis 5 ans, organise une primaire. Les candidats déclarés sont François Hollande, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, mais c'est sans compter sur l'arrivée d'un nouveau concurrent que personne n'attendait.

La voix était rassurante, le visage familier, le ton assuré. Des frissons parcoururent tous les membres de la rédaction, qui assistaient à cette prise de parole à laquelle personne ne s’attendait. Les autres rédactions s’enflammaient, alors que sur les grandes chaines les journaux télévisés refermaient tranquillement leur bulletin, sans présager du coup de tonnerre qui venait de s’abattre. Après quelques secondes de flottement, l’interview reprit :

« En tant qu’ancien ministre de l’économie et directeur du FMI, j’estime avoir l’expérience et les compétences nécessaires pour conduire notre pays. »

Dominique Strauss-Kahn était de retour.

Personne ne l’avait vu venir. Depuis ses commentaires lors de la crise grecque, l’ancien patron du FMI s’était montré très discret dans les médias. Plus personne ne se méfiait. Tous s’accordaient à dire que DSK souhaitait réellement se poser en tant que commentateur du débat public, mais non en acteur. Ses déjeuners avec quelques députés frondeurs avaient été interprétés comme des visites professionnelles autant qu’amicales.

Et pourtant, Dominique Strauss-Kahn était candidat. Et pourtant, il faisait les titres de la presse française, mais aussi étrangère. Il semblait susciter une forme d’espoir qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans la scène politique française, devenue assez morne depuis quelques années. Comme si la politique venait de renaître et de retrouver son sel qui lui donne un goût si particulier..

Dans un long entretien qu’il donne à L’OBS, Dominique Strauss-Kahn balaye les critiques sur sa vie personnelle, sans toutefois les occulter :

« Mon image a été durement touchée ces dernières années. Je ne cherche pas à passer pour une victime ou à faire comme s’il ne s’était rien passé. Cependant, j’estime que mon expertise et mon expérience peuvent permettre d’arranger les choses. »

Il ajoute, comme une attaque au machiavélique François Hollande, dont chaque mouvement était désormais vu dans la presse comme une partie de sa stratégie de reconquête :

« Si les gouvernements pouvaient se préoccuper un peu plus de ce pourquoi ils ont été élus, plutôt que de savoir comment ils vont gagner les prochaines élections, les choses iraient mieux. C’est mon objectif. C’est pourquoi je n’effectuerai qu’un seul mandat avec un objectif simple : que la France soit la première puissance en Europe. »

Un slogan avec la France comme première puissance économique en Europe, une annonce avec la promesse de ne faire qu’un seul mandat pour pouvoir faire toutes les réformes nécessaires : DSK met un coup de pied dans la fourmilière absolument monumental.

« Blitzkrieg » titre habilement le Huffington Post, qui y voit une façon pour Strauss-Kahn de prendre de court tous ses adversaires.

« Le sauveur ? » titre Le Point avec une photo de DSK au regard vers le ciel, ne manquant plus que l’auréole pour en faire un ange de crèche.

« Il n’a pas cherché à faire oublier son passé, ce qui aurait fortement déplu à l’opinion publique mais a réussi à paraître apaisé. DSK a semblé très incisif tout en essayant de rassembler l’ensemble du parti. Une synthèse digne d’un François Hollande, en somme… »

C’est ainsi que Natacha Polony clôturait sa revue de presse quelques jours après l’intervention de DSK, pointant du doigt son retour plutôt réussi.

Dans ce tumulte qui dura plusieurs semaines, Arnaud Montebourg peinait à exister.

« Est ce que tu dois vraiment y aller ? » lui demande Aurélie Filipetti, inquiète.

«- Je le crois. C’est mon devoir après tout. »

Un enfant, son fils, croisa son regard. Laissant le chevalier à la marinière pensif. Il avait été le plus durement touché par le retour de DSK : alors qu’il commençait à rassembler la partie frondeuse du PS, Dominique Strauss-Kahn avait réussi en l’espace d'une semaine à  retourner complètement l’électorat qui semblait alors promis.

Au-delà de la sphère médiatique qui était alors en feu, c’est toute la sphère politique qui se met en branle autour de cette annonce-choc. La droite se montre sidérée par la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Certains soulignant ses ambitions personnelles démesurées, d’autres arguant que la fonction présidentielle s’en trouvait abaissée, Eric Ciotti y voyant un pacte Hollande-Strauss Kahn pour permettre au second d’être élu à la place du premier. Un député, il fallait s’y attendre, dérape sur Twitter et écrit :

« Le PS veut mettre un violeur à l’Elysée.. Exemplarité ?? #MoiPrésident #DSK »

Et pourtant, dans un sondage qui parut la semaine suivant son annonce de candidature, Dominique Strauss-Kahn pointait en tête : 32% des intentions de votes chez les sympathisants socialistes. François Hollande le talonnait à 30%. Son Premier Ministre était crédité de 22% des suffrages, suivi par Arnaud Montebourg qui avait vu son score chuter à 16%. Montebourg était bel et bien le plus touché par le retour aux affaires de DSK. La grande muette de cette élection allait devoir se confier. Tapie dans l'ombre durant l'ensemble du quinquennat, Martine Aubry allait se révéler : plusieurs journaux l'affirmaient, certains prédisant un ralliement au clan Montebourg, d'autres suspectant une alliance avec DSK. Après tout, il avait bien voté pour elle lors de la primaire de 2011... Ce n'était qu'un juste retour des choses. Et le retour à la gauche du PS de DSK l'arrangeait bien, tout compte fait. Elle pouvait même rêver, en soutenant le gladiateur abattu en plein vol en 2011, obtenir un poste de Premier Ministre. Et effectivement, Le Parisien révéla, quelques jours plus tard, un déjeuner entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Photos à l'appui, le quotidien montrait l'entente cordiale qui semblait se dessiner entre l'ancienne première secrétaire et l'ancien favori à la course à l'Elysée. L’ambiance rue de Solférino était tout bonnement exécrable. A l'Elysée, François Hollande regardait sereinement les chaines d'information en continu. Le visage de DSK, omniprésent, le défiait par écrans interposés. Il était prêt.

À SUIVRE

François d'Estais @fdestais

Matthieu Pequegnot @Matt_Pgn

Tous les développements et paroles développés dans ce feuilleton sont de lordre de la fiction et ne sauraient être ni le reflet de la réalité ni celui de lopinion de lauteur.

Qui sera le candidat de la gauche en 2017 ? Partagez vos réactions à ce feuilleton avec le hashtag #Solférino sur les réseaux sociaux !

Dans l'arène

La loi Macron vue de l'étranger