La loi Macron vue de l'étranger

VU DE L'ETRANGER

Le 16 juin, le premier ministre, Manuel Valls, a décidé d’engager la responsabilité du gouvernement, en vertu de l’article 49.3 de la Constitution, lors de la relecture de la Loi Macron à l’Assemblée. Permettant au gouvernement Hollande de contourner l’opposition des frondeurs et des écologistes, cette décision a choqué la  presse anglo-saxone qui y voit un acte quasi-dictatorial. Retour sur leurs réactions les plus vives.

The Economist fait part de son étonnement face à ce passage en force et s'ébahit du le fait que cet acte soit constitutionnellement possible en France.

Pourtant ce n’est pas pas tant Manuel Valls qu'Emmanuel Macron que l'on voit blâmé dans cette affaire, qualifié de « simple banquier-d’investissement-transformé-en-ministre-de-l’économie ».

Le journal anglais semble penser que cette réforme sera sans doute la dernière du quinquennat du gouvernement Hollande. De manière générale, c’est à Manuel Valls qu’on reconnaît un coup de maître pour avoir fait passer cette loi, tandis que The Economist reproche à François Hollande, au moment du passage d'une des réformes majeures de son mandat, de se comporter en homme politique en campagne plutôt qu'en président en exercice dans une France affaiblie.

Le Wall Street Journal au contraire y voit l’action d’un homme ayant compris qu'il faut convaincre les électeurs, à l’approche des élections régionales, de « voter pour des représentants qui comprennent la nécessité d’une réforme en faveur de la croissance ».

Le journal ne manque pas de rappeler “l’estime que mérite également M. Macron pour avoir entamé des réformes favorables à la relance de la croissance, à la libéralisation du marché du travail et à l’introduction à la concurrence des professions réglementées”. Les règlementations sur le travail dominical sont sans doute celles ayant le plus attiré l'attention.

Le New York Times voit dans la réforme un changement culturel radical pour les citoyens français, habitués à l'interventionnisme et à la forte protection des syndicats face à une concurrence "à mains nues" commune en Grande-Bretagne et les États-Unis. On reconnait à la France - qui a longuement été critiquée pour ses lignes d'austérité, souvent considérées, notamment par les Américains, comme anti-capitalistes - le changement radical effectué en passant de Arnaud Montebourg à Emmanuel Macron et sa "volonté réformiste" (Financial Times).

Le Irish Times qualifie même ce dernier de "grand artisan du pacte de responsabilité" annoncé en début d'année 2014. Le Wall Street Journal, partisan de ces mesures, relève néanmoins que ce passage en force démontre de manière flagrante « l’état de la politique française » et notamment du Parti Socialiste qui se durcit sur ses positions.

Ce passage en force ne fait que mettre en lumière les faiblesses d'un gouvernement ne pouvant acquérir une majorité dans ses propres rangs face à la nécessité d'une réforme majeure. Malgré cette réforme libérale, c'est de nouveau l'interventionnisme français qui a lourdement été critiqué lors de la visite de Emmanuel Macron aux Etats-Unis. Celui-ci est sensé relancer la délocalisation des entreprises américaines vers la France mais après une nouvelle tentative ratée dans l'affaire Bouygues Telecom, le passage de la Loi Macron ne semble pas avoir réveillé l'intérêt des financiers américains.  Le Wall Street Journal, fidèle à sa ligne éditoriale, en conclut :

"La meilleure façon d’attirer les investisseurs étrangers est de ne pas se mettre sur leur route”.

Inès d'Haultfoeuille

L'invité mystère

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