Gauche plurielle

FEUILLETON (EPISODE 2)

  • Résumé de Solférino, notre feuilleton de l'été : Automne 2016. Les élections présidentielles approchent et le Parti Socialiste, qui gouverne depuis 5 ans, doit se trouver un candidat. François Hollande vient d'annoncer la tenue de primaires au Parti Socialiste. C'est le début d'une lutte de pouvoir intense à gauche.

« Oui, je suis favorable à la tenue d’une primaire citoyenne pour désigner le candidat socialiste à l’élection présidentielle ».

Cette phrase du Président de la République eut le mérite de réveiller l’audience du congrès socialiste, jusqu’ici plus assommée qu’emballée par les discours des principaux dirigeants. Soulevant la clameur des militants et le crépitement des flashs des photographes, François Hollande affichait une mine déterminée. Il prenait le risque de se mesurer à ses rivaux lors d’un vote des sympathisants, une preuve de courage alors qu’il est donné largement perdant. La fièvre retomba rapidement après cette annonce, le chef de l’État se livrant à une nouvelle phase d’autocongratulation.

Ce que peu de personnes comprirent sur le moment, c’était qu’il était en train de préparer le terrain pour un nouveau coup de tonnerre… En effet, quelle meilleure méthode pour se donner une légitimité qu’insister sur les réussites de son quinquennat passé ?

« Le chômage, il est en baisse. La France, elle a réaffirmé sa place en Europe et dans le monde. Nous avons donc parcouru une première partie du chemin. Mais j’estime que ma tâche n’est pas accomplie, que le chemin n’en est qu’à son commencement. C’est pourquoi je me porterai candidat à ces primaires, pour conduire la France, après le temps du redressement, sur le chemin du progrès…»

Et François Hollande de conclure, après une brève respiration:

« J’invite tous ceux qui ont soutenu cette politique, qui ont soutenu les actions de cette majorité, à rallier ma candidature. J’invite tous ceux qui veulent bâtir une France plus juste, une France plus grande, une France qui n’a pas peur d’elle-même. Rejoignez-moi, maintenant. Rassemblons-nous ! »

C’est un véritable coup de poker que venait de jouer le Président de la République : non seulement il se portait candidat mais il posait en plus un ultimatum à tous les membres de la majorité ! Il aurait pu tout aussi bien déclarer : « soit vous êtes avec moi, soit vous êtes contre moi ».

Et cela, les ténors du parti l’ont bien compris : dès le lendemain, Arnaud Montebourg annonce sa candidature à Frangy en Bresse, là même où il avait prononcé les phrases qui avaient conduit à son éviction du gouvernement quelques années plutôt. Le verbe toujours haut et les gestes larges, le rayonnant Arnaud Montebourg veut « s’opposer au social-libéralisme hollandiste », « redonner la parole aux pauvres gens », « engager la France dans une aventure collective de progrès et d’égalité». Son discours retransmis en live sur BFMTV et i>Télé, est scruté de près à l’Elysée. Derrière l’ex-ministre du redressement productif, on peut voir Christiane Taubira et, plus étonnant, Aquilino Morelle, les chaussures toujours impeccables, qui sera son porte-parole. Il avait confié quelques semaines plus tôt qu’il allait « taper sur Valls ». La campagne allait être riche en piques et en joutes verbales.

Manuel Valls, justement, a fait dans les jours suivant l’annonce des primaires preuve d’une étonnante discrétion. Si l’hyper-médiatique chef du gouvernement n’a quasiment pas pris la parole, on dit qu’il s’affaire en coulisses. On l’a par exemple vu dîner en tête-à-tête dans un chic restaurant parisien avec le populaire Emmanuel Macron, dont la presse relate les intentions présidentielles pour 2022. Il n’en fallait pas plus pour que Le Monde titre le lendemain « Lutte de pouvoir à Solférino ». En effet, les deux hommes savent pertinemment qu’il n’y a pas la place pour deux candidats représentant l’aile droite du Parti Socialiste. Il se profilait un ticket Valls-Macron, croyaient savoir les éditorialistes, restait à savoir lequel serait en première position.

C’est lors d’une classique interview au 20h de TF1 que Manuel Valls, répondant à la première question de Gilles Bouleau, annonce sa candidature. Dans un style très différent de celui de l’agressif Arnaud Montebourg, le Premier Ministre annonce « assumer totalement » le précédent quinquennat, mais pense amener « un autre style » au sommet de l’État. Plutôt que de marquer ses différences avec François Hollande, Valls choisit de mettre en avant son courage et sa volonté de réformes pour faire « définitivement entrer la France dans une économie en mutation ».

En dehors de ces trois hommes, qui représentent chacun un courant du Parti Socialiste, d’autres têtes peinaient à émerger, et les ralliements aux candidats se multipliaient. Pour Hollande, Ségolène Royal et Michel Sapin. Valls fut comme prévu rallié par Emmanuel Macron. Quant à Montebourg, ses lieutenants seront Christiane Taubira et son ancien collègue, avec qui il a quitté le gouvernement, Benoit Hamon.

Les autres figures du gouvernement ont soit fait part de leur neutralité, comme Bernard Cazeneuve, ou sont toujours dans l’expectative, telles que Najat Vallaud Belkacem, qui dit vouloir défendre avant tout « l’unité de la famille socialiste, dans un moment où les Français attendent bien mieux que des batailles d’ego ».

En dehors du Parti Socialiste, le flamboyant Jean-Luc Mélenchon a déjà fait part de son intention : il se présentera « quoi qu’il arrive » et ne participera bien évidemment pas à la primaire. Il étrille avec violence le gouvernement et « ce clown de Hollande » dans chacune de ses interviews. La presse, aussi bien généraliste que people, s’amuse déjà de sa proximité avec l’ex Première Dame Valérie Trierweiler, selon qui « la politique n’est pas assez à gauche ».

Du côté d’EELV, le parti est au bord de l’implosion. Malgré l’insistance de François de Rugy, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot obtient de la direction nationale d’EELV que le parti présente une candidature unique au premier tour. Candidature qui serait portée par… Cécile Duflot, mais sans le soutien appuyé d’une figure forte du parti écologiste. Il se murmure cependant d’après Le Point qu’Éric Piolle, maire de Grenoble, pourrait participer à sa campagne.

Ainsi, les candidats s’étaient révélés et les pions étaient tous placés - croyait-on. Car lorsque l’on parle de la fonction suprême de la Ve République, les choses se passent rarement comme prévu.

Il est 20h30, nous sommes à la veille de la date limite des dépôts des candidatures pour la primaire socialiste. I>Télé diffuse un débat habituel opposant Christian Jacob à Thierry Mandon, lorsque soudain l’on annonce une allocution en direct d’une personnalité politique française de premier plan. Depuis quelques minutes le regard du journaliste avait changé, il frétillait. La personnalité apparaît à l’écran. Olivier Galzi pose lentement sa première question :

- Pourquoi avez vous décidé de prendre la parole en direct ce soir ?

- J’ai décidé de me porter candidat à la primaire citoyenne de 2016 en vue de l’élection présidentielle.

La stupeur s’empare du studio.

A SUIVRE

Matthieu Pequegnot @Matt_Pgn

Tous les développements et paroles développés dans ce feuilleton sont de lordre de la fiction et ne sauraient être ni le reflet de la réalité ni celui de lopinion de lauteur.

Qui sera le candidat de la gauche en 2017 ? Partagez vos réactions à ce feuilleton avec le hashtag #Solférino sur les réseaux sociaux !

La loi Macron vue de l'étranger

A quand une Europe solidaire ?