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A quand une Europe solidaire ?

OPINION

Créer des Etats Unis d’Europe. Cette idée a traversé la tête de multiples hommes et femmes à travers les siècles. Pour certains, l'Union Européenne serait finalement la réalisation de cette ambition, tant elle est une créature inédite et visionnaire.

Employer le mot créature n’est pas anodin. Si l'on vous demandait de définir l’UE aujourd’hui, vous répondriez sûrement qu'il s'agit d'une association économique de pays avec pour certains d'entre eux la même monnaie : oui, mais que fait-on des pays qui n’ont pas cette monnaie commune,  ou des tribunaux et des lois européennes qui n’ont pas d’aspect économique et qui ne s’insèrent pas dans une logique économique ? Perdu dans un flot de traités, de déclarations et de lois, le citoyen peine à comprendre la finalité de cette créature sans visage qu'est l'UE, et qui avait pourtant était créée pour les peuples.

Revenons un petit peu en arrière. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, déclare dans la célèbre salle de l’horloge du Quai d’Orsay que la France est disposée à faire une alliance économique avec sa sœur ennemie l’Allemagne. L’étonnement est général et l’idée, révolutionnaire.

Appliquant le principe libéral selon lequel le commerce porte à la paix, la France fait le choix de la paix. Sous les auspices d'une situation pacifiée et d’une alliance purement économique, l’idée de solidarité entre les Etats européens est pourtant déjà présente. Aujourd'hui, celle-ci est évidente, et surtout nécessaire. Une nécessité d’autant plus importante à l’heure où l’Union compte 28 membres.

Seulement, comment être d’accord à 28, comment fonctionner à 28 ? Par la solidarité. Or la solidarité est une notion qui semble avoir disparu du vocabulaire européen pour laisser place à un autre mot : l’austérité. L ’austérité économique est de rigueur aujourd’hui, et cette austérité s’est installée dans l’ensemble de l’Union, des bureaux de Bruxelles aux rues commerçantes d’Athènes.

L'austérité, cette politique rigoureuse et sévère, pourrait être un des visages de notre vieux continent, qui, en ce sens, porte bien son nom.

"Vieux continent", quand on y pense, c’est une appellation triste et sévère pour un continent avec une idée nouvelle : celle de s’unir. Comme beaucoup aiment le dire, l’Europe est trop vielle pour se séparer mais trop jeune pour se lier. Nous voici encore perdus, perdus au croisement d'un chemin où nous devons choisir entre deux directions : le fédéralisme ou le souverainisme. Là est en effet le débat aujourd’hui : savoir si nous restons figés à une union économique qui montre ses limites, ou si nous avançons  vers une union politique.

Or, aujourd’hui le débat est plutôt à la question de savoir si les Grecs méritent ou pas leur place dans l’Europe: faudrait-il que nous soyons solidaires avec des étrangers? il ne manquerait plus que ça! Oups, Monsieur Schuman, votre idée est tellement innovante que l’on n’est pas prêt à sauter le pas d’une Europe politique qui pourtant nous tend les bras. Cette idée, elle n'est pas populaire, M. Schuman, elle ne nous ramènera pas les électeurs du Front National. Pourtant, cette idée, nous en avons toujours terriblement besoin.

Pourtant, miracle, j’en crois à peine mes yeux: François Hollande s’est engagé en faveur d'une Europe politique dans une tribune parue dans le JDD ce week end en déclarant que « ce qui nous menace ce n’est pas l’excès d’Europe, mais son insuffisance ». Il indique que la France est prête à s’engager dans un gouvernement de la zone euro, avec un parlement pour en assurer le contrôle démocratique. Ces propos sont parmi les plus pertinents depuis le début de son mandat, et raisonnent comme la solution la plus rationnelle de sortie de crise. Pourquoi ne pas réinventer l’Europe au lieu de lui dire adieu? Pourquoi faudrait-il sortir en cours de route, s’arrêter au milieu du chemin et faire demi-tour quand il est plus aisé de continuer?  Schuman l’avait très justement dit : «  L’Europe ne se fera pas par une construction d’ensemble », qu’il fallait avancer pas à pas, secteur après secteur ; l’heure de l’union politique est venue.

Les citoyens ne sont pas prêts car mal informés, apeurés par la créature européenne multi-céphale dont la seule et unique face visible est celle d’un technocrate austère. Les politiques eux, en tout cas en France, ne le sont pas plus: la France va droit dans le mur en envoyant au parlement européen une majorité d’hommes et femmes politiques qui n’ont pas eu de destin national car incompétents et refoulés à chaque élection par les français. Parmi eux, des députés qui ne prennent même pas la peine de participer aux sessions parlementaires européennes. Comment voulez-vous que les français se sentent représentés par des députés fantômes, alors qu’une grande majorité de nos lois sont votées à Bruxelles? L’Assemblée nationale se transforme peu à peu en caisse enregistreuse des lois européennes, mais  personne n’ose l’affirmer et surtout le voir d’une manière positive.

Cher européen,

Toi qui es ravi de pouvoir payer avec la même monnaie de Paris jusqu’à Prague, de te munir d’une simple carte d’identité pour passer les frontières, de pouvoir commercer avec ton voisin ; il est temps de te réjouir de pouvoir réellement faire corps avec une multitude d’hommes et de femmes qui habitent à côté de chez toi, dont la vocation est de progresser ensemble, de vivre ensemble dans un maximum de profit.

L’idée même du fédéralisme tape à ta porte, ouvre lui pour débattre au lieu de laisser porte close.

Clara Michielini @ClaraMchln

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