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Les politiques migratoires vues par la presse internationale

VU DE L'ETRANGER

Porté par le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, le 13 mai dernier a été voté un programme d’investissement de 1300 milliards d’euros pour l’Union Européenne. Ce plan est considéré par le International Financial Law Review comme l’une des plus grandes initiatives keynésiennes de Bruxelles de ces dix dernières années, et a été approuvé à 464 voix contre 131.

Cette somme devrait être investie dans les infrastructures, les transports ainsi que la sécurité nationale à travers le militaire et la surveillance des frontières. Le plan Triton (mis en place fin 2014 après la catastrophe de Lampedusa) n’étant qu’une solution provisoire pour répondre à la vague de migrants, le Plan Juncker est en charge de trouver une solution permanente de remplacement et de mettre en place un agenda pour la migration pour les 10 prochaines années. Les propositions déjà apportées par la Commission suscitent de nombreuses polémiques dans la presse étrangère.

Suite à la déclaration maladroite de Nicolas Sarkozy qualifiant les flux migratoires de « fuite d’eau », la France n’a cessé de se faire railler par la presse étrangère notamment pour sa position sur les quotas migratoires, nouvelle solution proposée par l’agenda européen. En effet les migrants qui se trouvent déjà sur le territoire européen pourraient être redirigés et accueillis dans les pays de l’UE sur la base de quotas calculés en fonction du PIB, du taux de chômage et de la population de chacun des pays membres. Cette répartition des migrants exempte la Grèce et l’Italie. Ainsi, pour La Stampa : 

“C’est un puissant signal politique, puisqu’on reconnaît ainsi qu’elles en ont déjà fait assez”.

Ainsi, la Commission montre une volonté évidente d’alléger la charge déjà portée par ces pays affaiblis.

“L’Europe fait preuve de solidarité''

conclut le Journal de Turin.

Le journal rappelle néanmoins que le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark, par le traité de Lisbonne, possèdent une clause qui leur permet de “ne rien faire pour répondre aux drame des migrants”. Manuel Valls a lui manifesté sa forte opposition à ce dispositif, décevant de nombreux pays qui y voient une porte de sortie pour échapper à la surcharge migratoire.

Angelino Alfano, le ministre italien de l’Intérieur, a déclaré il y a deux semaines au Corriere,

“Paris nous a toujours soutenus dans notre demande d'une intervention européenne, il serait absurde de changer d'avis à ce moment précis.”

Le gouvernement Hollande se montre réticent depuis quelques années à l’intervention excessive de Bruxelles dans les affaires nationales. Selon le ministre italien, Manuel Valls tente ainsi de réaffirmer la souveraineté nationale sur des sujets tels que l’immigration, sur lequel l’Etat français a toujours joué cavalier seul, refusant de s'accorder à la Commission. Ici, aucune déclaration officielle n'a été faite, et le silence du gouvernement est critiqué, au moment même où la France n'arrive plus à contrôler les migrants à Calais.

Les médias français ont très peu relayé les informations autour de cet événement alors qu'il a fait les couvertures anglaises pendant une semaine et que, comme le souligne FranceLeaks, il aurait pu conduire à un "incident diplomatique entre Paris et Londres". La question migratoire tient à la sécurité nationale, mais comme le souligne le Financial Times - malgré le déploiement de 10 500 soldats et 1000 policiers - les forces de sécurité françaises, jonglant entre terrorisme, manifestations et crise migratoire, sont au bord de l'épuisement.

Lors d'une réunion avec Theresa May, ministre de l'Intérieur britannique, M. Cazeneuve a donc demandé à la Grande-Bretagne de couvrir une plus grande partie des frais liés à la sécurité et à l'hébergement. Afin de ramener le calme sur une crise qui risque de jour en jour d'escalader, pour la première fois, Paris est revenu sur ce qui a toujours été le plan d'action depuis 12 ans, c'est-à-dire détruire les camps afin d'en déloger les migrants. Face à la pression des Nations Unies exigeant la création d'un centre d'accueil, une aide médicale et des apports en nourriture ont été apporté à ces 1300 migrants stagnant à l'entrée du port. Face à ce drame, le rôle de la France n'est donc plus de considérer le problème migratoire comme une simple prérogative nationale ou un problème extérieur auquel font face les pays défaillants de l'Union Européenne, mais bien comme une possibilité de crise diplomatique à laquelle seule la Commission pourra  répondre. L'espace Schengen, qui a fait la force économique de l'Union Européenne depuis 1995, est désormais mis en cause. Selon un sondage du Figaro, aujourd'hui 7 français sur 10 ne veulent désormais plus de cet espace de libre-échange.

Ce lundi, le projet de loi relatif aux droits des étrangers entre en discussion. Le communiqué de l'Élysée, publié en juillet 2014 à ce sujet, résume la philosophie française:

«L'immigration peut être une opportunité pour la France, si elle est maîtrisée, si l'accueil des talents est encouragé et si l'intégration est favorisée

La presse étrangère, doutant de notre capacité à investir et à mener à bien cette intégration, n'a donc pas manqué de pointer les faiblesses et les nouveaux défis auquel le gouvernement Hollande va devoir se confronter. Entre un gouvernement divisé qui tente de jouer cavalier seul et une Commission forte appuyée par les Nations Unies, on s'interroge sur la capacité de l'Etat français, dans un contexte économique difficile et à l'heure de la radicalisation des opinions (le FN ne manquera l'occasion de fustiger l'Europe à l'Assemblée aujourd'hui) , à pouvoir rassembler l'opinion publique autour de ses positions. Pour conclure, le fait que Bernard Cazeneuze ait été obligé  d'ajouter au projet de loi une réforme du droit d'asile, jugé trop laxiste, pour cause de "contexte défavorable" (Figaro), est bien représentatif de la situation actuelle.

Inès d'Haultfoeuille

A quand une Europe solidaire ?

Préliminaires socialistes